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Publié par AntoineCarlierMontanari.over-blog.com

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 J’aurais voulu ne point encore me lamenter de ces installations et de ces structures lénifiantes, qui n’ont pour seul objectif que de détourner le regard de ce qui est noble et beau. Je vois poindre cette misère collective qui embrasse allègrement un monde en chute libre et qui crie sans mesure son effroyable vision. A vous Cécile, qui jouissez des lumières et des applaudissements, je fais retentir mes mots pour que vous puissiez retenir ce qui me tracasse. Comme je ne puis sortir le glaive pour fracasser tous ces amas d’objets,  j’avance donc vers vous en faisant voler bruyamment ma colère! Soyez attentive car j’ai bien compris cette fumisterie qui étiole l’art et qui attrape sans retenue les esprits pour les ridiculiser. Je ne peux concéder comme vos amis autant d’hypocrisie pour ce que vous faîtes et je vais vous dire avec passion tout ce que je retiens pour apaiser mes nerfs. Mon seul souci est de bannir cette méprisable scène qui rend grâce de rien et qui fait dire à ce rien qu’il est tout. Pourquoi me rebeller contre cette volonté, qui sans se soucier du beau et du bien, revendique une part qu’elle ne mérite pas. J’ai fourni bien des regards et du temps à ces œuvres modernes qui avec arrogance prennent pied en nos palais pour siéger comme des reines. Et si l’on entendait les sols et les murs, des tristes soupirs viendraient vous maudire. Alors comme vous ne voyez pas poindre ces géants qui ont élever si haut la beauté, je vous accuse vous et vos semblables d’enlaidir le monde! Car ce désir de se jouer du talent, de le repousser au temps passé, et de dire à tous que l’on peut s’en passer, enhardi ces cerbères qui règnent en enfer et si haut qu’ils peuvent hurler, ils ne se gênent pas pour en rire. Alors profitez du temps présent, pendant qu’il en est encore temps, pour moi, pour ma maison et pour tous les miens, nous savons qu’il est déjà à l’agonie. Je ne m’arrêterai plus sur ces artifices de la bêtise et qui s’il est vrai qu’ils sont symptomatiques de notre époque, deviennent vulgaires et débiles pour celui qui frémi devant l’antiquité. Vous pourriez savoir comment voir et comment persuader l’âme de s’élever mais rentrer dans cette douce lumière demande de l’humilité. Car, si j’ai bien compris ce que vous faîtes, rien ne me permets pas de voir le monde comme l’a vu Michel-Ange ou Dante,  et plus encore que je soutienne ces constructions que vous faîtes, je dirais que vous n’avez jamais compris ce que le ciel concède lorsqu’il surgit de chez Monet. Et si je me taisais ce ne serait pas faire honneur à l’héritage du Tintoret, de Delacroix ou de Liszt. Pour ce motif, le monde meurt toujours un peu plus, le sens de cet abîme épuise ses fondations et l’on voit apparaître des fissures dans ces consciences encore vertueuses. Pourquoi règne t’il autant de désordre, cette brutalité visuelle apparaît comme la compagne idéale de cette finance mondiale, qui fustigent d’en haut ceux qui en bas n’en comprennent pas les mécanismes. Je vous dis donc, Cécile, qu’il n’est point de mesure dans votre travail qui mérite mon approbation mais vous trouvant débordé par les honneurs votre art reproduit autant qu’il le peut l’arrogance de ceux qui vous soutiennent. D’autre part, si vous aviez lu ces lettres qui parlent en majesté vous y aurez vu une telle clarté que vous auriez maudits ces mains qui vous ont trahies. Quand je considère la vénération que peut inspirer l’antiquité et ses voisines et combien leur mesure a donné à tant d’esprits des yeux savants quand certains en ont faits les délices de leur palais pour en faire l’honneur de leur famille et des modèles pour le reste. Quand tant d’ouvrages, fruit d’un admirable travail et d’un talent certain, n’élèvent plus parmi les artistes cette substance qui renferme bien des trésors et si l’en résulte que ceux qui les lisent ou qui les étudie se bornent à n’en faire que mention sans jamais songer à les imiter, jugeant cette imitation non seulement difficile, mais même impossible, comme si que le passé n’eut pu d’empreinte valable à la table des changements. L’on pourrait exiger comme le souligne Machiavel, d’en prendre considération pour  que la grandeur du monde ne se trouve pas infortunée au temps de la rigueur. Je vois maintenant, sans plus aucun étonnement, cette foule d’infortunés de l’âme venir respirer ces effluves contemporaines et qui grandement acquis à cette cause, trouve qu’il est admirable de s’en accommoder. Une