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" Notre foi doit être simple et claire, pieuse et intelligente. Il faut étudier, réfléchir pour se faire des convictions, des idées sûres, se donner la peine d'aller jusqu'au fond de soi-même, de ses croyances. » Marthe Robin

21 Nov

Un Livre Que J'ai Lu (181) : Sociologie De La Concurrence (Georg Simmel)

Publié par Alighieridante.over-blog.com  - Catégories :  #Un Livre Que J'ai Lu, #Georg Simmel

 Georg Simmel introduit l'idée que le combat, pour certaines natures, a une valeur définitive qui surpasse l'idéal de la paix. Le combat est le spectacle de la force en mouvement où se rencontre des volontés de dépassement qui profitent à la société, parce que, nous dit Georg Simmel, celle-ci a besoin, pour être mise en forme, d'un certain rapport d'affrontement tendant à maintenir un équilibre entre forces attractives et forces répulsives. Le monde est opposition en tout, bien et mal, chaud et froid, orgueil et humilité, harmonie et dysharmonie, richesse et pauvreté, association et concurrence (p13). Ces deux catégories sont les expressions extrêmes d'un tout s'ajustant en un centre apaisé et équilibré et tenant pour non acquis les tentatives de domination de ces mêmes expressions. Le point conflictuel de cette dualité stabilise la société en déteminant les fontières des catégories sociales et en orientant ces catégories sociales vers un centre de gravité fonctionnel. C'est à dire que la catégorie sociale la plus affectée par la pauvreté lutte contre la classe sociale la mieux installée pour obtenir d'elle qu'elle atténue son oppression. Cette intéraction est le centre nerveux d'une communion des contraires.

 

 Il existe donc une forme de combat indirecte qui neutralise l'adversaire sans le détruire parce que les forces antagonistes ont besoin les unes des autres. Cette lutte indirecte produit un stade de développement durable du combat. Et c'est en fonction de cette prestation de représentativité que le combat est gagné, et celle-ci se nomme  la concurrence. Deux commerçes de même nature luttant pour leur survie, vont élaborer des techniques de séduction pour gagner des clients. Cette lutte peut prendre la forme de messages publicitaires promotionnels comme la forme de messages publicitaires mensongers. C'est le théatre de la repésentativité combative où se meuvent des valeurs de persuasion. Ce déploiement concurrentiel est un champs d'exploitation d'énergie individuelle. Et au milieu de tous ces efforts, l'énergie individuelle compte sur une sorte de puissance spirituelle abstraite (p38) qui se surajoute à son propre déploiement. Cet ailleurs intervenant que l'on peut nommer hasard, chance ou destin, c'est à dire une puissance aléatoire et involontaire se prononçant d'elle-même, joue en quelque sorte le rôle d'arbitre invisible. La concurrence ouvre son arène à des forces spirituelles indéfinies issues d'esprits superstitieux. Toutes sortes de mécanismes incantatoires, de tocs, de fétiches, de porte-bonheur, deviennent les expressions d'une conjuration. 

 

 La concurrence oppose les adversaires de manière détournée, sans face à face direct, sans se toucher (p19). La suppression de la lutte directe oblige les adversaires à établir des stratégies de conquète pour satisfaire l'envie de vaincre . Ces frictions qui apparaissent dès que plusieurs protagonistes désirent la même chose, exacèrbent l'esprit d'affrontement. La médaille d'or n'est t'elle pas l'objet qui suscite la compétition et donc la concurrence? Et voyez comment les athlètes qui concourent à ce titre, sont décidés à surpasser tous leurs adversaires. Cette concurrence est une récompense en soi, car elle détermine une supériorité de l'agir individuel sur les autres agir individuels (p42). La valeur de cette récompense est fonction de la valeur de l'effort réalisé par le rival. Le seul désir de surpasser l'autre est un bénéfice précieux, si précieux qu'il peut faire oublier la récompense, c'est à dire la finalité première. La médaille d'or est rendu glorieuse par le seul effet de la compétition. Cette temporalité d'exécution devient alors la véritable finalité rendant la finalité première secondaire, voire obsolète. Ainsi, la concurrence génère une valeur avant la valeur objective finale. Le processus performatif d'accomplissement de soi est devenu pure dimension qualitative. C'est l'expression du combat pour le combat. La concurrence engendre donc un choc compétitif qui détermine une supériorité puis une infériorité. Cette valeur de contenu excite les appétits tout en socialisant structurellement la communauté et la soude sur des valeurs communes d'engagement et de détermination. Qualités qui permettent de tirer vers le haut l'ensemble de la société. Les concours administratifs ou les concours pour déterminer les compétences des individus ont un immense effet socialisant (p25) car la rivalité engendré par un besoin précis de la société, encourage la performance individuelle et le mérite, des distinctions qui augmentent les possiblités de solutionner les problématiques engendrées par le corps social.  

