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Publié par AntoineCarlierMontanari.over-blog.com

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 Tout est réalisé ici, tout tend à la foi, prend le regard et le roule en dedans, totalement et tellement que le visiteur un peu curieux fait l’expérience de la grâce. La foi par l’image, l’évocation prodigieuse de la contemplation, Ingres met à une hauteur extrême la Vierge et le Christ. De toutes parts la composition semble se lever, je suis en dessous, à Orsay, la tête exagérément orientée vers elle, si haute pour ma vue, presque inaccessible, je recule, touche le monde et m’oriente à nouveau vers cette vue sublime qui imprègne toute la salle. C’est elle la grande nature, je la regarde comme il le faut, le cou un peu moins rigide, je respire mieux, mon sang s’oxygène, je prends à nouveau mon souffle. Je suis en plein dedans, sentir en soi l’élan divin, l’hostie, ce cœur de la toile qui prend place au centre, juste devant, devant son temple, le ventre de Marie. C’est par elle que le Christ en entré, elle lui a donné sa chair et lui la sienne, unité bouleversante, dans sa nature féminine elle a recueilli un Dieu qu’elle a choyé, louangé et prié. C’est ça, ce corps reconnu, laiteux, spongieux, doux, avant de voir la vie, a pris celui qui a toujours été, déjà préparé pour elle-même, devenant ainsi la mère du Verbe. Ingres allume le feu, à droite, à gauche, forme la scène, la Vierge en prière, en Reine, dans son regard proclame son union totale à son Fils, elle est en lui et lui en elle. L’Hostie s’élève, sur la coupelle, d’ailleurs presque en apesanteur si bien qu’elle paraît décider d’elle-même. Je me ressaisis, cette indicible relation m’hypnotise, je suis exaltée, je remarque le reflet de l’hostie, voilà ce que je crois être le plus concluant. Le corps mystique du Christ, sur sa tranche, comme cela, épouse le miroir formé par la coupelle, Ingres en a parfaitement polie la surface. Ce n’est plus un simple reflet, manifestement l’hostie reçoit dans sa pureté l’image de sa beauté incorruptible, c’est une participation admirablement nourrissante de la purification. L’âme peut ainsi, si elle le désire, se polir comme le miroir pour espérer refléter le plus fidèlement Dieu. Admirable donc lorsque l’observation est ainsi faîte, une vision en somme presque parfaite, recherchée, éducatrice, on comprend alors l’importance de la mise en scène. Ainsi, possédé, frappé, tandis que l’évidence s’accomplit, le pain devient la chair, son reflet l’esprit. Ingres rend visible l’invisible, une marque d’adresse qui ouvre le regard, l’impressionne et relie le mystère religieux au présent. Dieu est au rendez-vous, dans son rituel, celui de l’eucharistie, voici le corps libéré, celui de Son Fils Jésus Christ. Il n’est plus retenu, lui qui a donné sa vie, rempli de sa présence le cercle formé par l’hostie, en son centre, en croix, offre ainsi le symbole de l’homme parfait. C’est dans ce signe, homogène, sans commencement ni fin que s’inscrit la puissance divine, image du soleil, l’astre dont le génie est d’attirer tout à lui en d’autres cercles concentriques. A eux tous, ils constituent à diverses degrés les manifestations célestes, de tout cela on voit apparaitre sur la toile ronde d’autres cercles comme ceux de la Vierge formant son auréole. Là on voit le dépassement, Marie, condition présente du Verbe, qu’un sein comme le sien, plus saint, plus absolu, révèle en elle-même la gloire de son Fils. Une toute autre femme, qui sait si bien regarder, instaure devant nous un contact tout en finesse avec Dieu réel. Cette douce communion, si tendre et délicate, si blanche, si immaculé, semble exploser d’amour. C’est totalement intérieur, à vrai dire je me demande si elle ne m’a pas remarqué, la Vierge, allons, ses yeux semblent me voir ! Je me laisse entraîner, je me souviens, dans la chapelle de la Vierge à Saint Sulpice, devant le prêtre, avant de prendre l’hostie, je la vois, la vierge, au-dessus, elle me regarde avec son Fils dans les bras. C’est cela, si délicat bien sûr, c’est un phénomène rare, il ne faut point être distrait si l’on veut l’a voir. J’en étais distrait auparavant, maintenant je sais, c’est Ingres qu’il faut remercier !

Antoine Carlier Montanari

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