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Publié par AntoineCarlierMontanari.over-blog.com

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  Le drame arrive, toujours rapide et vigoureux, toujours pressé aussi de se montrer. Enthousiaste, impétueux, truqueur comme le mauvais joueur, change de main et combine adroitement la mise en scène pour plus d’effets. Ce sauvage déborde de vanité, ce furieux démon fracasse à grand vacarme pour entrainer la peur. On songe alors combien il est efficace quand  l’écran des actualités transmet ses faits. En gare de Brétigny, un train a déraillé avec toute sa chair et sa ferraille, lignes brisées, invaginées, encastrées, tout de même si facilement et peut-être trop facilement que je m’étonne du peu de victimes annoncées. Et là j’imagine, en dessous de tout cela, des êtres déchirés, découpés, fragmentés, quelle vision abjecte, je deviens alors plus fragile, comme si mon être n’avait plus d’importance. J’en ai beaucoup dans l’imagination de ces images que l’on trouve dans ces films d’horreur, elles raflent l’esprit, par décharges successives viennent vous malaxer et sans avoir à aucun moment perçu leur affolante volonté de vous posséder elles reviennent en vagues massives vous hanter. Une peur démentielle, si évidente, vous affole encore plus lorsque surgit les vrais cadavres. On ne peut plus lui échapper, toute cette tranquillité du mois de juillet est engloutie dans une horreur pleine de vie. Mais l’opération démoniaque sait aussi détourner les consciences et les rappeler à d’autres considérations, sans se montrer d’abord, puis plus sournoise quand vous avez complètement oublié les morts et la prière qui leur revenaient. Soyez donc attentifs aux signes, aux signes des temps, qui constatent admirablement l’état de notre monde. Cette dégénérescence du comportement qui finit par détruire, veut en abord se satisfaire et trouve toujours raison pour manifester ses envies et par là même les justifier. C’est donc par ses conséquences que l’on pourra voir et comprendre les causes comme autant de révélateurs de la manière qu’use le diable pour en finir avec les hommes. Car il est toujours à parcourir le monde vers les endroits où il y a quelques détresses, semant avec ses fils des troubles plus grands, inondations, accidents, tremblements de terre afin de prélever sa part. Accablés de malheurs, les hommes pour certains,  maudissent Dieu, le menace et le vomisse, ce Dieu d’amour qui ne se satisfait ni de sang ni de vie mais qui les aime passionnément. Là est sa victoire, véritablement instruit dans la manière de propager le doute, la peur et la colère, inlassablement il va chercher sa récolte, fait prospérer ses pousses pour qu’elles contaminent les plus jeunes. Je parcours l’actualité, un autre accident, St Jacques de Compostelle, un train déraille causant la mort de 79 personnes. Je fais bien remarquer ici le caractère répétitif de l’évènement, ce malheur a au moins ce bienfait de rappeler celui de Brétigny. Puis je continue, surprenant quand une semaine plus tard un car italien chute d’un pont et emporte 38 pèlerins et quelques jours plus tard, le 31 juillet, un car percute un camion au Venezuela faisant à son tour 16 victimes, deux jours plus tard en Sierra Leone 18 personnes meurent après la chute dans un ravin du camion qui les transportait. Je crois qu’il y a une autre façon de lire une telle tragédie, aussi énigmatique que les paroles de l’oracle ou les paraboles du Christ. C’est une transformation de l’acte, un déploiement du sens, il y a quelque chose d’unique dans cette manière de procéder. Il faut passer par une série d’analyses, penser ensemble les visions successives, l’une réelle, l’autre prophétique, et l’on voit bien ensuite se détacher un sens plus précis de la vie. Il est donc important de s’en nourrir, c’est l’histoire de chacun qui se retrouve projeté, son interprétation amène justement à l’épuration des angoisses. Car ici c’est le visage de la mort, de notre propre mort, le visage terrifiant de Gorgone, ce face à face nous pétrifie, c’est un regard impossible à soutenir. C’est le faciès de la laideur, de l’orgueil, qui rappelle par cet exemple, l’exemple de Méduse qui devint Gorgone pour avoir osé rivaliser