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Publié par AntoineCarlierMontanari.over-blog.com

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 D’où lui vient cette manière de peindre et de dessiner qui pique, pourfend et dévore tout? Ah ! Sigmar fait partie de cette race incontrôlable qui confond la droite de la gauche ! C’est un égorgeur, comme Basquiat d’ailleurs, il n’a pas le temps de finir ses traits, c’est une machine qui s’en charge, elle imprime, elle trace, sur la toile, sur le papier comme sur des guenilles. Pourquoi faut-il aujourd’hui que l’art ait l’air d’un mendiant, plus misérable, plus pouilleux, plus sale encore, et qui trompe aisément les esprits bien nourris. Mais qui a encore besoin d’admirer ces chiffons et ces loques, un panier d’osier serait certainement  plus convenable à observer !  Je m’en vais d’ici, ça me ruine, ça n’en finit jamais, donnez-moi plutôt mon panier, ici il vaut mieux passer son chemin, tout y est dégradé ! Par-ci, par-là, on peut y voir une assemblée de couleurs et de signes qui coulent à la surface comme un noir dépôt. J’y suis, c’est pour cela que je ne suis pas tendre avec lui, je parle de Sigmar, telle infortune pour le papier, il aurait mieux valu qu’il reste vierge en restant dans son carton en attendant qu’un esprit sensé vienne le parer de la manière la plus digne ! C’est l’usage de l’art, n’est-ce pas ? Ce crayon qui fouette, qui trace le motif et lisse l’encre à l’envers, par derrière et fait surgir en substance une idée ! Le moment vient où la main enracine une conviction, si profonde parfois que surgit une double vision et de là, comme par miracle, une multitude de formes précipitent au regard une redoutable apparition, surprise elle parle! Nombreux qui de cette manière aimeraient frapper les esprits, habiles dans le maniement du crayon, du pinceau, ça les dévore furieusement, le mieux pour eux c’est de tenir vaillamment la comparaison avec Michel-Ange, le Tintoret ou Véronèse. Telle est l’âme qui croît en force, dompte la difficulté et couvre en beauté l’humanité. C’est cela la vrai modernité, celle de Charles Baudelaire, elle passe les siècles sans rougir et  n’est jamais passé de mode, mieux elle devient référence. Ce grand patrimoine et toutes ses richesses, fécond, glorieux, nourri en abondance les hommes et les femmes et je ne peux m’empêcher de penser qu’il s’agit là du véritable chemin à suivre. Se livrer, par contre, à ce genre-là, sordide et atrophié, qui se distingue par sa détresse visuelle, dont le système d’élaboration règle, modèle la médiocrité, procure, je suppose, une certaine jouissance. Je vous accuse Sigmar, d’avoir ridiculisé le talent et la bonne forme de l’esprit, corruption et malformation, souillure presque, cette relation avec l’art doit bénir et engendrer de la grandeur, de la noblesse, de la dignité et de la beauté par-dessus tout ! On se demande, après cela, ce que vous avez reçu de votre mère, sans doute n’avez-vous jamais eu connaissance de l’adresse des mains et de la volubilité des doigts, avec de tels instruments l’on peut faire des merveilles! Quel outrage de ne pas s’en servir, il ne faut pas se réjouir qu’il en soit ainsi, c’est épouvantable d’encenser des ouvrages de grande médiocrité ! Pourtant, n’avez-vous pas envie de rejoindre en talent De Vinci, Ingres, Monet ou encore Rodin ? Vraiment, tenir la comparaison, n’est-ce pas là flatteur ? C’est pourtant la voix de la conscience, vouloir ce qu’il y a de plus beau et de plus grand, comme par exemple préférer une spacieuse maison au bord de la mer plutôt qu’un vulgaire appartement dans une cité ! Sigmar Polke l’audacieux, dirais-je, il ne peut rien proposer de mieux, je le préfèrerai fou comme Soutter et Nietzche, au moins il y aurait de quoi se réjouir ! Mais moi, je veux faire une guerre à tous ces falsificateurs, c’est mon droit et je m’arrange bien de déclarer que tout cela est du désordre pour l’esprit et plus encore quand on sait qu’ils sont devenus légions en ces temps. Ils sont flattés, encensés, envoyés de villes en villes et appelés à éclairer le monde, ça c’est l’esprit des lumières et si un autre, d’un ton peu flatteur, les dénigre, comme moi, il sera traité comme il se doit. Aussi, s’ils n’ont plus les soucis de la reconnaissance, puisse-t-il au moins se demander pour quelles raisons et avec quelle facilité le monde les élève ! Protester, c’est une manière de corriger, je n’estime pas que l’affaire soit réglée. Car il faut observer ce qu’a réalisé Sigmar Polke, j’ai laissé mes yeux glisser entre ses feuilles, tout tourne autour de l’hybridation et de l’assemblage. Il faut s’accorder sur le sort qu’il fait à l’image, c’est là, je crois, la pierre angulaire de son art, nous ne sommes plus là dans la construction harmonieuse et symétrique mais bien dans son contraire. D’un point de vue de la géométrie et des lois mathématique on dira qu’il est dans le chaos et la désorganisation de l’espace, tout est relatif à la main hasardeuse ou si vous préférez à l’instinct. Dans cette mesure, il fait bien partie du monde, cette manière de faire est bonne pour lui car elle n’éclipse aucune des réalisations de ce premier, la consommation, la pollution, l’athéisme, la pornographie, la productivité et la rentabilité ; du fait de cette entente, je ne manquerai pas de souligner les références commerciales à la manière de Warhol. Sigmar, artiste donc,  ne vous fera pas croire aux grandes impulsions universelles et éternelles. Ce qui l’amuse c’est là son message et même s’il n’a pas grandes choses à dévoiler, ses matières temporelles, ses anecdotes photographiques, ses fouillis visuels vous aideront à voir non pas comme je l’ai dit la quiddité ou la séité mais quelques contingences matérielles du monde.

Antoine Carlier Montanari (commentaire suit à l'article du Point paru en ligne le 11/11/2013, intitulé "Sigmar Polke, l'alchimiste")

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