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Publié par Alighieridante.over-blog.com

             

 C'est le gaulage du pommier qui m'a suggéré la crucifixion, immédiatement d'ailleurs, le romain perçant de sa lance le coté du Christ m'est apparu comme une évidence. L'examen de cette scène étant de mon point de vue d'une valeur symbolique auquel se joint le rôle du crucifié sans qu'il ne soit montré. Cette suggestion visuelle qui perpétue la scénographie chrétienne, fait ainsi émerger ici le sacré dans le temporel. Cette structure formée du pommier et du paysan nait d'un déploiement de l'idéal chrétien, avec cette réforme artistique chacune des représentations graphiques peut ainsi devenir le symbole d'une essence plus mystique. Cette lecture traduit le mouvement de la pensée, en proportion bien entendu de son développement intellectuel, conscient et inconscient. Cette forme organisationnelle va configurer la représentation du réel comme une polarité visible de l'invisible, l'existence précèdant l'essence. Ainsi, de cette manière, suivant ce que contient l'esprit, chaque oeuvre révèlera autant de liens d'une même architecture. Celle-ci apparaîtra bien entendu comme la véritable personnalité de l'artiste, Emile Bernard enfante ici son amour du divin, son amour du Christ. Ce prisme sociologique et antropologique puis hérméneutique va réguler toutes ses oeuvres, ce transfert de sens va permettre d'enrichir le caractère de son travail. Cette mutation va d'ailleurs se matérialiser de manière inatendue chez Paul Gauguin puisque s'inspirant des Bretonnes dans la prairie de Bernard, il va réaliser sa première peinture religieuse, La Vision du sermon. C'est un pommier qui va affirmer le statut mystique dans la toile de Gauguin, le même qui sur la toile de Bernard va évoquer le péché originel. Bien entendu ce symbole s'établit sur un critère de connaissance dont la portée universelle suffit à livrer à l'oeil une parfaite concordance entre le péché et la mort. Pour approfondir la compréhension, j'ai recherché d'autres similitudes. Pour ce faire j'ai prospecté dans les oeuvres d'art du passé, antérieures à l'époque d'Emile Bernard, quelques crucifixions, notemment celles avec le centurion Longin qui perce le flanc du Christ. D'emblée, une peinture de Fra Angelico* apparaît comme une sorte de modèle. Voilà, peut-être là, le véritable héritage laissé par le maître à Bernard. Deux mondes se côtoient, d'où l'importance de la comparaison, le paysan et le centurion ont exactement la même posture. Cette conjonction artistique, médievale et moderne, formule en ce sens la continuité chrétienne. C'est admirable de simplicité, Emile Bernard restitue par une simple scène de la vie quotidienne toute la profondeur d'une pensée religieuse et théologique. Par ailleurs la toile semble être traitée comme un vitrail, son étroite verticalité invite le regard à l'élévation, les contours accentués des formes sauvegardent la valeur expressive de chaque couleur, leur vivacité est ainsi soulignée. Ainsi dans cette conquête du regard, la représentation concrète du réel permet d'adoucir le drame évoqué, d'autant plus qu'il suggère la vie paisible, la paix. La grâce est grande et la récolte abondante, le sacrifice du Christ a permis tout cela. Ainsi cette quiétude évoque la bénédiction divine sur le monde, le paradis perdu retrouvé.

Antoine Carlier Montanari (commentaire suite à l'exposition au musée de l'Orangerie)

 

* Crucifixion avec la vierge, soldat Longinus, 1450 

 

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