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Publié par Alighieridante.over-blog.com

 Par un beau jour de printemps, un villani, un petit oiseau des villes, distingué, élégant et gracieux et aimant particulièrement le confort des sous-bassement et de toutes les constructions des hommes s'y rapprochant, chercha demeure dans l'une d'elles. Pensant avoir trouvé le plus bel emplacement bien à l'abri du vent et des rayons les plus ardents du soleil, il y bâtit son nid. Il fit tout ce qu'il pouvait pour trouver les bons matériaux et n'hésita pas à user de sa grande vivacité pour aller chercher dans des recoins impraticables quelques rares matières afin d'y solidifier durablement l'armature de son nid. De plus, comme rien ne l'empêcha de marchander avec quelques autres espèces, comme les rats et les souris, quelques mesures de graines pour constituer des réserves pour l'hiver, il n'hésita pas à approcher les hommes pour obtenir d'eux leur sympathie. Cet échange fructueux était dû principalement à ses talents d'orateur et il tachait toujours de gagner la confiance de ses interlocuteurs en poussant joliment son chant. Il jugeait opportun d'agir ainsi pour faciliter son intégration, et tout fier que son talent soit d'une si grande efficacité, il entreprit d'en user d'avantage pour plaire aux autres habitants. Sa notoriété grandit et les hommes curieux venaient des contrées voisines pour s'en rendre compte par eux-mêmes. Beaucoup l'applaudissaient et lui apportaient quelques denrées diverses pour l'en remercier.  Plus tard, le maire et quelques notables du village, dans une allure des grand dimanche, l'honorèrent  par une petite cérémonie. On le retînt même à dîner pour satisfaire la bienséance et comme l'on vit que cet heureux visiteur apportait de la renommée au village et à ses habitants on rebaptisa la place du marché en son nom. Cet éloge l'enorgueilli et il songea , pour en recevoir d'avantage, à séduire le plus grand des hommes, pour cela il parti pour la très grande ville, au palais de celui que les hommes appelaient  président. Il s'y voit, tout ce qu'il veut c'est contenter l'esprit des hommes pour obtenir d'eux quelques vénérations qu'il se servira ensuite pour épater tous ceux de son espèce. En chemin, comme le temps se gâtait, il se mit à l'abri dans une grange. Là-dessus, un  renard qui avait fort faim, s'était tapi dans un recoin afin de surprendre quelques proies en quête de refuge. Le villani s'étant aperçu de la ruse chercha un endroit sûr pour ne pas tenter le renard. Mais la faim rendit ce dernier plus hardi, et comme cette nécessité lui paru absolument intenable, tous les moyens lui parurent bon pour la soulager. Dans sa ruse le renard qui ignorait bien l'habileté du Villani, s'empressa de trouver un moyen pour le coincer. Quand la pluie et le vent redoublèrent et que les branches des arbres fouettèrent suffisamment fort l'étable, le renard en profita pour se faufiler aussi près qu'il le pouvait de sa proie.

- Ne vous approchez-pas plus maître renard, dit le Villani sur son promontoire. - Ne croyez point que je sois autant sourd à vos pas, ni aveugle pour autant à tous vos déplacements! La nature m'ayant doté de grandes facultés, je ne puis, hélas pour votre plus grand désarroi, ne pas m'en servir!                                                                                                                                 

 Le renard ne répondit pas et devant ce qui causa la ruine de son projet, il jugea quoi qu'il lui en couterai de satisfaire son appétit. Tout rusé qu'il était il songea rapidement à une méthode moins ordinaire pour attraper sa proie. Et aussitôt il aborda humblement le villani: - Est-ce donc cela qui vous chagrine maître oiseau, car si cela il ne faut point s'en inquiéter! Ici, dans ces contrées boueuses il est dans la nature des choses de manger l'autre. Voyez comme ici, les hommes élèvent méticuleusement les bêtes pour ensuite mieux les dévorer! Ce n'est pas pour autant que l'on traite les hommes de monstre!

- Mais moi, dit le villani, je connais tout un tas d'hommes qui au contraire, pratiquent la bienséance et ne pensent point à n'assouvir que leur ventre!
- Vraiment, répondit le renard en souriant, ceci est une histoire des plus étranges! Songez quand même à tous ces malheureux qui finissent au fond d'une marmite et qui pour le plus grand plaisir des yeux laissent leur dépouille  devenir des trophées empaillés sur les murs. Prenez par exemple tous ceux de votre espèce qui  n'ont ni connu l'herbe des prairies ni les levers du soleil en plein été, ceux-là même  ont servi de succulents mets dans les festins des hommes. 
- Et bien, maître renard, si ce fait vous permet de croire qu'il vous donne le droit de me dévorer,  il faudra donc vous faire à l'idée que les choses changent et qu'elles ne vous attendrons pas pour le faire! 
- Mais ne vous moquez point, répondit le renard, je plaide avant tout pour ma nature et bien que ne sachant rien faire de bien particulier, la malice et la ruse m'ont apportées bien des consolations!
- Je vous connais bien maître renard, ainsi que tous ceux de votre espèce, répliqua le villani avec assurance!  D'ailleurs, si votre audace prend autant jour que votre ruse il me faudra alors m'élancer  vers d'autres cieux!
- Je m'incline donc devant votre raison, dit le renard avec un sourire malicieux! Je ne savais pas qu'il existait parmi les oiseaux, une espèce aussi avantagée. Etant donné mon incapacité à vous convaincre, je me retire pour aller chercher ailleurs une meilleure occasion.
 En observant le renard s'en aller le villani prit alors son aise et comme il semblait fier d'avoir déjoué la ruse de son adversaire, son attention fut relâchée. Quoi qu'il en soit un serpent qui passait par là et qui avait assisté sans mot dire a toute la scène l'attrapa et l'emporta pour satisfaire sa fin. Le renard voyant cela n'eut mot à dire mais il vit dans le regard du villani cette grande détresse qui s'exprime lorsqu'on comprend bien trop tard que l'arrogance est toujours une maîtresse aveugle.

Antoine Carlier Montanari (à propos de Cédric Villani)

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