 

 La démocratie est un type de régime où la concurrence des partis politiques fait rage. Elle est davantage le terrain de jeu de la ruse et des intrigues que de l'honnêteté parce que la démocratie est l'expression non pas de la vérité mais du parti pris. Elle se fait spectacle de la vérité plutôt que servante de la vérité. Le parti politique qui est le parti pris, valorise son programme et ses idées au détriment de la vérité. En ce sens, la démocratie installe progressivement, au coeur de l'être, le mensonge. Les tensions antagonistes politiques affaiblissent considérablement l'objectivité au profit de la subjectivité. En effet, le politicien opportuniste n'a que faire de la vérité, il convoîte la sensibilité du moment en étant très attentif aux goûts et aux centres d'interêts du peuple. La démocratie fait donc entrer en concurrence la vérité objective avec la vérité subjective.  Les citoyens choisissent  généralement celui qui défend leur point de vue et non celui qui défend la vérité et celui qui emporte l'élection est alors considéré comme le porteur de vérité. Les politiciens s'adaptent donc au peuple, et ce faisant, quand le peuple est corrompu et qu'il ne désire plus la vérité, la corruption est institutionnalisée. 

 

 Pourtant cette concurrence des partis politiques est une force socialisante parce qu'elle encourage les points de vue tout en permettant leur concrétisation. Ces concurrences continuelles forment une indétermination qui, nous dit Georg Simmel, engendre un équilibre instable (p31). Mais à travers cette sorte de concurrence transpire celle pour l'âme humaine (p32). Dante, dans sa Divine Comédie a cartographier cette lutte spirituelle (ici, à gauche). Les cercles des enfers témoignent du degré s'ensevelissement de l'âme humaine dans le péché. Celle-ci a eu le choix et elle a cédé aux ruses du diable qui a tout fait pour la maintenir dans l'état de péché mortel. L'âme est la raison de cette lutte qui oppose le principe universel de perdition et le principe universel du salut. Ces deux principes sont liés par la concurrence, laquelle fut nommé par le célèbre poète anglais, le mariage du Ciel et de l'enfer (ici, à droite). L'appropriation des âmes est le coeur de ce conflit où l'amour et la haine forment une dualité invariable et où la haine emprunte les traits de l'amour pour être plus efficace. Car si le diable n'use pas de l'amour mais de la haine, dont il est fait, il ne peut pas obtenir les âmes qu'il convoîte. Le diable est donc contraint de dissimuler sa nature en imitant la manière d'être de son adversaire. Ne pouvant pas valoriser des bienfaits qu'il ne possède pas, il dévalorise ceux du Ciel. C'est la source originelle de la concurrence déloyale. 

 