paresse orgueilleuse, qui dans l’ignorance du véritable talent, empêche le bon sens d’y percevoir cette critique qui permet à l’esprit de se nourrir du véritable plaisir. Je crois et je vous le dis sans espérer vous voir comprendre, que cette plongée vers le sens réel de l’art ne peut qu’arracher les hommes de la médiocrité et si j’ai cru nécessaire de vous l’écrire c’est qu’il existe en dedans de chacun cette parcelle du beau, qu’aucun poète ne pourrait se passer pour parler de la vie. Ainsi, si un jour vous voyez surgir cette souche arrachée, dîtes-moi s’il elle peut  porter fièrement ses membres tordus sans qu’une voix ne lui dise que son tronc et ses branches sont tombés sans choisir. Traîné jusqu’à la mort, vous lui direz à cette souche que son corps sera pendu comme un trophée et que l’on viendra l’admirer en pensant que ses entrailles sont une œuvre d’art.  L’outrage qui fait naître de tels concepts sert les appétits féroces, si bien que l’on dirait qu’il y a dans cela quelque chose d’étrange, comme sortit de la gueule de Vulcain. Donc si l’on peut mettre autant d’énergie dans autant d’insipidité c’est que la nature humaine a bien changé,  l’on dira qu’il fut un temps où l’on pouvait admirer une œuvre en pensant qu’elle détenait en elle-même une force si grande qu’elle pourvoyait à l’esprit l’amour et l’intelligence. J’ai modelé et forgé mon âme par cette combinaison et ne craignant point cette farce qui fait croire qu’aujourd’hui il en est de même, je proclame que ce clan si bruyant est déjà à l’agonie. Du profond de mon être, dis-je, je désirerai que vous vous asseyez avec moi et que vous regardiez en silence cette empreinte si fortuné qui décore ce beau palais parisien. Tiepolo mène une danse si douce qu’on ne manquera pas de voir s’afficher la gloire et la beauté. Ce dernier grand peintre Vénitien nous conte une histoire de France qui en dit long sur la transhumance des mœurs et des comportements. Voir défilé ce cortège humain verra la mémoire s’enhardir des couleurs du passé et sera pour  la raison l’honneur précieux de voir autant de vies courtiser un même mur. Oh! Si j’avais pu voir plus d’images aussi éloquentes du maître, qui, là-haut, m’enseigne chaque jour par quels moyens un homme peut atteindre l’éternité, j’aurais volontiers troqué mes derniers jours. Ma reconnaissance, autant que je vivrai, sera perceptible dans chacun de mes souffles et je dirai sans peur à celui qui n’en a que faire, qu’il reste le visage collé au sol, attendant sans sourciller que l’on veuille bien le lui décoller. A notre causerie je vous emmènerai ensuite voir dans ce jardin près du Louvre, les fils de Caïen, qui dans leur superbe pose dévoilent vers nous ce mouvement qu’imitèrent bien des héros et dès lors que l’homme ait pu prendre pied nous voyons cette marche humaine prendre forme. Rendre ainsi d’une voilure aussi superbe c’est rendre honneur à notre nature et si ensemble nous en faisions le tour, l’un d’eux, celui qui porte le bâton, nous dirait certainement: « Emboîtez-moi le pas et je vous mènerai au soleil, si chauds sont ses rayons qu’ils parfument la peau. » Alors décidé à le prendre pour guide je vous montrerais où se cache ma demeure, et de là le spectacle vous paraîtra si halluciné que tous vos membres sembleront se mouvoir d’une façon  nouvelle, donnant à vos envies le besoin d’émerveiller. Ainsi, comme la grande Florence qui engendra tant de merveilles, vous irez louer les poètes et les princes, laissant derrière-vous la misère. Au moment où je vous dis cela, l’autre rive qui me nargue, me dit que ma parole est vaine puisque d’après eux aucune aile ne vous porte.  J’ai bien compris ce cercle qui vous inscrit et s’il ne m’était pas donné autant de compréhension je vous abreuverai de tous ces compliments qui édifient la personne dans l’orgueil. Mais comme votre art me darde comme un javelot, son cri me pénètre et me coince les artères et dans ce magma de souffrance je reste impuissant, il me faut alors trouver refuge auprès des mots et leur faire savoir mon désarroi. Vous et tous ceux de votre espèce, là-haut dans ce sérail, au dessus de la mêlée, qui alimentent ce bourbier, sachez que ce souvenir du monde d’autrefois ne restera pas ainsi défiguré longtemps. Malgré toute cette lumière qui vous porte comme un étendard, une honteuse nouvelle viendra vous chercher pour vous expliquer que ce cycle est révolu.
Antoine Carlier montanari (Commentaire suite à l'article paru en ligne sur l'artiste, ce commentaire est visible sur le site du Figaro)

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