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Publié par AntoineCarlierMontanari.over-blog.com

 

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 Daniel regarda sous la fenêtre du couloir, la forme adossée au mur comme épuisée, respirait difficilement.

- Que fais tu la bête immonde ?

La forme bougea lentement et sa gueule sorti les dents :

-Je suis un démon et le diable me fait payer mon échec. J’erre sous une apparence des plus absurdes qui m’empêche de me mouvoir normalement, si normalement peut nous être attribué. Car tu vois je n’ai point pu prendre l’âme de celui que je devais perdre.

Daniel plissa les yeux, s’accroupi et dégluti. Il toisa l’ombre grossière, tentant d’extirper la forme réelle.

-Si tu dis ce que tu dis être, pourquoi ne m’agresse-tu pas ?

- Je me cache de la vision de celle que je maudis, son sourire écœure ma face et m’ordonne de rester dans l’ombre à laquelle j’appartiens.

- De quoi parles-tu maudite bête ? La réflexion qui est la tienne n’est point une mesure de l’entendement, explique les mots que tu as prononcé !

La créature grogna et extirpa son bras en désignant le petit tableau accroché au mur d’en face. Sa gueule s’ouvrit et ses yeux se plissèrent : - La dame blanche, la dame de mes souffrances. Je ne puis la regarder sans craindre l’éclat de sa lumière. C’est ainsi que je supporte ce que je maudis et toi tu es le témoignage de ce qui me rendra digne auprès de mon seigneur.

Daniel se tourna vers la toile, dubitatif et presque interloqué par la vision.

- Quelle misère de voir cette image te rendre inerte monstre informe. Moi-même je ne puis croire à ces fables, tout ceci n’est qu’aberration de l’esprit, une confusion mentale propice à la manipulation.

- Qu'il est juste de t’entendre parler ainsi, ta parole est cause de victoire pour moi, répondit la créature. Continu à penser ainsi, la raison qui t’habite est source de gloire pour mon maître. J'emporterai ton âme avec moi et la lui présenterai et la scellerai à mon cachot.

Daniel sourit et rétorqua: - Pauvre bête, ton imagination est aussi grande que ta laideur. Sache que l'âme que tu m'attribue n'est que stupidité. Seul les esprits ignorants conjurent le sort par ces balivernes et j'entends ne point m'abaisser à perdre raison par le tour qu'il m'est fait. Mes mots, après tout, ne font que parler à moi-même, car bien sûr tu n'es qu'une construction mentale et je me rappelle t'avoir vu au détour d'une peinture de Bosch.

- Que la misère est grande en ton coeur et c'est ici que s'incruste la parole de mon maître. Je salue sa grandeur car elle s'imprègne en toi de manière exemplaire. Ahhhh! vilaine créature que Dieu me permet d'éprouver. J'abhorre l'homme et je désire sa perte, point de retenue dans mes vociférations et je m'engage, tant que la dame ne me l'interdit pas, de te porter moi même à la demeure de mon seigneur.

- Assez ! s'exclama Daniel, jetant le tableau par terre. -Maintenant montre-moi si tu es bien réel ! Tes jacasseries me fatigue et je ne puis continuer à jouer avec la folie. Je vais me réveiller et prendre acte de mon cauchemar et je m'en retournerai jouir du monde qui est le mien.

Le monstre se leva péniblement, grogna quelques injures et se dressa devant Daniel.

- Imbécile humain qui croit maladroitement les illusions du regard, tu as ôter la seule chose qui me retenait. Je me joue de toi et tu te fais complice de mon plan. Je vais te maudire et te maudire, brûler ta chair encore et encore.  

 Daniel confus, trembla, la vision du monstre ouvrant sa gueule et sortant ses griffes le réveilla. Sa compagne dormait paisiblement et il se leva. Près de la fenêtre il écarta le rideau et posa le regard sur la lune. Il s'essuya le front et s'en retourna pour aller boire un verre d'eau. Ce cauchemar l'angoissa et la mesure d'une telle image, de ce monstre horrible, s'incarna dans son esprit. Une image qu'il n'était pas près d'oublier. Il ferma la porte de la chambre et emprunta le couloir, son pied trébucha sur un objet. Il baissa le regard et le ramassa. La lumière nocturne lui découvrit le tableau de son rêve. Il frémit un instant, sentit la bête le frôler et remit religieusement la petite toile à sa place. La dame qui tenait un enfant dans ses bras lui apparu dans une beauté qu'il n'avais jamais remarqué auparavant, son angoisse disparut et il se dirigea vers la cuisine.

 Antoine Carlier Montanari

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