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Publié par AntoineCarlierMontanari.over-blog.com

 

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 La cinquième, qui est l’ornement le plus guerrier, fait usage d’un style saccadé, très saccadé qui fait suivre à l’oreille une lutte qui oppose deux titans. Cruel général qui s’acharne à faire périr des seigneurs, par sa nature hybride, froide et méchante, bouge les membres dont le nombre croît en fonction des ennemis qu’il a à combattre. Le rythme s’exprime nerveusement, aussi bien qu’une course de chars dans une arène,  sans autre effet  que de remplir le poitrail d’un courage plein d’une belle assurance. C’est là le virage prononcé par ce morceau, reprenant au premier de ses compagnons la même mesure, en une si belle sinusoïdale qu’elle fauche au vent toute son énergie. Perdez l’espoir d’entendre cela ailleurs, car ailleurs c’est autrement et ceux qui en mènent la même formule ne se soucient guerre de telles mélodies. Sûrement parmi les chants d’autres vies, l’on a fait vibrer des cordes qui ont bien effleuré l‘or du soleil, mais je n’entendrai guère cette singularité qui me fait bouillir l‘âme. Pendant ce temps, la quatrième, bien plus dramatique, rassemble les chœurs en un endroit si profond que malgré les efforts pour ne pas succomber, un feu enserre lentement tout l’être. Or, il faut savoir, avant d’en rajouter, qu’un pareil privilège est rare, au sein de ce monde, il faut remonter plus loin pour espérer y trouver pareille mesure. Rendons donc hommage au musicien,  qui cru bon d’engendrer ,du talent de ses pairs, cette qualité qui fait honneur à la musique.  L’âme humaine en a besoin, en ces temps surtout, car il est profitable d’entendre ce qui nous échappe et de concevoir de la sorte cette dame que l’on nomme la mort. Oui, car cette quatrième possède la solennité des requiems, comme un grand feu, les cœurs font face au ciel, la fuite du temps n’est plus la même, et l’on voit comme on ne peut le voir autrement, poindre cette vallée du silence. Il y a là un vol d’oiseau, une aube dorée et l’air qui nourrit d’une façon toute à lui la sentence de la vie. Il me semble qu’à ce moment je m’en vais joindre les poètes, pour relever au plus haut point du Parnasse, la blanche voilure de son étendard. C’est là qu’il nous mène, du bout de sa baguette, comme un rameur à son poste et qui couche la mer pour en sortir un mouvement. File ainsi la musique, qui dans la douzième, la plus à même de nous briser, fait courber l’esprit entre les mains puis entraîne à joindre le cœur à cet édifice. La forte brise du sud nous entraîne alors vers la treizième, pleine de trompettes et de gloire comme autant de spartiates déterminés. L’ouverture bondit, les lèvres arrogantes hurlent au vaste front, mais sans trop attendre elle met un frein à sa volonté. Le front solide, les yeux figés, non loin de l’ennemi, elle étend son regard parmi le brouillard de la lande. Sitôt, la troisième, vient traverser cette terre, le tumulte des voix, puis les cuivres perçants viennent défier comme des béliers les hautes portes de la cité. Lourdement tombent les boucliers, les lances ruissellent, le feu des torches traverse les charpentes et les corps, et la lune qui cache derrière un voile sa lumière entame sa descente vers l’horizon. Ardente composition, qui brille comme l’or du matin et s’élance dans des courbes où se hâte les des vagues puissantes, emportant dans son cycle la forme la plus sombre, presque entièrement étoilée. Avant que l’on puisse en sortir, on jette un regard qui voudrait bien ne point s’éveiller et rester avec cette berceuse pour l’y accompagner  vers ces domaines précieux.

Antoine Carlier Montanari (Commentaire sur la bande originale"StarWars III" de John Williams) 

 

 

 

 

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