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Publié par AntoineCarlierMontanari.over-blog.com

     Prayer-William-Adolphe-Bouguereau.jpg

 

 Voyez, voyez cet enfant de Dieu, au regard tourné, levé sous sa chevelure, le Verbe s’est posé dans ses yeux. Silence, j’ai entendu un serpent siffler, en dessous et que vous ne voyez pas encore ! Il se cache sous ses pieds, il couve un instant et attend, en attendant qu’il monte, l’enfant semble entendre une voix ! C’est beau, c’est délicieux même, ces joues rosées, à peine rebondies, très douces et léchées par la lumière matinale. Quelle petite fille, ainsi dans ses premiers jours elle puise à la source de l’Eternel et porte à ses lèvres un murmure: emporte-moi, emporte moi petit Jésus ! Elle parle à Dieu, toute seule avec ses petites mains, la voilà qui mendie comme une captive, comme une sainte, cette nuit elle va être attachée comme une martyre. Ne voyez-vous pas le lin, le lin d’une vierge romaine ? Moi si, j’ai même chanté ses louanges pour l’endormir, les lions attendent comme le sable et au-dessus de l’arène je vois poindre déjà  l’étoile du soir. Je l’ai vu toute la nuit et y demeurée jusqu’au milieu du matin, laissant une part d’ombre sur son jeune cou, sous le menton, près de ses longs cheveux en boucle. Bel enfant, vraiment, que le ciel est haut ! Ah ! Si pieuse, si blanche, lavée à la fontaine et parfumée à l’huile, verte et ensoleillée. Elle sourit, je le vois,  sur ses toutes petites lèvres roses,  que le pinceau a finement vieilli, sort un souffle chaste et doux. Si mon âme eut été pure comme la sienne, j’aurais à ce jour donné mon cœur à la pointe d’une flèche et si douloureuse aurait été la souffrance, sans exiler mes sanglots j’aurais donné à Dieu autant que cette petite ! Qu’il faut que mon âme se brise, à genoux, fendue, mourante, seule dans l’infini sans atteindre le granit céleste, c’est là le pire des maux ! Alors, je prierai comme cette petite, cette petite mariée qui laisse glisser sa robe et qui voudrait toucher le Christ, le sentir et par-dessus tout l’aimer. L’amour a tout de beau, d’attrayant, de miraculeux, au-dessus et en dessous, à l’intérieur et à l’extérieur, il n’y a point de traits qui en décompose la figure. Bouguereau dompte le pinceau, forme de beaux aplats, sans inégalité et épaissit comme il le faut des amas là où il le faut. Il n’y a pas de défaut, il s’efforce de combler la toile en faisant honneur à l’ouvrage de la nature et c’est là que l’éclat des couleurs et des teintes haussent le ton et finissent par confondre le regard. Les courbes de son nez, de ses paupières, de son menton, modelées semble-t-il, observent avec soin les lois de la lumière. Et son front, son petit front qui porte en secret les baisers d’une mère, montre de la charité, de la charité à prendre. Pour ainsi dire, qu’il puisse effacer l’effet de la peinture et je veux dire par là cet effet imparfait qui ne fera jamais croire que c’est réel, c’est parvenir encore à rendre la beauté plus magnifique, plus vertueuse et qui aura pour nourrice la vérité. Regardez bien tout de même, elle descend parmi nous, du ciel, là où Platon l’avait mise, et par tendresse offre un sens au regard. Semblable portrait, qui se révèle dans la prière, a pourtant une raison cachée, au geste, aux deux mains, jointes comme dans la vierge d’Ingres. Qui l’enseignera sous cette correspondance ? Ces mains trop petites pour le péché, à présent, entre l’ombre et la lumière, œuvrent comme un signe de la main. Rappelez-vous le serpent, l’annulaire c’est lui, volontaire et déterminé, il perce la lumière formée par la main gauche, c’est cette lutte éternelle du mal contre le bien. Cet espace, cette lucarne bien vite bâtie par les doigts n’a d’autres désirs que de former pour vous l’image du martyr, de la lance qui pénètre le cœur qui s’engouffre comme la mort dans la vie. Cette dualité que partage l’âme, toujours béante, toujours enracinée, qui manœuvre et qui pousse vers le haut ou vers le bas, effeuille jusqu’au dernier moment, le moment où il faut choisir. Et c’est pour ça alors qu’il faut prier, faute d’un peu de cela, Lucifer, ivre quand il n’y en a pas, mène tranquillement l’âme à sa demeure. Quel portrait donc, cette jeune enfant ardente et pieuse, éprise, frêle aussi et devant les cieux, dans le noir, ce noir lumineux, plein de cette ténèbres dont la chair profonde se noue tout autour, répercute avec fraicheur l’amour de Dieu. Rôle merveilleux pour cette petite fille, pour le peintre, avouons-le, il ouvre cette vie, et son cœur trop vieux de peintre semble mourir doucement. Ah, que l’on ne vit pas assez longtemps dans ce temps d’innocence, âme pensive, sans bruit qui lève au ciel son désir et qui dit : « Tout à Dieu ! »

Antoine Carlier Montanari

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