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Publié par Alighieridante.over-blog.com

 Ce catéchisme-là regroupe quatre petits textes, dont la guerre sainte, qui, pour ma part, demeure une ode toute aussi lucide que celle de Jünger (1). Cette guerre, la guerre orale, verbale, est à elle seule une chambre à combustion aussi vieille que la trahison. La paix, selon René Daumal, c’est accuser les autres (p30), l’auteur déclare que ce mot de guerre n’est pas un vain bruit dans la bouche des gens instruits (p32). Au-delà, si la mort est le fruit de la guerre, pour Daumal, puisqu’il est athée d’éducation, vivre dans l’angoisse du néant, est insupportable. Il veut donc expérimenter la mort, à sa manière, certainement plus douce que celle de l’arrêt cardiaque. Le tétrachlorure de carbone va l’y aider, il entre éveillé dans l’état de sommeil (p34). C’est peu dire, l’expérience est à éviter, Daumal va jouer avec le feu, du moins avec les braises. La syncope est là, il garde raison, il est entré dans un autre monde, un brasier ardent de réalité (p37), dit-il. Cette trajectoire asymptotique, qui jamais ne parvient à franchir la ligne du « plus rien du tout », lui révèle cependant bien des choses dont la certitude de l’existence d’un au-delà (p38). Ce n’est pas rien du tout, si les athées avaient la même curiosité et honnêteté intellectuelle, il se pourrait que le monde soit un peu moins matérialiste qu’il ne l’est. Daumal est donc dur avec eux, eux qui étant des individus limités, n’ont même pas essayé de regarder l’infini par le trou d’une serrure (p53). Du coup, à la suite de ses expériences, Daumal va lire les confessions des grands mystiques jusqu’aux visions d’Ezéchiel et de saint Jean, il s’attardera également sur le livre des morts tibétain. Pour finir,  Les dernières paroles du poète est une toute petite histoire sur les derniers instants d’un  condamné à mort. Pour René Daumal, la mort est effectivement le sujet des sujets, il rejoint là le sermon sur la mort de Bossuet qui disait que la mort était la seule grande affaire.

Antoine Carlier Montanari

(1) Ernst Jünger, La guerre comme expérience intérieure, fiche de lecture 8

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