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Publié par AntoineCarlierMontanari.over-blog.com

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- Si je tiens discussion avec ce que je nommerai une aberration, du moins entendu comme telle par mon esprit, c'est qu'une quelconque farce se joue de mes facultés.  Ce que mes yeux déforment et assimilent à une monstruosité ne peut surgir de la sorte, ce bas monde n'est que trop étroit. Qui de Dieu ou de son contraire prévaudra alors de mon âme si je ne puis revendiquer la part qui est la mienne? Alors donc si affligeante est cette vision, aussi rusée pour se jouer de moi, vaudrait t'il mieux que j'en prenne acte et que je me comporte comme un brave. Regarde-moi maudite forme si tu existes bien! S'il m'était donné la force d'un titan je prendrai ta gorge jusqu'à la réduire!  Car ce qui me toise en cet instant, cette laideur qui afflige ta gueule et qui renvoi ce qu'il y a de plus mauvais, ne peux venir sans quémander un bien que je ne saurais céder.
- Stupide homme! répondit la créature, qu'importe la volonté qui t'habite, rien ne serai m'éloigner de ce que je vais te faire endurer! Car ce que tu as commis t'enracine dans une terre tellement boueuse que même le soleil ne veut plus s'y refléter. Si loin que remontent tes souvenirs, puissent t'ils t'échapper qu'ils te maudirons et t'enchaîneront. Ce à quoi t'accableront des engeances que tu peux a peine imaginer, ce que les mots de ton langage nomment fraternité,  bienveillante ici mais redoutable chez nous. Car en ce lieu que je vénère, qui fait de mon état une horreur aux yeux des mortels, pousse des racines qui puisent leur substance à la chair pourrie laissée par ceux de votre race. Que celui qui se nomma Virgil et qui vous a raconté  la souffrance de ceux qui vivent ici, a donné au monde une oeuvre bien tangible. Par lui personne ne peut plus dire ignorer notre réalité, à cause de lui tous sont coupables de ne pas y méditer. Que Dieu  permis pareil témoignage devrait rendre les pages qui en portent la valeur devenir primordiales aux yeux des hommes. Mais lui l'homme, préfère s'en moquer, nous en sommes pleinement responsables. Ainsi nous les maudissons ainsi que le ventre qui les a vu naître. Chacun de nous voudrions voir votre race pourrir, bouillir ce qui vous sert de corps et maltraiter autant que possible vos âmes.
 - Au nom que ma mère m'a donné, rétorqua Vivien, je dois honorer celui qui le posséda en premier et qui veille sur moi lorsque je viens a m'endormir. Si ta présence n'est pas une illusion alors il me faut m'en détacher. Une telle monstruosité ne peut qu'affliger la conscience.  Que je puisse deviner les verbes qui te chasseront, lorsque la parole est saine, te renvoyer là d'où tu viens. Le solstice qui me regarde ne veut point que je t'appartienne et il m'est gré de l'entendre ainsi. Pourchasse ailleurs un fretin qui te sera plus serviable!
 La créature se redressa, frappa sa poitrine et ricana: - Mais qu'importe l'autre, certains de mes frères sont là pour eux. je ne peux me défaire de ce qui m'a été adjoint. Mon maître ne se contente pas de voler des âmes à ton Dieu, il pourvoit des pièges et des malédictions afin de dérober l'homme au bonheur.  Vois la grandeur de celui que je sers, il ose affronter une lumière qui lui sait être fatal. Casernés dans notre funeste demeure, nous pourrions ligoter toute étincelle qui jaillit dans l'univers s'il nous était permis de se joindre à cette vaste contrée. Hélas a cette permission qui nous échappe nous nous contentons de cet îlot qui vous sers d'abri. Crois bien qu'aussi hallucinée que peut-être mon apparence elle provient d'un refus que j'ai voulu dès le début de mon existence. En cet état que j'exècre en permanence, me renseigne d'un temps qui prend sa mesure dans la souffrance. Tout en moi reflète ce que je hais le plus, je transpire en permanence une haine de tout. Prendre place en cet instant qui ne varie jamais,  imposer ma laideur lorsque le ciel est présent est d'autant plus abominable que cette lumière renforce d'avantage la souffrance. Ainsi tu comprendras que notre rage s'accroît a savoir qu'il vous ait possible d'en profiter, ce qui nous rend encore plus redoutable, plus vil et plus subtil.
