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Publié par AntoineCarlierMontanari.over-blog.com

 Hubert-Felix-Ziem_Lever-de-soleil-sur-le-Grand-Canal-Venise.jpg

 Dans cette exposition que je parcours, les peintures aux couleurs vives et peut-être même un peu trop vives, particulièrement pour les cieux, portent en elles, en dehors et en dedans surtout si vous savez voir de la manière du poète, une étrange clarté. Je suis en pleine contemplation, bousculé et parfois surpris par ces couleurs, leur insupportable jeunesse, en même temps le soleil qui s’est apparemment faufilé entre les fibres, charge son poitrail et pollue prodigieusement tout ce qu'il touche. On en est  là, se demandant presque comment on a pu échapper à ce pinceau, charmeur et si égal en nuance que sûrement la fougue lui a manqué pour devenir plus vorace en son temps. Tout est lumière ici et horizon également, au bord de l’eau, sans rien de plus à part Venise, si rocailleuse, si vieille qu’elle dispute à mes yeux sa rouge tunique. Cependant j’ai dû me résoudre à ne point entrer en elle, à l’évidence ses atours usent de mystère plus que de charme, elle est donc si extraordinaire pour ne pas se dévoiler si facilement. Elle est là, trempée jusqu’aux reins, dans la mer et le soleil, son amant, épanouis, immense et extrême. Conçue d’un dieu, un dieu de l’olympe, un dieu de l’olympe chrétien, l’ambitieux Apollon et sa clique de princes l’on choisit comme terre pour marquer l’océan.  Les bateaux se sont jetés sur sa côte, le souffle du vent a calmé leurs ardeurs et pleines voiles ils ont réellement occupés ses rivages, puis en profondeur se sont mués en gondoles. Voilà comment elle m’apparue, grâce à Félix, dans ce souvenir je reste quelques temps absorbés, encore enthousiaste comme si je me trouvais sur ses hanches en train d’admirer sa chevelure ondoyante. Mais il en fut de même pour Constantinople, plus lointaine et plus troublante, et qui chaque nuit, chaque nuit derrière le soleil parvient à instaurer une empreinte particulière, débarrassée du temps. Oui elle est là, bien-là, voilée, ce n’est pas une hallucination,  la robe ample, comme celle d’une mariée qu'on mène à l’autel ! Je ne vais plus jamais pouvoir cesser de la voir, Venise aussi, et de cœur surtout, elles sont miennes, sont miennes parce que quoi qu'il arrive je les possède en moi-même comme les livres de ma bibliothèque. Pleines qu’elles sont, pleines de lumière, de la lumière de ce soleil, de ce soleil qui est Dieu et qui forme en tout, en elles, une image de lui-même. De l’Occident à l’Orient, il, je veux dire Dieu, est descendu, descendu en homme pour sauver les hommes et là il en est un, un saint, Saint Augustin, pour dire, dire que Dieu est là, dans la cité. Dansez donc, sans tarder, il s’agit de donner sans réserve, de devenir universellement présentes pour qu’on aille vous accrocher sur les murs ! Soyez pures, soyez vertueuses, il est temps que les hommes profitent de vos charmes et qu’ils réalisent que l’existence peut se proférer dans la joie ! Je n’irai pas revendiquer autre attention pour vos sœurs, toutes en effet, n’ont pas reçu autant, en tous cas elles n’ont point autant émerveillé les artistes ! Aussi loin que je peux les observer, se rapprochent sans se souder ces jumelles aux pieds nues. S’étirent leurs jambes, extrêmement, pleines de jus, se dépliant tout simplement comme une voile pleine de vent. Jamais je ne fus si près de recevoir du ciel  autant de poésie et de distraction peut-être ! Mais maintenant, quand j’écris cela, elles n’existent plus, impossible d’en avoir une vue comme elles le furent au tout début, j’en suis presque exaspéré. Troublante tout de même cette impression, elle ne laisse aucune masse tout est admirablement léger, presque illusion, quelque chose qui paralyse les mots ou qui comptant pour si peu finissent comme ici par ne définir que la surface. Ainsi, dans ce parcours, le blanc et le bleu du ciel suffisent à fabriquer en dedans, en dedans de nous, une sorte de filtre, une mer sans rivage et si limpide que l’image qui se forme ainsi dissout tout doute sur la nature de cette beauté.

 Antoine Carlier Montanari (commentaire suite à l'exposition au Petit Palais du peintre Félix Ziem) 

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