en beauté avec Athéna, l’effondrement de la vertu et par là la nôtre. Là il faut donc voir autrement peut-être, à la manière de Persée, d’un regard oblique. Ne pas l’affronter directement, ne pas être terrifié, de quoi résister, d’où l’on comprend la nécessité de se renforcer et de se bâtir, de se bâtir pour pouvoir l’affronter plus franchement, plus tard, comme le capitaine Achab. Affronter le monstre, la mort, sa mort, inévitable pour pouvoir l’offrir dans le cas où il faudrait sauver son âme. Dans ce roman de Melville, si grave, qui engloutit la vie, la happe entièrement, l’Essex, le navire du capitaine Achab pourra être identifié à ces trains, à ces cars. En ce sens l’auteur qui assimile son histoire à la chute de l’empire américain, produit une représentation forte de l’existence, où l’équipage est perçu comme le peuple américain dans sa quête de grandeur. Cette aventure rend compte de la volonté des hommes, de cette chasse à la gloire, de cette faillite du monde moderne par le naufrage de l’Essex, lui-même trouvera écho dans celui du Titanic. Ce langage qui fera dire à Le Clezio que pour comprendre la vie il faut lire des romans, permet une compréhension savante du monde. Ainsi, on ne peut se leurrer et rester sourd au temps qui vient, imprudents que nous sommes, nous autres qui ne vivons que pour nous, tout cela a une raison, une raison de penser aux autres, d’être toujours conscient que chacune des choses a une signification. Aussi, en ce sens, tâchons à la manière de Melville d’expliquer l’horreur qui s’est produite à Lac-Mégantic, premier de cette suite d’accidents que j’ai énuméré ci-dessus. Dans la nuit du 5 au 6 juillet, au Québec, un convoi composé de 72 wagons-citernes pleines et sans conducteur dévale et déraille. Explosion en chaine, tout brûle en plein centre-ville, 47 personnes périssent. Toutes ces nuances de noir et de rouge, hermétiquement sombre, rechargé sans cesse d’afflux ocre, poussiéreux et chargés de feu et de fumée. Aucun bon signe, l’excessive épaisseur devient palpable, presque matière, je voudrais dire de cette vision toute son insupportable évocation, vous savez cette évocation du dessous, ce séjour des morts, ce monde qui brûle, plein d’épouvante, cet immense royaume incandescent, c’est là le présage qu’il faut y voir. Chant de douleur donc pour l’humanité en devenir, fin des temps, immense chaos, c’est ici que nous tendons tous si nous ne prenons pas ce signe comme un avertissement. A partir de là, quand même, 6 drames qui s’enchainent en si peu de temps, ne peut s’obtenir que par une activité débordante du diable ! Aussi, sait-il que ses jours sont comptés, que c’est la fin de son temps, alors il hâte son plan. Voyez, comme son éprouvante influence se fait sentir de plus en plus, tout se trouvant sur son parcours occupe ses pensées, il inspire irrésistiblement la haine ! Son grand corps enjambe le monde, déchainé en ces temps car tout vient au grand jour, ses manigances, ses mensonges, ses perversions antiques. Ce choc tragique pourrait ne pas avoir de solution, se serait cela le problème tragique, pour les grecs c’était la fatalité, Œdipe voulant éviter que la prophétie ne s’accomplisse la précipite involontairement. Les hommes, aussi grands soient-ils, participent à leur propre destruction et d’une façon non seulement désirée mais également étonnamment instinctive. Pour le païen, la création est le résultat d’une transformation cosmique, les réalités physiques et matérielles sont ce à quoi l’on doit parvenir, aliéné donc par un monde où le mal est partout présent, qui n’a pas de sens, car son sens à lui n’est jamais révélé, il le cherche donc sans cesse, l’homme ne peut se sauver que par ses propres moyens. Il s’érige alors en constructeur de Babel, pour lui Dieu est mort,  l’a-t-il dit à ce vieux saint dans la forêt, par la bouche de Zarathoustra.  Le retrait du monde est donc pour le croyant, il a en lui cette étincelle divine qui lui rappelle sa véritable origine et son véritable destin. Il conçoit le monde soumis à une dualité spirituelle qu’est Dieu et le diable et qui sait qu’à la fin des temps et à toutes fins, le premier triomphe toujours.

Antoine Carlier Montanari

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