Vivien s'éloigna de la cheminée, regardant les flammes virevolter autour de la créature. Un sourire presque ordinaire vint s'agrafer sur sa face, prenant tour à tour des artifices émotionnels. Vivien embrassa la petite médaille suspendu a son cou et prononça le saint nom de l'archange. Le démon ricana plus fort et sa gueule se défigura d'avantage, puis poussa quelques bûches hors de la cheminée. Furieux a rendre sa haine plus visible, il dégagea des nuances de cramoisie jusqu'à donner aux flammes plus d'intempérance. Presque aussitôt une autre forme s'extirpa de la cheminée. Sans prendre cas du démon qui y séjournait déjà, il le repoussa et vint a la hauteur de Vivien. 
 - Ce que tu viens de prononcer ne doit plus se réitérer! Maudit soit le nom de celui que tu as appelé, on lui a donnés un pouvoir qui nous maltraite.  Prends acte piètre humain que ton âme ne m'echappera pas! A ces mots la forme s'avança en griffant le sol et son cou se prolongea pour amener sa gueule au plus près du visage de Vivien. Mais celui-ci avait déjà les paupières fermées, serrant sa médaille, priant du bout des lèvres.
 La forme souffla de ses narines une fumée noire et dit: - Lorsque ton Dieu m'a donné vie, il m'a demandé de porter un nom que la lumière aime à entendre. Je ne m'en souviens plus car le temps s'est chargé de m'en défaire mais il est encore en moi un souvenir qui me rappelle son éloquence, une sorte d'impression qui surgit quand je suis envoyé dans ce monde. Ça m'est intolérable de pouvoir en témoigner, me rappelant l'éclat qui fut le mien. Saleté de race, tout me rappelle chez vous cette miséricorde, elle transpire en chacun et je peux que la maudire, encore et toujours la maudire! Verrez vous un jour ce qui chagrine le plus mon maître et qui fait dire par vos illustres penseurs que Dieu est amour, en cela que je ne peux contenir car en ce lieu est posé sur moi une ordonnance qui me retiens d'avouer d'abjectes syllabes. Mais viendra, quand il aura détourné son regard, ma langue pleine de vipère vomira sa perfide strophe.
Vivien serra sa médaille encore plus fort, les yeux toujours clos, il rétorqua: -  Bien que ce qui te retiens, tient tout autant à ce que je reste vaillant, et comme je ne puis regarder ce qui me torture je veux bien considérer ces dires comme une part de la vérité. Cependant par cette grâce qui m'est faite pour soutenir cette épreuve, je veux bien continuer cette confrontation pour que je puisse en témoigner. S'il faut que mes oreilles endurent tant de vociférations, que me couvre les épaules le charmant manteau de celle qui se nomme la vierge, l'on dit qu'il a porté les saints en leur demeure.
Le démon rechigna en quelques grognements, se retourna et injuria l'autre démon. Il renifla puis déglutit avec insistance, grondant avec hargne il attrapa son congénère et  l'écrasa au sol: - Ne t'avais-je point dit de le louanger, de lui susurrer les compliments qui flattent l'orgueil? Ne t'avais-je point dit que c'est en cela que l'homme est le plus vulnérable? Cette espèce si débile,  si prompt à désobéir, goûtant un fruit qu'on lui avait pourtant défendu! Cette espèce ne mérite pourtant pas le bien qu'on lui attribue la-haut! Vois maintenant comme ton insuffisance me rend la tache plus lourde! Le démon décrocha un rictus et détourna sa face de son compagnon, il redressa ses larges épaules et ricana: - Soit! j'admets qu'en cette condition je ne puisse trouver victoire mais s'il te viens l'envie de maudire ou de mentir il sera alors inscrit sur des tablettes ce fait. J'en prendrai gloire auprès de mon maître qui en rendra acte à la foule qui le sert. Vois qu'il n'en faut pas plus pour comprendre que vaincre un démon n'est pas une chose simple. Mais voila que ma demeure hurle mon nom, cela t'épargnera pour un temps cette vision que tu refuses. Il me plairait pourtant de serrer cette gorge sous mes griffes, la voir sanguinoler pour délecter cette mort qui vient. Car cette chair qui vous rend libre et qui hatise en nous tant de flammes accroît toujours un peu plus notre désarroi. Un bûcher qui ne demande qu'a s'extraire pour tout brûler et qui ne pouvant s'émanciper se venge de l'intérieur.  Mais voila que vient l'ange!  Je ne puis rester, celui-là est bien trop grand.
