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Publié par AntoineCarlierMontanari.over-blog.com

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 -Je mange encore, encore et encore, je me gave de leur chair fétide. Goulûment et sans restriction, voilà ma raison d'être. N'y a t'il pas là la mesure d'une finalité moribonde pour l'homme. Depuis que je suis là, mon rôle est subordonné à ce principe et je dévore autant que peut cracher un volcan.

 L'autre qui l'écoutait le regardait attentivement serrer dans ses griffes les formes de l'autre monde. Il attendit de le voir porter à ses dents un malheureux pour lui parler : - C'est donc toi qui doit me guider à l'achéron?

- Pourquoi moi, insipide frère? rétorqua t'il en crachant quelques os.

- L'on m'a dit d'aller voir celui qui boit autant qui mange, et là où mes pattes m'ont emmenées je n'ai pu voir un autre comme toi. J'en déduis que tu es celui-là.

- Tu déduis bien et ta perspicacité honore ton maître, c'est pourquoi la forme qui se porte à ton regard se nomme Empuses. Mais si l'ordre qui t'a conduis à moi veut que je te conduise au fleuve noir alors je m'exaucerai sans pour autant te faciliter la tâche. Je hais celui qui t'envoie autant que je peux me haïr mais comme j'appartiens au même monde que lui, je fais mienne sa parole par peur de représailles.

 L'autre prit un air de mécontentement et écrasa un os qui traînait par là. Il en ramassa un autre d'une longueur suffisante pour l'aider à se tenir debout. Il releva ensuite sa longue queue d'écailles et de poils et se mit à étirer son corps pour calmer ses douleurs. Empuses se retourna et lui jeta un regard hostile, il sortit sa langue en caressant ses dents et prit une voix plus grave : - Comment toi, vieux et pourri peux tu vouloir aller en pèlerinage au maître des fleuves?

 - J'y ai perdu celle que j'ai aimé et qui autrefois a permis à ma pauvre âme de voir les consistances que le bonheur peut apporter. Hélas la nuit de sa disparition, je me suis donné la mort pour aller la retrouver. Égarant mon âme dans ce charnier, croisant et recroisant les troubadours du feu, j'ai fini par perdre la part que Dieu m'avait donnée. Donc en l'occasion qui se présente, je me tourne vers toi pour donner raison à ma quête et fournir au peu qui me reste d'humain, l'amertume de l'amour perdu.

- Ahhhhhh! satané fils de la ligné d'Adam, si tu me demandes le fruit qui te dévore alors j'exaucerai volontiers ta requête. J'ai vu au temps d'Hadès, un homme nommé Orphée venir en ce lieu maudit quérir un même fruit. Je ne puis voir à nouveaux cette horrible vision qui m'arracha les entrailles. Cet abjecte sentiment qui béni la race des hommes et qui leur donne tant de noblesse. Mais si tu penses retrouver celle qui t'a échappée alors il te faudra plonger à l'eau bouillante du fleuve. Tu y trouveras les décharnés et les avares, ceux qui se sont acharnés dans l'adoration du néant. Si tu croises celle qui fut jadis ta demeure alors porte ta volonté à croire qu'elle s'en est allée jouir d'un plus grand amour.

 A ces mots, l'autre plissa ses yeux globuleux et serra sa main baveuse sur l'épiphyse. Il garnit sa voix d'un grognement sourd, devenu hargneux il vociféra. Empuses cracha quelques restes de chair et s'en alla.

- Ne te moques pas de moi, pauvre forme, rétorqua l'autre, car bien avant toi j'ai echarpé des bêtes plus atroces et plus malines ! Il m'en coutera rien pour te déchirer et nourrir ceux même qui te nourrissent! Prends acte que là où tu me mèneras je déciderais de ton sort si ton mensonge m'inflige!

 Empuses grogna et poursuit sa route. - Viens, emporte avec toi la clémence qui fut jadis la tienne et suis l'odeur qui me pare. Comme la soif me tiraille, je te mènerais là où l'écatombe humaine n'a jamais été aussi grande. Tu y trouveras nombre de tes connaissances passées, t'infligeant ainsi des maux qu'il me plaît de te voir subir.

 Ils traversèrent les champs funestes et les routes bordés de cadavres, sillonnant les terres brûlées et les domaines nuisibles.  Ils marchaient péniblement comme deux éclopés, l'un derrière l'autre et sans tenir propos qui les ralentiraient. Chacun par les connaissances qu'ils s'étaient faites, mais surtout par le pouvoir particulier que satan avait attribué à Empuses, ils usaient des ailes de certains démons. L'étendue sournoise compliquait toute orientation, les lieux s'ils n'étaient pas connus du premier seraient fatalement propice à des attaques. Empuses s'arrêta au sommet d'une colline de cendres : - Ahhhhhh! Le voilà celui qui dérange les âmes. Son linceul infernal étanche la soif de ma gueule. Il est mon supplice et mon gardien, sans lui je ne puis répondre des demandes de mon maître.

 L'autre s'approcha et renifla: - L'odeur est insondable, mélange de tout et de rien, une solution qui me rappelle les décadences humaines. Comment puis-je voir celle qui m'attend dans cet enfer de fumée et de feu? Dis-le moi Empuses, car ton nom m'a été conseillé.

 - Ahhhhhh! Je me délecte déjà, mais tu ne m'a pas écouté à l'heure de notre rencontre. Va et penche-toi, comme il fut jadis et tu retrouveras dans l'eau bouillante le visage de celle que tu as aimé.

 L'autre descendis et rejoignis la berge. Vint à la hauteur d'Empuses une autre bête. Sa gueule s'ouvrit et laissa apercevoir une myriade de dents où naissaientt par-ci par-là des langues fourchues.  Il posa sa main velue sur l'épaule d'Empuses : - Vieux frère, qui est celui-là qui porte fardeau d'une telle noirceur?

 - Un homme jadis, qui s'en va retrouver celle qui lui a fait tourner la tête. Maintenant qu'il a posé son regard à l'eau, écoute mon cher Orthos le hurlement de sa douleur.

 Ce dernier siffla sa haine comme une joie intense:- Je le sens mourir et mourir, happé par un désespoir qui ne peut s'éteindre. Qu'a t'il fait pour mériter tant de tourments?

 - Il a tellement aimé, aimé au point d'adorer, au point de s'adorer lui même. Et là il se voit aussi laid que l'orgueil de son coeur. La chair est vanité il ne s'ai point soucié de l'amour d'un Dieu qui le destinait à un plus grand voyage parce que notre seigneur et maître lui a miroité autant de tromperie que son âme pouvait en contenir, et sa faute s'est propagée car les fils d'Adam l'appelle Narcisse.

 Antoine Carlier Montanari

 

 

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