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Publié par Alighieridante.over-blog.com

                           

 

 Au large d'une grande plage, un pélican qui s'était bien nourri, abandonna son clan pour s'envoler vers un autre rivage. Devant le vaste horizon il repéra une formation d'oies sauvages et la suivie avec une grande discrétion pour atteindre l'autre océan. Il vit ainsi une grande île luxuriante et sans la moindre difficulté il prit appui sur un vent descendant pour s'y poser. Un essain de mouettes lui passa sous le nez et pareil à une assemblée excitée enveloppa le lieu d'une grande cacophonie. Il parvint à proximité d'une étendue verte et tranquillement posa ses pattes sur le verdoyant tapis. Le long d'un limpide ruisseau il se désaltèra et remarqua un peu plus loin un arbre avec un large ombrage. Il y prit place le temps d'un bon repos et tandis que le soleil s'étendait dans le firmament les mouettes qui n'avaient que faire de la tranquillité ambiante revinrent en une plus grande multitude profiter à leur tour de ce lieu ombragé. De cette paix elles n'en avaient que faire, elles se réjouissaient avec allégresse de cette affaire et tandis qu'elles bavardaient bruyamment et d'une façon fatigante, le pélican, galant et courtois, se mit à rire avec elles et leur offrit même quelques poissons qu'il avaient gardé dans sa volumineuse poche. Alors que des nuages vinrent effacer la clarté du grand astre, le pélican fatigué, couvrit l'herbe de ses larges ailes et prit son envol. Au loin, en regardant en arrière, il vit les mouettes s'en aller vers d'autres pâturages et bien que la distance qui les séparait d'elles ne fut pas négligeable leurs cris assourdissants lui parvenaient encore. Après un long vol et s'étant laissé porté par des vents chauds provenant du sud, le pélican inclina sa voilure et piqua vers une île en forme de gros rocher. Là, sur une falaise une myriade d'albatros séjournaient comme des sénateurs dans leurs palais et tandis qu'ils s'affairaient à leurs besognes, l'un d'eux se joigna au pélican.
- J'ai bien vu qui vous étiez, lui dit l'albatros, quelques cormorans nous ont parlé de vous et de votre grande marche dans le monde. Ils disent de vous que vous êtes un ambassadeur, convenable et plein d'ambition!
 Le pélican heureux de s'entendre dire cela offrit un poisson qu'il avait gardé dans sa poche. Mais l'albatros n'en eu que faire mais pour ne pas l'offusquer il l'entraina vers une parcelle de terre bien verte pour qu'il se détende. Là, le pélican lui adressa la parole: - Mon présent n'était-il pas à votre goût pour que vous le refusiez ainsi?
- Nous les albatros nous ne sommes pas comme les autres espèces. Nous nous laissons pas aveuglés par les exploits en tous genre et nous nous méfions toujours des voyageurs du grand monde car ceux-là sont étonnamment arrogants et pleins d'eux-même!
Le pélican outragé répondit: - Je prendrais bien à témoin les cigognes et les hirondelles, je n'ai pas à justifier de mon honnêteté! Elles pourraient vous parler de mes engagements et de ma sincère volonté!
- Ce sont de vaines paroles pour moi, dit l'albatros tout en portant le regard vers la ligne d'horizon. Ici nous sommes entre-nous et personnes ne vient nous déranger, le ciel, le vent, la mer et la terre sont les seuls compagnons que nous ayons et nous tendons toujours à vivre le plus dignement possible! Voyez-vous, maître pélican, nous savons que la vie est éphémère et que son cycle est un grand mouvement initié depuis le très haut ciel. Les contingences d'ici bas ne nous fascinent pas, ni ne nous portent à un plus grand bonheur! Tout cela n'est que vanité!
- Je ne suis pas si sot, répondit le pélican, mes voyages m'ont appris beaucoup sur les moeurs et les coutumes de la plupart des espèces existantes. Je peux même citer sans aucune arrogance toutes les îles parsemant cet hémisphère.
 L'albatros sourit et dit: - Voici qu'une grande tempête approche, vous êtes loin de chez vous, loin de votre patrie. Ici tout est violent, quand la tempête se lève il n'est pas bon de prendre les airs. Quand on ne connait pas ces lieux il vaut mieux chercher refuge.
 Mais le pélican voyant que le ciel était d'une grande clarté se détourna de l'albatros et s'envola. Après qu'il eut atteint une très belle hauteur, il entendit le tonnerre gronder. De gros nuages bien sombres couvrirent rapidement le ciel, il rebroussa alors chemin et piqua vers l'île des albatros. Voyant que le vent se déchaînait il n'eut pas d'autres alternatives que de chercher un abri. Serai-ce la fin se dit-il, le relief étant trop ingrat il renonça rapidement à trouver refuge et s'orienta vers l'autre côté de l'île. Une bourrasque le maltraita et l'emporta contre la paroi rocheuse où il s'abîma une aile. La crainte l'envahit et avec les forces qui lui restaient il prit place dans un petit renfoncement très étroit. Sitôt un couple d'albatros voulu l'en déloger, il leur offrit un poisson en espérant obtenir d'eux un peu de complaisance mais rien n'y fit, le mâle sortit brusquement et le poussa de toutes ses forces. Le pélican chuta de quelques mètres, il réalisa alors que la mort était proche. Le pélican blessé gravement n'eut pas d'autres choix que de se laisser emporter par la tempête. Personne, par la suite, ne vint déplorer sa triste destinée car aucun ne pensait qu'un tel ambassadeur puisse avoir fait des choix déraisonnables. Il se disait, au sein de son clan, qu'il avait fini par trouver un endroit plus convenable pour lui. Ils s'aperçurent également, que sa présence ne manquait à personne, ils s'étaient habitués à son absence et avaient fini par s'en accomoder. Mais la morale de cette histoire, outre celle qui montre qu'à force de vouloir plaire aux autres on finit par oublier les siens, il en est une autre qui exige de l'âme de ne pas être naïve sur le monde et de ne pas s'imaginer que les autres sont dans les mêmes dispositions que les nôtres.

Antoine Carlier Montanari (à propos de Richard Attias)
 

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