 Vivien recula et l'on effleura son épaule, il sentit une tranquille respiration traverser ses cheveux.  La une voix grave et apaisée lui dit:
 - N'aies pas peur! En cet instant si redoutable, si tranchant pour l'âme, il te sera nécessaire de me faire pleinement  confiance car celui que je sers pourvoit a mon bras sa propre force. Prie et regarde car il t'est donné une grâce particulière, celle de contempler le grand Michel écraser le malin. Sois vaillant au crépuscule qui se manifeste, l'aurore qui déjà l'a repoussée allume l'espérance.  Prends chemin de mes ailes quand la rage semblera dominer, il est en ce temps un bien funeste oratoire qui s'imagine acclamer la victoire de leur champion. 
 Vivien baissa ses main, un démon autrement plus laid que ses prédécesseurs s'extirpa du feu. Il écorcha sa poitrine et balbutia quelques mots dans une langue impure. Sa queue rougeoyante siffla autour de lui en des circonférences aléatoires,  dégageant une noire fumée. Le démon ouvrit la gueule et se jeta sur l'ange. Bestiale créature qui engendre la mort, arrache au corps de son ennemi sa plus belle écharpe. Déchire de ses griffes la toison blonde et le maillon d'or qui la maintient. Frappe fort la cuirasse blanche et maintient la gorge du céleste soldat au sol en rugissant furieusement.  Une colère si forte qu'elle affligea la gueule du démon si exagérément qu'elle en devint informe.  frappant comme frappe le tonnerre, encore et encore sans jamais diminuer d'intensité, rageant tout ce qu'il pouvait contenir. Et des tremblements, des chocs violents, acheminant toute sa haine sans jamais s'essouffler. Voilà qu'il enfonça ses griffes dans le thorax, creusa si profondément l'abdomen que l'archange extirpa un cri. - Caron, diable aux yeux de braise!  Au lieu ou rien ne luit s'est empressé de t'envoyer  pour prétendre vaincre celui qui fut jadis le frère de ton maître et comme il m'est ordonné pour témoigner de subir autant d'affronts,  vois comme je peux retenir mes ailes, qu'elles ne prennent forme en grâce t'infligeant  bien pire que ce qui t'attends en bas!
 Mais le démon se contenta d'une horrible  grimace, balayant en un seul tour de queue la fumée qu'il venait de cracher. Puis il inspira dans un rugissement semblable a une tornade qui emporte un troupeau de bœufs et qui dans son tumulte les culbute, les frappe, les oppresse de partout. Là au précipice qui s'ouvre, balayant une multitude de damnés qui hurlent d'angoisse  et de haine, proférant des injures des plus noires, des courants enflammés brûlaient en masse ceux qui tentaient de remonter. Vivien s'en teint a ce que l'ange lui avait dit. Mais ce seigneur qui se faisait autant maltraiter ne pu le rassurer, autant fermer ce qui le maintenait à ce douloureux spectacle. Parcourant sa pensée en espérant y trouver ce bien qui lui était autant nécessaire, appartenant a ces domaines que seul l'esprit humble est capable d'emprunter pour ne pas se perdre. Voilà comment il cherchait refuge, bien que incapable de s'aveugler de ce qui le tourmentait il abdiqua a cette condition en remettant en lumière les propos de l'ange. Puis vint au dessus de lui une image, si pure et bienveillante qu'elle lui ôta toute peine. Bienheureux de se trouver dans cet état il s'y plongea d'avantage ne pensant qu'à s'en imprégner. Cette crucifixion si incroyablement représentée, avec ces couleurs si bien dosées que le sang et la chair ne faisaient plus qu'un rendant au supplicié toute sa fraîcheur. Si belle image qui donnait à l'âme un éclat nouveau, emportant si loin les affres et le désespoir et donnant tout autant de joie et d'espérance. Vivien laissa entendre à sa raison cette inspiration nouvelle, mesure qui enflamma en lui celle de l'ange et voulu de lui qu'il se confonde de ne pas l'avoir comprit plus tôt.
 Mais ce qui advint ensuite et qui fera dire à Vivien qu'il serait souhaitable pour tout homme de voir ce qu'il a vu, ne peut ici être révélé  car au trésor qui a été offert personne n'en a eu que faire. Combien  même il en aurait trouvé un qui daigne s'y pencher sans rendre son auteur ridicule, le témoignage mis par écrit n'aurait été ni arraché ni brûler. Ce qui devait nourrir l'âme restera pour un temps caché, la volonté du Très-Haut est de pourvoir à la nécessité de ses fils et quand il voit que la rébellion les aveugle il prend acte en formulant autrement la recherche que l'on peut avoir de lui. 
 Antoine Carlier Montanari

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