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Publié par Alighieridante.over-blog.com

                                                                  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Ces affiches ne cachent pas si bien que cela leur jeu, on est véritablement en présence d’images subversives, qui, bien comprises, rappelleront les travaux sulfureux sur la sexualité enfantine d’Alfred Kinsey. Ce gentil bonhomme en slip qui se tient bien droit, les poings sur les hanches, ferme comme un phallus en érection, n’a pas, semble-t-il, pour des raisons graphiques,  de sexe. Le slip qu’il porte ne cache en réalité aucune forme qui laisserait entendre qu’il est un homme. A partir de là, les créateurs ont estimé lui donner un sexe par la forme suggérée par ses deux poings serrés sur les hanches. L’appareil génital masculin est ainsi clairement désigné, les doigts fermés formant les testicules et les avant-bras le phallus. Le nœud papillon qui sert à tenir sa cape et qui coupe par le haut sa tête chauve, forme en réalité le gland dépouillé du prépuce. L’image cache en réalité un autre signe distinctif sous la forme de la cape rouge dont la silhouette a toutes les caractéristiques d’une aile démoniaque. D’avantage encore, la posture du capitaine ressemble étrangement au diable d’une fresque peinte par le maître italien Taddeo di Bartolo, à fin du XIVe siècle (1). A vrai dire si cette référence est fortuite, du moins nous pouvons l’espérer, il n’en demeure pas moins que notre capitaine tire ses pouvoirs de son slip, du point de vue psychanalytique, la chose est clairement énoncée. Dans la fresque de Taddeo di Bartelo, l’entre deux jambes du diable, souriante tout comme le sourire du capitaine, désigne assez clairement le lieu de la malice et du vice.  A partir de là, la morale de l’histoire voudra que l’autorité et la discipline soient punit et humilié. En effet, le proviseur, considéré par les deux enfants comme un tyran, deviendra, après son hypnose, une sorte de Golem débile dont le slip sera le marqueur de sa stupidité. C’est dire toute la roublardise de l’auteur, qui, indubitablement, a dû inspirer le créateur de Titeuf dont le dernier opus est intitulé : Titeuf, à fond le slip ! Si la bande dessinée caracole en tête des ventes, étrangement, sur la couverture rose, Titeuf, avec  l’index levé au ciel, prend quasiment la même posture que le Capitaine Superslip, qui, sur une autre affiche, debout sur le bureau, lève également l’index au ciel. Avec un peu d’acuité, la braguette du pauvre Titeuf forme clairement un phallus dont un pli du pantalon vient nettement souligner en suggérant le gland. De plus, l’ouverture en triangle dessinée par la déchirure du pantalon, au niveau des fesses, suggère le sexe féminin. Le bleu du slip et le blanc du pantalon, tour à tour, induisent indubitablement l’excitation et l’éjaculation.

 On pourrait se demander d’ailleurs pourquoi ont-ils insisté sur les doigts levés au ciel.  A notre époque, c’est un geste que l’on retrouve dans tous les conflits à connotation islamique (2) et c’est également un acte d’allégeance à l’Etat islamique. Dans la peinture de la Renaissance, le Saint Jean Baptiste de Léonard de Vinci dont la main qui pointe du doigt le ciel, baignée en partie par la lumière du clair-obscur, qui dessine à son tour le combat du bien contre le mal, rappelle que Dieu, désigné par la croix tenu par l’autre main qui effleure le cœur, et qui se superpose à l’index, est au-dessus de tout. La posture courtoise du saint, son sourire discret et délicat, la face dorsale de la main tournée délicatement vers nous, désignent de façon muette la soumission à l’amour divin. De même, si Raphaël, dans l’école d’Athènes, représente Platon sous les traits de Léonard de Vinci, l’index pointé vers le ciel, il ne désigne pas autre chose que les forces de l’esprit qui animent les hommes de génie. Cette verticalité donc représentée par l’index dirigé vers le ciel, n’est dans notre cas, qu’une verticalité charnelle, à l’image du sexe en érection. On peut raisonnablement souligner, au visage tourné vers le bas de Titeuf, la pertinence des paroles de Virgile à Dante au purgatoire, à propos des désirs charnels d’Aglaure (2):

      Le Ciel qui vous appelle est au-dessus des têtes,

      pour mieux vous faire voir ses beautés éternelles,

      et pourtant vos regards ne quittent pas la terre :

      c’est pourquoi vous punit celui qui connaît tout.

 Ces associations phalliques réduisent donc la sexualité à une affaire burlesque et dérisoire. La sexualité ne devrait s’obtenir pleinement qu’une fois la maturité atteinte. Là où les contes d’antan instillaient doucement la puberté chez l’enfant, aujourd’hui les nouvelles intrigues encouragent le désir de l’enfant de devenir sexuellement actif comme l’adulte. Ces projections charnelles hystérisent donc véritablement la conscience comme l’inconscience. Le spectacle de la sexualité assumée fait grimper l’impertinence chez l’enfant tout en libérant ses désirs, c’est le triomphe assuré du plaisir sur le principe de réalité.

Antoine Carlier Montanari

 

 

(1) L' Enfer de Taddeo di Bartolo, fin XIVe s. fresques toscanes, Collégiale de San Gimignano un énorme Satan figure au niveau supérieur...

(2) La Divine Comédie, Dante Alighieri, traduction :Alexis-François Artaud de Montor, Purgatoire chap.14.                                                                                       Aglaure, fille de Cécrops dans la mythologie grecque

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