Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Pages

Publié par Alighieridante.over-blog.com

 Jünger est indéniablement un auteur à suivre, son abondante littérature éclairée par sa participation aux deux guerres mondiales, ne peut qu’ajouter quelques fortes instructions. Sa manière incomparable d’analyser la guerre fait de ce texte un remarquable pamphlet contre le pacifisme. Avec Jünger, les choses sont donc dîtes, l’esprit allemand a de quoi faire frémir les pudiques, contrairement aux nietzschéens, pour qui, il serait une représentation du surhomme. C’est le point de cristallisation pour Jünger, qui comme son compatriote Nietzsche, pense que l’avènement de cette bête est proche (p34). L’esprit germain est donc tout contenu dans ce binôme rationnel et froid dont la collision avec l’esprit français ne peut qu’être explosive. Tout naturellement Jünger plonge aux mythes fondateurs, Moloch et Gorgone lui serviront d’allégories guerrières (p43, 52) de telles bêtes offrent là le moyen, comme Dante en son enfer, d’identifier le mal. D'autres dieux, dit-il (p67), vont venir remplacer les anciens, l’homme, dans sa barbarie, va honorer la tuerie de masse avec le feu de la modernité. Cette autre et nouvelle puissance va modifier, comme l’avait perçu le philosophe français, René Girard, l’humanité. C’est peu dire que de constater cela lorsqu’une seule bombe peut désormais rayer de la carte une cité entière, voire plus. Jünger parlera de jugement dernier (1), et nous plongera alors avec une gravité toute allemande, dans le même chaudron, que le poète Florentin su admirablement narrer lors de son exil. Pour ma part voilà le point qui ressort, le choix des mots, les lignes verbales, Jünger poétise la guerre, certes le sujet est grave mais le poète de Florence a montré que l’on pouvait parler de l’horreur avec l’enchantement du verbe. Aussi, nous dit Jünger, c’est le sang et rien d’autre, réclamant sa fête et sa joie, son culte et sa solennité (p86).  Il poursuit, une page plus loin, le combat demeure une chose sainte, un jugement de Dieu entre deux idées. Cette manière de parler de la guerre avec une effroyable lucidité exige une virilité intellectuelle. Il faut donc chercher du côté d’Alexandre, de César, du grand Frédéric et de Napoléon pour s’apercevoir que la guerre donne le moyen de faire ses preuves. Ces grands hommes, qu’Achille a motivés, sont des exemplaires rares de la bravoure. Il s’agit, selon ces natures, de faire comprendre que la guerre est une loi naturelle. Ainsi Jünger évalue la guerre comme on évalue l’amour, la guerre a modifié les rapports entre les sexes, nous dit-il (p68), et plus elle dure, plus elle imprime son empreinte à la vie sexuelle (p70). Jünger est à la fois poète, philosophe et psychologue, la guerre est son affaire, une affaire qui dépasse toutes les autres parce qu’elle n’exige que des hommes.

Antoine Carlier Montanari

 

 (1) Orage d’acier, Ernst Jünger

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article