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Publié par AntoineCarlierMontanari.over-blog.com

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 L’histoire que je vais vous compter ne peut satisfaire l’esprit qui dogmatise le rationnel, quoi que la cause de ce qui m’est arrivé n’est pas non plus le fruit du hasard. Maintenant que j’y pense en tentant de vous l’expliquer, il m’apparaît à la raison que le principe étrange de cette histoire ne peut s’évoquer sans faire appel a la mesure de l’intellect. Certains useront d’un langage pour décrédibiliser ou ridiculiser la situation, sachant qu'à cette sorte d’homme je ne désire point y accorder de l’importance. Toutefois s’ils leur arrivaient de vivre la même chose, je conviendrais de leur incapacité à reconnaître la vérité en se réfugiant dans les explications prônées par la maladie ou la manipulation mentale. Il ne sert donc à rien de les entretenir de quelques pensées susceptibles de renvoyer à des conceptions autres que celles habituelles, nous vivons hélas dans une sphère emprunte d’un matérialisme si abrutissant, qu'il en devient hégémonique. Mais cessons cette incursion psychologique pour nous focaliser sur le sujet.

 Mon âme, quoique fortement troublée par le phénomène est désormais atteinte d’un mal autrement plus subtil, la vision de cette chose ne m’a plus encouragé à prendre à la légère les formes naturelles différentes de celles connues et que généralement nous attribuions a certaines conceptions d’ordre mythologique. C’est arrivé en nulle occasion attribuée au quotidien mais d’avantage lorsque le corps et l’esprit ne s’entendent plus. A l’usage que l’on fait de la conscience, c'est-à-dire des perceptions qui définissent la pensée et qui incrémentent l’individu dans la réalité, je dirais que cet état me fut ôté. Lorsqu’est survenue la chose, presque floue car choqué par l'accident, je n’ai vu de moi que la partie qui me dessine par l’ombre. Mes yeux incapables de voir plus loin que le permettait la chair, je n’ai pu me rendre compte de ce qui m’arrivait réellement. Je sais que la forme s’est révélée dans la lumière, obstruant ce qui la rendait grotesque et qui aurait fait fuir ma chair si je n’avais pas été coincé. L’immobilité qui me gardait à terre, m'obligea à entendre des bruits qu'aucun homme ne devrait entendre. Ce qui m’arrivait, de cette chose infâme qui voulait de moi non pas le corps qui me sert de demeure mais l’âme qui me donne l’éternité. Que cette étrange créature puisse m’insuffler autant de répugnance, quand bien même mon esprit tenterait d’y trouver une raison palliative, je ne pouvais consentir à quelque effort mental, l’horreur qui se présentait à moi, se trouvait pourvu d’une telle décadence que l’effroi m’avait empalé. Je me souviens encore de ce qui me fut le plus pénible, la certitude que la bête cherchait l’élément le plus enfoui de mon être, ce qui donne à l’humanité tant de grandeur. S’il m’était pénible l’idée de me voir dépourvu d’un tel don je sentais bien que cette force monstrueuse tentait de me la ravir pour la présenter à son maître. Il fallut a ce moment la m’en remettre à la seule source que j’avais tant ignoré par les prières mais que ma raison accordait à entendre. L’aide que je demandais demeura sans effet, du moins dans un premier tant, je compris que l’épreuve qui m’attendait saurait d’autant plus difficile, qu'il me faudrait comprendre au préalable la raison qui pousse celui que je glorifie à rester silencieux. Je n'osais garder les yeux ouverts de peur de croiser ceux  de mon assaillant. Il me parut évident d'entreprendre une suite de louanges afin de rassurer l'esprit qui perdait la raison. Bien qu'incapable de bouger, je devinais à l'odeur, l'immonde bête tapie derrière-moi. J'avais une certitude qui prenait à ma mémoire les récits d'horreur et d'épouvante et qui adjoignent à l'imagination toutes sortes de frayeurs. Il m'était impossible de penser à quelques images du bonheur et malgré les mots qui portaient l'espérance je me voyait soumis aux sentiments les plus sombres. Focalisant mon regard sur le bitume, le voyant s'asperger d'essence, j'entrepris de focaliser mon énergie sur la réalité, tentant ainsi d'éloigner les fruits de mon imagination. Après tout il me parut concevable qu'en ce moment ou ma vie s'en allait, l'esprit pouvait être cause de ce désagrément, portant à mon regard quelques visions volées à mon sommeil. Mais pourtant rien de ce que j'avais pu lire ou voir n'approchait d'aussi près la présence qui m'était imposée. Son regard, si l'on peut appeler cela un regard, car aux orifices dans lesquels il s'éjourne pousse une sorte de mousse pâteuse que des crapauds auraient volontiers pris pour sommeiller. Une lueur verdâtre, presque polie dont le reflet se faisait intense mon non brillant, comme absorbant la lumière. Me toisant en tissant de ses crocs une bave opaque, sans bouger comme inerte et qui laissait à sa carcasse un manque de vie. Un concept qui me parut en ce moment si illustrateur, les mots à vrai dire sont inefficaces pour attribuer à cet état tout la force d'expression nécessaire pour le vulgariser à l'esprit et même ma chère langue de France ne peut s'adjoindre les effets de sa complexité pour y remédier. J'étais donc face à ce que je pensais être la mort et je crus fatalement que mon sort en était jeté, me destinant la place qu'on offre à ceux qui sont maudits. J'étais de loin préparé à cet enfer, celui de Dante et qui agrafait à mon esprit les plus vils images. A cette vision, la bête me parut encore plus monstrueuse et comme prit aux tourments quand nait la peur, ma conscience vacilla et je perdis connaissance.

 Il fut heureux que cela arrive, une bénédiction qui est venue du ciel et que je nomme ainsi lorsque j'en parle au médecin qui me suit. Il est étrange comme une expérience peut paraitre chimère lorsqu'elle est évoquée à celui qui analyse les maux de l'esprit.  Autant de vocabulaire pour justifier une pathologie mais qui ne peut tendre à une compréhension plus éloquente de la vie. Mais aujourd'hui, il est difficile pour moi d'expliquer ce qui ne peut-être comprit que quand on est soi même soumis à ce genre d'expérience et lorsque le recul vous rend apte à poser une réflexion logique, vous avez tendance à la rejoindre. Pourtant, je ne pourrais plus enlever ce qui m'a été montré comme un avertissement sur les choix du quotidien. Car lorsque j'ai repris connaissance, je n'aurais jamais cru qu'une telle chose ait pu craindre quoique se soit et quand le bras de l'ange lui a révélé sa demeure, il s'en est allé, certes furieux mais contraint par une force qu'il savait supérieure.

 Antoine Carlier Montanari

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