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Publié par AntoineCarlierMontanari.over-blog.com

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 Je la voyais de ma fenêtre sur le toit, se dérober à la lumière nocturne. Son corps effilé soulignait la présence de cornes et de griffes qui lui donnaient l’apparence d’un démon. Elle lorgnait le ciel tout en cherchant dans une direction précise l’objet de sa convoitise. La lune masquée de quelques nuages offrit à mon regard l’assurance qu’elle ne m’échapperait pas, du moins il me fallait être très prudent car l’instant d’après me dévoilerai. La cause qui avait provoqué mon réveil restait immobile d’une manière que la raison ne pouvait se satisfaire. J’aurais volontiers attribué à l’origine de son état une pétrification ou quelque chose d’identique, si l’éclat de sa nature ne suggérait pas une apparence étrange, comme une sorte de corps qui tout en étant solide montre les caractéristiques d’un corps gazeux. Cette vision pouvait apparaître comme étrangère au milieu qui est le nôtre, s’approchant d’avantage des conceptions ésotériques et mythologiques de la littérature et qui appelle la raison à devenir irraisonnable. Je n’envisageais pas d’autres solutions que d’intervenir immédiatement, solutionnant une réponse au danger qui me menaçait, j’entrepris d’utiliser mon fusil. A l’évidence il me fallait faire vite, la lune me donnait encore l’occasion d’atteindre ma cible. Me concentrer suffisamment et prouver au chasseur que je suis, la réputation glorieuse que l’on m’avait attribuée. Dos au mur, sous la fenêtre, le fusil chargé prêt a tirer. L’angle ne posait pas de problème, ni le vent, à cette distance rien ne pouvait m’échapper, pas même un lapin qui surgirait d’un buisson. La nature m’ayant attribué quelques dons, je puis en profiter et montrer à celui qui me narguait le talent qui devrait lui être fatal. Qu'il se tienne encore debout ou pas, derrière la cheminée, ma visée sera juste, je ne le lui laisserai pas la moindre opportunité de s’en tirer. Il me fallait un objectif et m’attacher à en respecter les conditions, me rappelant ainsi l’écart qui conduisit mon vieil ami a se voir égorger par une lionne trop nerveuse. L'ennemi pourrait toujours se montrer plus subtil et ma position que je pensais avantageuse pouvait  à tout moment basculer.  La lune disparût, du moins je sentis sa clarté s'en allée, m'invitant aux intentions néfastes de la créature. Le fait que tout ce qui m’entourait s’imprégna d’une odeur corrompu, mêlée de souffre et de pourriture. Écrasé par autant de déchéance j’attribuais a ce qui m’était imposé une haine que je n’aurais jamais pu concevoir. Tout ce que je connaissais, mon lit, mon chevet, le papier peint et tout le reste s'imbibait d'une lueur décadente. Une lourdeur s'affaissa autour de moi comme pour susciter à mon esprit un désespoir profond. Qu'avais-je commis pour subir la volonté des dieux? N'avais-je point le droit de vivre en paix, loin de toute civilisation? Que l'homme soit devenu un étranger, propice à chagriner son prochain et que je ne supportais plus de voir, ne suffisait pas pour que l'on s'arroge le droit de me perturber. J'entendais dès à présent le rire de cette bête qui en aucun cas ne me voulait du bien. La solitude ne devait pas être étrangère à cette situation et comme toute bonne compagne, elle s'évertue toujours à rendre le silence complice de l'imagination. Oublier le temps qui nous dégrade et qui nous pousse à cumuler les douleurs du passé, donnant à l'appel de la réflexion l'écho de nos cauchemars. Ainsi prostré, je permis à mes yeux de se fermer et cherchant le courage d'accomplir ma tâche, je focalisais les gestes qui me libéreraient. Le flux constant de pensées toutes plus sombres les unes des autres devenait un édifice imprenable et je conçus en ce qui me restais de clarté, une image qui me rappela le bonheur. Évacuer toute consistance qui me chagrinerait, repoussant le monde et ses querelles et m'en aller jouir d'un royaume exclusif. Le temps n'était plus à essayer de comprendre ce qui m'approchait mais de tendre à rayer de mon esprit l'être qui en voulait à ma vie. Les mains serrées sur le fusil, j'ouvris les yeux. Ce que je vis devant moi, sur le sol, l'ombre de mon ennemi qui habilement suggérait une obscure silhouette. Propice à étreindre ce qui peut vous rester d'humanité, d'engendrer un processus qui veut vous rendre fou, je ne me destinais à ne plus subir l'insistance de cette créature. Comprenez-bien, vous qui lirez ces derniers mots, que mon âme quoique bien fatiguée de son séjour, n'est point devenue folle ou comme quelque termes que vous attribuez à ceux que vous gardez dans vos chambres capitonnées. Ces mots possèdent en leur valeur un témoignage d'une réalité supérieure et qui ne peuvent-être compris qu'en ajoutant à vos préceptes, les vérités qui jadis donnèrent au monde une splendeur nouvelle. Je ne puis m'étendre sur le sujet car celle qui me traque, devient toujours plus pressante et j'ai bien peur de ne plus pouvoir m'en débarrasser. Il faut ajouter que s'il vous prenait l'envie de m'examiner, prenez le temps de joindre à ma chair de l'eau bénite et de pourvoir votre équipe d'un prêtre dans la mesure où cette soi-disant folie que je nommerai abomination, en hommage à un vieil ami, ne puisse s'échapper. Car dans ce que j'ai pu apporter à cette pauvre terre, c'est le Très-Haut qui me l'a donné, me permettant d'emprisonner en ma demeure, comprenez mon corps, cette horreur que je viens de nommer.

 Ici écrit Ambroise Joubert, 13 juillet 1928, comté de Lisieux, une vie qui s'en va rejoindre une contrée plus agréable, d'avantage tourné vers des sentiments plus nobles.

 Antoine Carlier Montanari

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