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Publié par AntoineCarlierMontanari.over-blog.com

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 Il me plait ce Conrad, ce sceptique enterré selon les rites catholiques, je ne l’oublierai point, il est de ma famille, de langue et de foi, d’ailleurs ne fit-il pas d’un certain Carlier l’un des deux héros d’Un avant-poste du progrès ? Ainsi, ce capitaine polonais est contraint de confesser son âme. Elle se moque de lui, le tire par le nez jusqu’au cœur des ténèbres. Le titre est flamboyant pour quelqu’un qui a lu la Divine Comédie et le Paradis Perdu, ce livre est une bénédiction. Marlow et Kurtz écho à Dante et à Virgile ? Ce binôme fonctionne aussi bien, les similitudes sont nombreuses, la jungle et l’enfer, la route sinueuse et torturée, les indigènes, les damnés, le feu, la chaleur, l’Achéron et le fleuve Congo. Voyez ! Au fond de ces temps, de cette terre écarlate, noire où s’agite des cannibales qui poudroient la nuit d’airs sataniques, demeure une bien funeste vérité. Il faut y aller, comme Dante et Virgile et Kurtz, aller au bout et traverser un monde inconcevable, dépourvu d’espoir et de désir.* C’est aboutir à une révélation, la lumière va naître et accomplir pieusement en âme éternelle sa longue agonie. C’est franchir l’inconnu, dans les espaces des premiers âges, des premiers hommes, remonter jusqu’aux entrailles du monde pour pécher ses secrets. Et pourtant Marlow n’ira pas jusqu’au bout, Kurtz est allé trop loin, sa vie, à lui, déborde et ne le lie pas à sa chair comme deux ailes sur un dos. Alors que lui est-il arrivé ? Marlow n’en sait rien, il lui a échappé, dans l’infini et l’invisible,  niché dans la solitude, pleine de démons et de monstrueuses âmes. Kurtz est parti avec son  trésor, Conrad le voulait ainsi, le lecteur, nous, nous resterons à la lisière, confortablement, parce que jamais nous ne descendrons le diabolique fleuve Congo ou ni même l’Achéron, le Styx ou le Léthé, ces fleuves maudits qui charrient, qui condamnent comme des juges l’humain. Rappelez-vous bien qu’il n’y a ici qu’un voyage dans une horreur palpable, tribale, primitive, la pire car elle est courante. La disparition de Kurtz est un évènement regrettable, il a manifestement changé son âme, c’est un mystère qui déborde, qui souffle et qui épuise les nerfs. Depuis longtemps il y a eu des Kurtz, des fous, des surhumains, des Nietzschéens ! Ah ! Si j’avais rencontré un tel homme, à la fois poète, peintre, orateur, écrivain, musicien, un peu comme Dürer ou De Vinci, des hommes qui ouvrent l’esprit, un phare pour tous,* un homme remarquable,* j’aurais pu éclaircir bien des ténèbres ! Fascinant n’est-ce pas, c’est un Léviathan qu’il ne faut pas brusquer, un battement d’aile et tout s’embrase, non ce n’est pas un homme ordinaire ! Alors, est-ce une illusion du diable? Non c’est Dieu qui a engendré cet homme et on va le suivre, avec Marlow bien entendu. On va le suivre, sur son navire, jusqu’à l’autre rive, courbé dans cette ténèbres épaisse et puante et prolonger son séjour en une éternité infernale. Ce n’est pas radieux, ni bonheur, ni paradis, chaque instant porte en grosses lettres les malices du farouche démon du fleuve.*Vous allez voir l’hideuse et effroyable gueule du monde, ses premiers maîtres qui engendrèrent la peur, et certainement vous allez vous rappelez le cauchemar d’Innsmouth. Il y a des liens, qui étrangement donnent des visions épouvantables et obscures et qui semblent être permises de Dieu. Lisez cette effroyable aventure car après tout, ce n’est pas pour rien qu’au fond de cet abime,  ni la chair et ni le sang n'y sont honorés. Un domaine maltraité et en vérité aussi sauvage que l’océan de Melville. Kurtz et Achab, ces diables masqués, puissants et volontaires, pourtant profondément humains, n’ont gagné la croix, la véritable, que parce que Dieu n’a retenu aucune de leurs offenses. Cette forme d’homme a plus que souffert, heurtant rudement le ciel, si fort parfois que d’horribles blasphèmes ont égorgés les bêtes du dessous. Le cœur des ténèbres gronde de façon dérangeante, il n’y a pas de vérité en surface, il faut plonger, remuer le fond et le diable aussi, c’est là que le crépuscule menace la lumière, c’est là aussi que le cœur flambe !

Antoine Carlier Montanari

 

* successivement page 175, 186, 174, 166 du livre

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