 La concurrence est motivé objectivement par l'absence de garantie d'atteindre le but et repose, en partie, sur le principe de l'individualisme (p43, p44). En effet, l'individu recherche avant tout à satisfaire ses propres intérêts et pour ce faire il engage tout son être. Dans son essence, la concurrence est indifférente à la finalité ou à l'objectif, elle se suffit à elle-même en ce sens qu'elle est une technique pure nourrie par des valeurs d'intensité anthropologique que sont les pulsions et les instincts primaires. L'égo et l'amour de soi favorisent la concurrence et la compétition. La concurrence est insensible au principe d'égalitarisme, c'est pourquoi elle est redouté du socialisme. Sa nature tend à valoriser les individus méritants et travailleurs mais elle peut également favoriser les tricheurs et les beaux parleurs quand elle s'exerce sans frein moral ou éthique. La concurrence convient donc parfaitement aux régimes libéraux qui l'a qualifie de libre concurrence. Elle encourage une classe bourgeoise nécessaire à la prospérité de la société. Là où la concurrence est encouragée, le rendement est accru et les richesses se multiplient. L'égalitarisme est donc écarté, il est nuisible à la différenciation, à la distinction et au mérite. Dans les sociétés socialistes, les gagnants ne sont pas encensés en tant qu'individu méritant mais en tant que mandataire de la société toute entière. Ce sont des représentants légaux du parti et du peuple et ne doivent leur réussite qu'aux sacrifice invisible de toute la communauté. L'individu s'efface derrière un vécu-type industrialisé. Le socialisme conduit à la suppression de toute espèce de concurrence interne, il n'y a ni gagnant, ni perdant (p58). Tous concourent à l'égalitarisme pour atteindre une égalité mécanique qui en interne rejette la concurrence en tant que telle, mais l'exerce en externe pour promouvoir la communauté socialisé. Une société socialiste force l'unité par l'égalitarisme. Il n'y a plus de réalisation individuelle autonome. Le déploiement de l'énergie individuelle se transfert dans la communauté soit pour être dissoute soit pour dilater la communauté toute entière. La galère (ici, à gauche) peut être l'image d'un régime socialiste et l'aviron (ici, à droite) celle d'un régime libéral. Dans le premier cas, l'esclave est contraint de ramer pour un objectif qui n'est pas le sien et dans le second cas, le rameur rame pour remporter une compétition sportive. Dans les deux cas les rameurs doivent se dépasser mais, dans le premier cas, les rameurs sont interchangeables et méprisables et dans le second cas les rameurs sont recompensés en tant que sportifs de haut niveau.

 

 L'affaiblissement de l'esprit concurentiel dans la société socialiste engendre tout de même une concurrence silencieuse qui se matérialise dans une imitation servile au vécu-type. Un zèle discret fait assimiler aux individus les plus en manque de concurrence, l'intégralité des représentativités d'extériorité et d'intériorité propres au système en place. Cette concurrence qui ne dit pas son nom s'exprime dans une appropriation obstinée de la manière d'être exigé par le régime. En d'autres termes, c'est une concurrence invisible qui se distingue par une imitation de plus en plus zélée des codes et des usages définis par le système. C'est dans la locution adverbiale "de plus en plus" que se trouve cette concurrence qui ne dit pas son nom. Cette surintégration au système nécessite l'adoption des moindre codes d'identification déterminés par la structure dominante. Pour s'imposer il faut revétir ces infimes indices d'indistinction que seuls les plus initiés au système, remarquent. Cette forme discrète de la concurrence valorise ce que l'on appelle les arrivistes. Dans l'histoire les pharisiens, les zélotes ou encore les scribes appartenaient à cette catégorie. Ces petits plus de subordination au collectivisme égalitaire est un cirque de concurrence spécifique de la soumission intégrale.

 

 La concurrence, dans bien des cas, évince la prudence, la retenue, la pudeur et même parfois la pitié. Elle jette ainsi plus profondément les individus dans une lutte féroce. Ce caractère cruel est masqué par une éthico-esthétique, on dit alors qu'il n'y a rien de personnel. Cela allège le sentiment de responsabilité puis celui de culpabilité. Les sports de combats incarnent l'autorisation de la violence, celle-ci est légitimisé et encadrée par des règles. Cette spécificité de la concurrence, offre le moyen d'affirmer sa part animale. La forme conflictuelle de la concurrence, nous dit Georg Simmel, se développe là où la culture matérialiste domine. Effectivement quand l'individu se polarise sur le "moi" narcissique, le "moi" irréductiblement biologique s'affère alors à son propre succès. Les aptitudes personnelles convergent vers la déification de la réussite individuelle, de l'être en tant que réceptacle de la gloire-jouissance. Il est acharné dans sa réussite terrestre et pas au ciel. La concurrence accélère ce processus de glorification individuel qui va à contre courant de la sentence christique qui exhorte à demeurer le dernier. Mais il faut rappeler que la concurrence provient de ce que René Girard nomma la rivalité mimétique, c'est à dire cet instinct profondément ancré dans la nature humaine et animale, qui commande de répondre à l'agression par l'agression et que la Bible désigne avec cette formule célèbre, oeil pour oeil, dent pour dent. 

 

Antoine Carlier Montanari

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