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Publié par Alighieridante.over-blog.com

 Après « la psychologie des femmes », « Les grandes villes et la vie de l’esprit » permet de se familiariser avec l’œuvre du sociologue allemand, Georg Simmel. L’ouvrage est séparé en trois parties, la préface de Philippe Simay (1), suivi deux textes de Simmel, « Les grandes villes et la vie de l’esprit » et « Sociologie des sens ». La longue préface aborde la question de l’influence de la métropole sur la psychologie, Phillippe Simay nous introduit tranquillement dans le travail de Simmel en abordant l’expérience traumatique que suscite la métropole moderne. Cette dépersonnalisation conduit Simmel à lier la métropole au temps. Sa petite histoire sur les horloges de Berlin (p47) suffit à matérialiser la ponctualité et la fiabilité que requiert un tel organisme. Cette organisation n’est plus celle liée au soleil mais bel et bien celle artificielle de la vie économique. Ce style de vie, affairée et distraite, sujette à l’économie monétaire, forme en quelque sorte la matrice aliénatoire de l’être. Cette décoloration (p51), nous dit Simmel, en marxisant ses propos, entraîne irrémédiablement une dévaluation du prix naturel des choses. Ainsi se forme les sphères communautaires en fonctions des intérêts communs, non plus des intérêts objectifs mais des intérêts personnels formés par les frontières de sa propre communauté. Ces unités constituées qui forment la grande foule des cités, offrent là l’occasion de s’admirer dans la conscience des autres et la conscience d’occuper une place (p66). Cette même place peut-être présentée de la manière la plus séduisante tant la brièveté et la rareté des rencontres ne permettent pas de juger correctement de l’image véhiculée. On parlerait aujourd’hui de ce moi mondialisé qui sévit dans la grande communauté numérique. Dans un article du Monde (2), Clotilde Leguil parle d’hypertrophie du moi, qui va jusqu’à scénariser sa vie sur la toile. C’est un  moi désincarné, un moi idéalisé qui s’admire lui-même et qui gros de lui-même régresse tandis que les connaissances objectives croissent (p67). Effectivement les mises à jour ne concernent donc plus que le progrès et son organisation tandis que l’individu stagne et que sa personnalité s’étiole dans une communauté désincarnée. L’individu est porté et n’a pas besoin de faire des mouvements pour nager (p68). Il ne peut donc plus faire face à toute cette masse culturelle, non seulement elle occupe tout son temps, mais elle amenuise sa culture individuelle.

 Dans la sociologie des sens, Georg Simmel, décortique l’interaction sensorielle en commençant par le regard. La politique de l’autruche est véritablement l’expression la plus courante chez l’individu. Le regard intrusif des autres peut-être une gêne à l’heure où le regard de l’autre a pris une importance capitale, notamment à cause de la valeur de soi que l’on conditionne au regard de l’autre. C’est pourquoi l’aveugle, nous dit Simmel, est plus souvent paisible et calme qu’un voyant (p89). Quant à la surdité, elle nous condamne à échapper plus fortement au réel, elle nous coupe considérablement des autres par l’impossibilité de comprendre les expressions et les variations des expressions formulés par ces autres. L’oreille est l’organe égoïste, et le plus immobile (p94), et est condamnée à prendre et à ne jamais donner. Paradoxalement c’est l’organe qui ne peut posséder, l’audible ne garantit aucune « propriété privée » (p94). On peut écouter un morceau de musique plusieurs heures de suite contrairement à un film, en effet l’audible, qui, sitôt apparu, a déjà disparu (p94). Quant à l’odorat, beaucoup plus discriminant, en raison de l’insurmontabilité de certaines odeurs, affecte immédiatement la raison. Cette insurmontabilité ne peut être surmontée qu’à mesure que s’améliore la civilisation, l’acuité des sens s’avère plus faible avec une culture plus élevée (p103). L’odorat est donc capable d’influencer les rapports sociaux, il a cette faculté de nous faire percevoir l’intimité de l’autre, en désagrément ou en joie. Sentir l’autre c’est en quelque sorte le respirer, c’est pourquoi l’odorat opère un choix qualitatif à notre insu. Le rejet ou l’attirance, il nous ait difficile en réalité de rester de marbre. C’est pourquoi l’odorat influence considérablement notre perception à tel point d’ailleurs que certaines expressions populaires de type « sentir le roussi », exprime familièrement l’idée que rien de bon va arriver.

Antoine Carlier Montanari

 

1Docteur en philosophie, ses travaux portent sur la modernité urbaine

2.  Le Monde, Nous vivons à l’ère d’une hypertrophie du moi », 28-07-2017,Clotilde Leguil

 

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