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Publié par Alighieridante.over-blog.com

 Après le « Sexe et Caractère » d’Otto Weininger, il est difficile de traiter de la féminité sans subir la comparaison avec l’œuvre du jeune auteur juif dont l'analyse frôle le génie. Ici, Georg Simmel évalue la chose sans débordement, le philosophe aborde le sujet avec une analyse plutôt abstraite.  Il est difficile en réalité de décortiquer correctement la méthode simmelienne pour en tirer une conclusion définitive sur le sujet. La longue préface de Jean-Jacques Guinchard ne sert qu’à épaissir le livre. Le texte de Simmel est à vrai dire assez court, on peut compter pas moins de 80 pages, en fait, la préface nous permet de comprendre les influences de Simmel. Le darwinisme social d’Herbert Spencer n’est pas pour rien dans la méthodologie de notre auteur.

 Simmel aborde donc la question psychologique de la femme en abordant le caractère prédominant  de leur vie sentimentale, lequel trouble leur conception des choses (p59), nous dit-il. Pour cette raison elles n’abordent pas le terroir des idées avec la même facilité que l’homme, c’est pourquoi, chez elles, la politique, l’économie et la littérature, par exemples, sont des activités de « têtes » bien trop « abstraites ». Leur conception du monde se cantonne donc essentiellement au sentiment, à l’instinct, lesquels contribuent à exagérer leur perception des choses. En quelque sorte, le pressentiment, le flair ou même l’imagination font office de boussole spirituelle, ces affects occupent une place extraordinairement grande dans leur vie spirituelle.  A cet égard, l’importance qu’elles accordent à la coquetterie est merveilleusement reliée au mariage, lequel dans sa fonction verbale sonne de façon si merveilleusement poétique et charmante (p96). C’est pourquoi elles concèdent à la coquetterie une froideur calculatrice (p117), qui, d’après l’auteur, est souvent employée par les femmes les plus pures et les plus intérieurement intactes (p117). Tout naturellement en raison des effets de la coquetterie, l’homme ne fait pas encore la différence entre l’amour et le non amour (p121), selon Platon, nous dit Simmel, l’amour est un état intermédiaire entre avoir et ne pas avoir (p121), pour ainsi dire la véritable force de la coquetterie réside moins dans la promesse d’un plaisir que dans la promesse d’un plaisir (p119). C’est pourquoi dans les comédies romantiques, le temps accordé à la coquetterie dure quasiment toute la durée du film tandis qu’est laissé le final au seul plaisir du baiser. A cela, l’auteur s’attarde sur la sociologie du couple et montre que l’amour va de pair avec l’appariement, surtout dans les couches sociales les moins aisées ; les amours très passionnés se produisent que très rarement. En fait, les passions absolues que l’on rencontre dans la littérature (Marguerite et Faust), ne peuvent se produire que dans un milieu plus aisé, où un mode d’existence plus élevé (p114), permet d’accomplir un destin plus glorieux. La différenciation individuelle est donc plus marquée dans les couches supérieures, qui ont les moyens et le temps de réaliser leurs rêves et leurs désirs. Pour cela Simmel poursuit son analyse de la coquetterie, il nous explique comment elle fait osciller l’homme entre l’avoir et le non-avoir. Ce jeu du froid et du chaud hypnotise l’homme, qui est tout spécialement entretenu pour décupler le désir sexuel, lequel se régénère par le mystère qu’entretient la femme en se réservant. Comme nous le répète le philosophe, l’affect occupe donc une place prépondérante dans la vie spirituelle de la femme, c’est pourquoi l’homme finit par se lasser rapidement. Sa quête d’autres femmes justifie cette lassitude, il s’illusionne en quelque sorte par la possibilité de trouver un être pleinement développé cachée derrière la prochaine d’entre elles.

 Si Otto Weininger se montre très critique envers le sexe faible, Georg Simmel, à sa manière, analyse la femme avec un bon nombre de remarques que beaucoup trouveraient dévalorisantes. Jean-Jacques Guinchard, dans sa préface, évoque l’intérêt qu’à Georg Simmel pour la prostituée. La monétisation de la femme est un sujet dans lequel Marx avait déjà porté réflexion. Si les deux philosophes allemands dénoncent l’assimilation du corps à une marchandise, Simmel va approfondir la question en admettant que la prostitution annule la distance entre les sexes que la coquetterie avait instaurés. En 1909, il consacrera donc un essai sur le rôle de l’argent dans les relations entre les sexes.

Antoine Carlier Montanari

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