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Publié par AntoineCarlierMontanari.over-blog.com

                                 Courbet--L-hallali-du-cerf.jpg

 Puisse t’on avoir au chef d’œuvre qui s’incarne une autre pensée qui répondrait humblement au génie de celui qui l’a fabriqué. Que je m’imagine sa merveilleuse beauté, qui le jour de la grande exposition m’a vu envahir d’un des sentiments qui font de la nature humaine une délicieuse charpente. Regardons donc d’un peu plus près cette mort royale qui non pas sans mécanisme de l’esprit délivre l’image de sa première impression. Tout ce que j’ai en tête provient de cette imbrication mentale qui pousse ma réflexion à la matérialisation du sacrifice sur la croix. S’il me venait en bonne intelligence une autre image qui ferait naître une signification plus terre à terre, elle ne serait en mesure de rejoindre ce qui fait la grandeur d’une telle œuvre, à savoir parler d’un thème bien plus grand que la simple routine du quotidien de l’homme.  Que ce chasseur au bras vaillant pourfend de son fouet la pauvre bête humilié, son expression gestuelle rappelle le geste du romain sur le Christ. En ma mémoire qui vient représenter à mon imagination ces coups avec tant de violence qu’il ne restait que sur la peau du supplicié des marques si sanglantes qu’un chef d’œuvre de Bosh en livra une représentation des plus gênante.  Comment cette vue aussi  cruelle peut entourer l’âme d’un sentiment d’injustice qu’il me vient une telle pitié que je ne peux empêcher d’y déceler un acte inique. L’empire romain scelle en sa demeure une réalité honteuse et qui comme chaque empire écrase les plus faibles et organise autour de sa stature la force magnifiée. Que Louis David a voulu écrasante et juste quand il peint Le Napoléon franchissant les alpes, ce que courbet rappelle en son cavalier pour mieux évoquer l’image de l’empire, que l‘on évoquera également un peu plus loin avec Placidas, le général romain.. Le miroir convient sans exagération à l’orgueil de Rome, je pourrais bien exprimer à propos de cette ressemblance l’explication qui suggère le double sens d’une telle posture. En effet se cabrant, la monture reflète un certain déséquilibre qui s’exprime ici par la position des pattes. Deux aux sol pour signifier son écrasante domination terrestre et deux en l’air pour démontrer sa volonté de puissance et de conquête, mais il n’est point bon pour la monture d’en être ainsi, cette divergence souligne la nature impériale, qui finit toujours par chuter. Alors dans mon imagination, capable de distinguer le rapport qui lit deux œuvres, me fit voir ce que la main de Courbet a laissé entrevoir. L’on peut distinguer aisément certains signes, d’autres plus subtiles peuvent apparaître plus convaincants et c’est en cette mesure que je voudrais continuer ma démarche. Si étant donné que le bourreau ait été désigné il ne reste qu’à illuminer le supplicié. Voir en la bête agonisante le Christ en croix reste à l’œil aguerri une simple formalité. Pour cela il faut répondre de la tradition. Courbet a peut connu la belle histoire de ce cerf que le général Placidas, au premier siècle, chasse avec fougue. Le cerf se retourne, une croix lumineuse entre ses cornes et dit à Placidas:« Pourquoi me poursuivre, je suis Jésus que tu honores sans le savoir ». Le général se fait baptiser et prend le nom d’Eustache.  A bien y joindre ce qui caractérise le cerf et qui répond de lui comme le symbole du soleil levant, qui monte vers son zénith, un jour une croix apparaîtra entre ses bois et il sera devenu l’image du Christ. A point s’y tromper l’image du don mystique qui se matérialise ici par la bête en train d’agonir appartient alors à cette chaîne de symbole soudés ensemble: l’arbre de vie, les cornes et la croix. En premier il n’est pas aisé de le distinguer sur la toile à moins de résoudre l’équation qui lit le sexe feuillu du cerf qui parade comme l’élément qui régénère la vie.  Le Christ est le source de celle-ci, il devient l’arbre du monde, axe du monde, échelle Quand au second elles apparaissent clairement sur l’animal et le troisième est peut-être introuvable. Ce qui reste cependant visible et qui donne à la croix sa pleine matérialisation dans l’affirmation: là où est le crucifié, là est la croix. Le Christ ne fait plus qu’un avec elle, elle est son prolongement, symbole de sa gloire. A ce stade du développement  pour expliquer plus profondément le rôle jouer par le Christ, à savoir comprendre les attributs qui le caractérisent, apportent petit à petit ce que l’esprit appellerai le mystère. Une chose en apparence banale, peut en l’âme qui se nourrit des grands textes, supporter une autre vision que celles délimitées par les lois physiques.  Pour qui comprend les sphères qui se matérialisent dans la connaissance saura s’abreuver d’une telle démarche. Donc l’on pourrait  continuer afin de conserver au regard du spectateur l’idée que ce qu’il voit dévoile bien autre chose que le simple mécanisme de l’intelligence met en lumière. Ainsi pour celui qui a de bonnes raisons de le faire, témoignera de la gratitude au peintre de lui avoir montrer que l’image n’est pas seulement une nourriture de la vue. Si tout ceci et bien d’autres choses admirables émanent de la peinture, on achèvera la décortication par cette mort qui vint emporter le Christ, en adjoignant  à cet ultime sacrifice le cri désespéré du cerf qu’en sa langue ramènent aux paroles du Christ en croix: « Père, pourquoi m’as-tu abandonné! » .  Abandonné il laisse son corps au linceul qui le recueille, cette blanche couverture qui suinte du vent d’hiver , prend en sa couche la mort d’un dieu miroitant son immaculée nature. Courbet écrit ici les versets d’une histoire connu de tous et qui par arrangement des notions de la connaissance fait savoir qu’en cette toile demeure l’Histoire. Arrogant diront certains,  fausse allégorie pour d’autres mais ceux là n’auront point vu l’imposante peinture qui en elle seule ne peut simplement évoquer une scène de chasse. L’envergure témoigne d’une écrasante volonté, la volonté de dire une chose, une chose importante qui ne peut se dire que par l’apothéose.

 Antoine Carlier Montanari

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