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Publié par Alighieridante.over-blog.com

 Comme Ernst Jünger, l’auteur de la guerre comme expérience intérieure, Etienne Gilson sera mobilisé pour la grande guerre, il prendra part à la bataille de Verdun. Mais contrairement à Jünger et à Louis-Ferdinand Céline par ailleurs, il sortira de la vision traumatisante du conflit, Gilson œuvrera vers la théologie et la philosophie médiévale. C’est un auteur chrétien, partisan d’une philosophie chrétienne qui comme nous l’avons vu après la lecture de Dieu et la philosophie, a en quelque sorte la même approche justificative de Dieu que Descartes. Son ouvrage, l’athéisme difficile, paru en 1979, un an après sa mort, reprend dans un premier temps l’effroyable parole de Nietzsche, « Dieu est mort ». Il ne faudra donc pas s’étonner de l’étonnante tirade des Rolling Stones sur le diable. En 1968, Jean-Luc Godard, alors maître incontesté du cinéma français, va se pencher sur ce phénomène. Son documentaire intitulé « Sympathie for the devil » ne sera qu’un écho supplémentaire à ce qui deviendra l’hymne d’une jeunesse entièrement voué au culte du libéralisme. Deux ans plus tôt, le 8 avril 1966, le Time titre, Dieu est-il mort ? La question, écrite en grand, en rouge sur un fond noir, rappelle bien évidemment la mort du Christ sur la croix. Effectivement la mort de Dieu est effective depuis l’événement du Golgotha, la question du Time valide donc inconsciemment le fait que le Christ est bien Dieu. Toutefois la célèbre revue s’attarde sur  les différents athéismes, notamment celui de l’inattention, comme quoi penser à Dieu prend du temps. Les hommes étant trop occupés aux affaires du monde, ils ont tout naturellement considéré la chose comme inutile. Les faux dieux occupent donc désormais toutes les attentions, laissant ainsi prospérer les matérialistes, les capitalistes, les scientifiques et les marxistes. Entre ces mains, la vie est réduite à un état social, essentiellement pratique (p74), qui fera prospérer inévitablement l’idéalisme bourgeois que la réalité communiste va amplifier par le règne de l’athéisme collectif. On peut évoquer ici l’analyse de Peter Sloterdijk sur l’anéantissement de la foi dans le ciel (1), tout naturellement, poursuit-il, les masses ont cessé de porter leur misère terrestre avec la patience du christianisme et aspirent à la félicité sur cette terre. Toutefois si l’athéisme semble avoir eu le dernier mot, il faudra se remémorer les paroles de saint Jean « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu. » (2) L’expérience nous montre que le fait d’avoir un père et une mère nous oblige, en remontant le temps, à considérer que nos tous premiers parents eurent également un père et une mère. L’impossibilité de les avoir vus nous fait donc supposer l’existence invisible d’une force supérieure. Cette première cause efficiente est le principe fondateur de toutes les religions, monothéistes comme polythéistes. Pour les athées convaincus, ils ont délégué ce rôle au hasard. Il faudra donc une alternative compensatoire à l’idée de Dieu, c’est le Surhomme de Nietzsche, le modèle inversé du Christ, l’antéchrist, qui va devenir très rapidement le verbe d’une sagesse furieusement anti déiste. Gilson nourri l’idée que la philosophie doit se nourrir de l’idée de Dieu, c’est pourquoi il s’appuie notamment sur Descartes, Leibniz et Bergson pour crédibiliser les preuves de l’existence de ce même Dieu. C’est pourquoi à la lecture de cet ouvrage, il vous apparaîtra clairement que l’interprétation purement technique de l’existence, qui conduit à l’athéisme de raison, ne nous permet pas de donner un sens à cette même existence, laquelle a besoin d’un narratif spirituel comme la Révélation pour répondre favorablement à un besoin fondamental et mystérieux de l’âme. Gilson parle de révélation primitive, d’un consentement universel des hommes (p110), d’une intuition persistante qui généralement se consolide au regard des malheurs.

Antoine Carlier Montanari

 

1. Colère et Temps

2. Evangile selon Saint Jean, chap.1

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