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Publié par Alighieridante.over-blog.com

 Pour Carl Gustav Jung, le Golem et notamment le Golem de Prague, serait, au titre de mythe ou de légende, un archétype de la culture religieuse dont la représentation est une forme symbolique issu de l’inconscient collectif et donc de l’expérience humaine. Il faut donc remonter au livre des psaumes (1) pour voir apparaître cette forme brute et inachevé sortir de l’argile. L’auteur, Georges Nataf, fondateur et directeur de la maison d’édition Berg International, relate avec précision la formation de cette étrange créature, qui par ailleurs, trouvera sa variante dans le roman de Mary Shelley, Frankenstein et nourrira en imagination Georges Lucas pour son célèbre personnage de la guerre des étoiles, Dark Vador. Le Golem, sorte de nouvel Adam, naquit à Prague, alors considérée comme une nouvelle Jérusalem (p17). Modelé dans de la terre rouge, de moins en moins informe au fur et à mesure que les mains du Rabbi Loew répétèrent les gestes de l’Eternel quand il eut conçu Adam, le Golem prit forme de la mouvante terre composée avec de l’eau claire de la rivière. De là, sous l’astre lunaire, en parti caché, le Rabbi Loew, accompagné de deux jeunes rabbins, inscrivit sur le front de sa créature le mot Emet, qui veut dire vérité. Puis, afin de le protéger des forces obscures, il colla dans sa bouche, plus précisément sur son palais, un parchemin comportant les noms des anges et des archanges qui peuplent le Ciel. Après que le Chem, le souffle de Dieu, fût prononcé, le Golem s’anima. L’auteur profite de cette narration pour nous familiariser avec quelques termes de la tradition hébraïque. Le hazoth, la lamentation sur Jérusalem, le Mikvéh, le bain rituel des juifs, l’aleph, la première lettre de l’alphabet hébreu, le rouah, qui donne la vie et la mort, comme le chem d’ailleurs. Certes l’ouvrage ne comporte que peu de pages (2), mais l’auteur a les mots suffisants pour nous plonger dans l’une des plus grandes histoires juive. Le mythe est fort, si bien qu’on peut deviner que le golem de Prague incarne les menaces qui pèsent sur les juifs du ghetto tout en préfigurant celles à venir, notamment celle qui vit périr 6 millions de juifs dans les camps nazis. De même, il préfigure le robot et l’homme augmenté promis par le transhumanisme. Le mythe établi donc déjà certaines des grandes transformations à venir, mais l’auteur n’aborde pas ces questions. Il faut donc  être conscient, comme les exemples cités plus haut, que l’histoire du golem a alimenté bon nombre d’auteurs. Cet archétype a consciemment ou inconsciemment inspiré H.G Wells et son île du docteur Moreau ainsi que le Metropolis de la romancière Thea Von Harbou. Plus proche de nous, dans l’œuvre George R.R Martin, A game of thrones, une sorte de Golem, du même acabit que Dark Vador, et identique à celui de Prague, surnommé la montagne. Mais de tout cela il ne faut pas oublier que l’inspiration première fut la création d’Adam, l’auteur nous le répète d’ailleurs assez régulièrement (p22, p27, p36).

 Il reste donc à reconnaître le mérite de cet ouvrage qui, outre une très courte biographie du Rabbi Loew, nous permet d’éclaircir un mythe bien trop souvent mis de côté, en effet, il est d’un intérêt bien plus relevé qu’il n’y parait. Effectivement, le Golem a été modelé pour que le souffle de Dieu lui prête vie, au regard des nombreuses sculptures qui ornent les palais et les musées des grandes civilisations, et qui demeurent aussi inertes que la pierre ou le marbre dans lesquels elles ont été façonnés, fussent-elles aussi réalistes tant en forme, en grâce et en allure que la plus belle des créatures de Dieu, elles n’en demeurent pas moins des imitations aussi mortes que les hommes pétrifiés par Méduse. Seuls les justes et les hommes saints, nous dit la tradition juive (p7), peuvent donner vie à l’argile, ce en quoi le Golem a été de mémoire d’homme, la seule statue vivante. Dans cette histoire-là, si la lune est l’astre sous lequel le rituel est exécuté (p27), elle est également l’image du Golem, qui, bien que paraissant vivante lorsqu’elle est lumineuse, n’en demeure pas moins un astre mort qui bouge et qui brille sous l’action de deux astres vivants, la terre et le soleil. Ce mystère du mort-vivant est donc bien entendu un écho du Golem dont le mot Emet, inscrit sur son front et qui veut dire vérité, devient, quand on ôte la première lettre, le mot Met qui signifie mort (p8, p44).

Antoine Carlier Montanari

 

(1) Livre des Psaumes (139 :16)

(2) 45 pages

 

 

 

 

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