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Publié par AntoineCarlierMontanari.over-blog.com

 
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 Il est des hommes qui pensent que ce qu’ils pensent mérite l’attention des autres. Donc, si j’accepte ainsi d’évoquer cette folie qui les mènent et qui me fait croire que Claude Lévêque en est atteint, c‘est bien pour dire que rien de ce qu‘ils font m‘est agréable. Car dès que j’aperçus son travail au sein de ce grand désert qu’est le site de Bernard Magrez, je me mis à crier tout mon effroi: « Ô diable, sonnes tu comme un marteau sur une enclume si fortement creusé que je vois comment tu prends forme en notre temps! » Le diable me répondit aussitôt avec une voix qui me perça les tympans: » Mais toi, pourquoi veux-tu que je fasse autrement, ces hommes sont si dociles à la bêtise que je prends plaisir à leur suggérer de la manifester le plus souvent possible! Je me venge de ce temps qui vit  passer tant de titans, m'affligeant moi et le miens d'une manière que seul le ciel sait en convenir.  Dieu a pourvu tant de talent à ces hommes, par leur habiles pinceaux, ont su magnifier votre nature, donnant à l'oeil la forme de l'amour. Surtout ce Michel Ange, un coriace qui a su manoeuvrer si habilement le beau qu'il me fut impossible de revoir Rome. Mais il y eut aussi le redoutable De Vinci, le terrible Tintoret,  le bienheureux Fran Angélico et le glorieux Velasquez, eux que la bonté divine a recouvert pour vous porter  à l‘éloge du bien et du beau, je te l’assure Dieu était en dedans d'eux! Ah cette saleté d’hommes, ces vauriens que je maudirais sans cesse, que je répugne encore et encore! Mais aujourd’hui, plus aucun de vos savoirs ne les élèvent, plus aucune force ne les habite, ils se prennent pour des dieux et ils finissent pas le croire. Piètres talents qui peinent à la mesure de la grandeur, incapables d'engendrer l’intelligence et d’honorer la vie. S’ils avaient daigné lire la divine comédie de Dante ou la comédie humaine de Balzac, ils auraient su voir ce qui vous anime, ce qui vous motive et ce qui vous conduit à la vérité, combien de chefs d’œuvres auraient alors mouillés de larmes les yeux et augmenter la hâte de s’élever! ».  Sur ces mots le diable s’en alla, me laissant bien croire à son ricanement tout le sens de son discours, j’en restais pas moins amère de voir mes frères tombés entre ses filets. Si cette misère que je ne veux point déifier et qui me rendra infâme à leurs yeux, bien trop étroit dans ma pensée,  réveille en moi bien des manières de leur répéter qu’il faut s’accorder de la rigueur et de la difficulté. A cela comme ce vieux Liszt qui épuisa son pauvre corps pour glorifier son art, souffrant avec lui et en dedans de lui au point d’engager la mort à son défilé. Là où les immortels ont été sacrés, prenant aux grecs et aux romains leur plus belles voilures, il fit résonner malgré les douleurs son plus beau chant, les cours d’Europe s’en trouvèrent plus nobles. A cette ampleur, qui donna à Wilhelm von Kaulbach une de ses plus belles oeuvres, « La bataille des huns », fauchant à l'histoire un regard bien élogieux. Voilà comment le monde peut garder souvenir et dire à ses fils comme la justice soigne et la pitié anobli. Alors quand je vois vos œuvres monsieur Lévêque, je me lamente si fort et je geins sans  cesse que je ne peux accepter ce qui vous façonne.  Le ciel qui admet tant de beauté et l’enfer qui lui oppose tant de laideur forment la voûte qui nous couvre, ensuite comme j’aime porter mon regard au-delà j’aperçus Nicolas Machiavel,  Faust, William Blake et Oscar Wilde, puis j'entends ceux qui comme vous parsèment le monde de médiocrité dirent: »Qui sont ceux-là la bas? » .  Dans leur obscurité ils ne se sont pas souciés des lumières, restant sur ces rivages affreux où le temps n’existe qu’en leur temps, ignorant que leurs enfants oublieront jusqu’à leur propre existence. Car personne ici bas, ne peut dire rester sans semence après avoir vu les œuvres de ces géants, et si par d’autres ports ou d’autres chemins vous pouvez dire que vous pouvez atteindre les même contrées, des esprits biens nourris vous diront que les mauvais héritiers dilapident tout pour leur seul profit. De cette frayeur lorsque je regarde le rien qui sort de vos mains, j’essuie mon front plein de sueur et je m’en retourne retrouver  l’autre modernité, celle qui sans bruit construit à l’ombre du monde une demeure bien plus solide. Mais moi, car je ne suis pas non plus à l’abri des reproches,  je vous dis tout cela sans l’espérance de vous voir changer car je connais trop bien cette engeance qui est la vôtre,  leur source, la facilité et la difficulté sans tourment. C’est poux ces défauts que je vous balance des mots que je voudrais pourtant bien plus ciselés, reconnaître des hommes de valeur c’est avant tout les respecter et croire qu’en leur présence notre seul butin ne soit pas de la …! Et vous avec vos lumières qu’une épaisse forêt étoufferait sans peine,  vous ai fais le plus grand honneur des arts, la gloire de votre nom retentit au monde, applaudi par ces myriades de marquis pour qui la valeur ne se mesure qu'en denier. Mais sachez qu'il vient un loup qui en entraînant d’autres commencent à dire: »Il n’y a ni amour de l’art, ni même curiosité, certainement pas d’œil, y compris chez les commissaires d’exposition incapables de distinguer le bon du faible. Ils préfèrent montrer des vidéos, d’incompréhensibles installations post conceptuelles et des cartels interminables, pour susciter l’approbation de leurs pairs, aussi craintifs et myopes* ».  Et si vous croyez  marcher vers une clarté lointaine comme ce fut le cas par le passé,  il faudra vous rappeler que les hommes aiment à admirer les pharaons et la Joconde, ce besoin de lumière les rappelle à la grandeur. Ils ne peuvent se satisfaire longtemps d'abbérations, d'élucubrations visuelles, sans ressentir ce malaise qui nous habite lorsque l'on sait que l'on a triché. Rappelez vous bien qu'il serait difficile de se passer des  nymphéas de Monet ou de la Vénus de Boticelli, grâce à elles nous pouvons entrevoir ce que l'on appelle le talent et le génie.
 Antoine Carlier Montanari
* extrait de l’article intitulé « Saatchi dénonce l’art bling-bling », paru dans le figaro du 8/12/2011

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