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Publié par Alighieridante.over-blog.com

    

 Les mêmes aplats de couleurs et de teintes, presque le même format qu'une certaine petite toile de Cézanne, le portrait de Paul Cézanne, le fils de l'artiste. Quand je pense que seulement quelques années séparent les deux œuvres et qu'elles se côtoient, peut-être pour la première fois, au musée de l'Orangerie, je me dis que c'est là l'oeuvre d'une formidable conjonction. Pour ma part, la figure du pot semble tournée dans la même direction que le regard et le visage du jeune enfant. Cet étrange lien préfigure une certaine attraction intellectuelle, laquelle j'avoue reste intrigante dans la mesure où Emile Bernard s'est inspiré du maître d'Aix en Provence. Cette présente interprétation est née d'une véritable machination de ma raison, il n'y a bien évidemment rien d'avéré dans ce qu'elle vient de souligner, sauf bien entendu en ce qui concerne l'inspiration. Cependant si ce regard intuitif que j'espère perspicace, offre une lecture singulière et farouchement intrépide, la pensée qui en découle semble objectiver d'une profonde réflexion. Ce phénomène artistique structure l'esprit et l'âme d'une manière visuelle et sensorielle, ces structures picturales permettent en effet de concentrer l'attention sur la dynamique créative, laquelle est alimentée par d'invisibles et mystérieuses combinaisons spirituelles. C'est là, de mon propre avis, que s'alignent les influences conscientes et inconscientes et qui vont définir pour un même groupe, un même mouvement artistique. Or, si les similitudes visuelles des deux tableaux semblent tracer une même pensée, elles peuvent également suggérer une contamination à d'autres œuvres Regardez-bien l'oeuvre d'Emile Bernard, ce pot à lait posé avec quelques pommes sur une table bleu gris et de l'autre côté, sur la toile de Cézanne, l'enfant assis devant un mur bleu gris. Un autre bleu gris, le pot à lait ocre brun comme le fauteuil où est assis l'enfant, le pot assimilé à l'enfant, le lait qui les relient même si ce n'est pas si explicite, c'est le même principe que la chaise de Hooper recouverte d'un linge. On a pas besoin de voir la chaise pour savoir qu'elle est présente sous le linge. Dans cette enquête, car il faut peut-être l'appeler comme cela, il n'y a pas de risque à suggérer une telle piste, ces rapports particuliers ne sont que les effets de la mémoire visuelle. Ce biais n'est pas nouveau, chaque esprit en use pour comparer les êtres et les objets, ces associations mentales permettent de lier des choses qui en première apparence n'ont rien en commun. Cette étrange corrélation m'obstine, à vrai dire, elle ne fut pas immédiate, lorsque mes yeux ont observé cette petite toile d'Emile Bernard, j'en eu une toute autre vision. J'avais assigné l'ensemble des choses posées sur la table à un système solaire dont les pommes gravitaient invariablement autour du pot de lait. Cette modélisation formait un ensemble cohérent et fonctionnel au point que je pouvais former dans l'espace de ma pensée les coordonnées des différentes positions des pommes. Et pourquoi pas? vous dirais-je. Je converse avec moi-même et je vois cela! Rien d'étonnant à tout cela, si j'ai constitué une telle matrice, organique et autonome, elle a pour but de faciliter l'expression d'une image à mon regard. Si vous suivez vous aurez certainement compris comment la pensée modélise une surface plate avec des aplats en une structure dynamique et spatiale. Si je puis exprimer cela, cela tient probablement à la volonté de décortiquer la perception, on sait bien que celle-ci peut-être trompée et illusionnée, nombre de lois naturelles savent nous éloigner de la véritable signification du réel. Cela pour dire, ou pour conclure plutôt, que cette petite nature morte d'Emile Bernard gravite autour d'une autre toile, celle de Cézanne, dont l'évocation évoquera quand à elle la vie.

Antoine Carlier Montanari (commentaire suite à l'exposition au musée de l'Orangerie)

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