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Publié par Alighieridante.over-blog.com

 La colère d’Achille, c’est là que tout commence pour  le philosophe allemand Peter Sloterdijk. En effet, l’auteur de la folie de Dieu nous rappelle les premiers vers de l’Iliade pour nous conter les dessous de la colère. Si Achille en est son plus célèbre étendard, Moïse qui brise les tables de la Loi, en est la plus sainte expression. Il s’agit ici de représenter l’énergie qui libère les hommes de l’impatience et qui jusqu’au Sermon sur la Montagne deviendra le principal moteur de la force. Non indispensable pour Ulysse qui se défit des troyens par le moyen de la ruse, aujourd’hui la colère est devenu une banque machiavélienne disposée à retenir les forces polémogènes au moyen de l’argent. Les règles du jeu monétaire ont placé les rentiers comme de nouveaux Achilles avec la ferme intention de réduire tout ce qui s’oppose à elle. Tout naturellement  l’Eglise catholique et sa myriade de saints et de bienheureux produiront une alternative efficace contre le modèle Césarien de la finance. De l’autre côté, vers l’est, les marxistes et les nietzschéens ressentent l’envie de faire partager au monde leur découverte : Dieu est mort ! De cela la galaxie djihadiste rendra compréhensible les paroles de Staline à Kamenev sur la vengeance (1). Les délaissés du Capital sont donc bien en colère nous dit Peter Sloterdijk , la grande bulle d’irréalité materne le monde en réaménageant  le réel sous l’exercice du spectacle. La constatation est froide et à la manière de Guy Debord, le philosophe allemand nous rappelle les nouveaux mythes vengeurs du cinéma calqués sur le mystérieux comte de Monte-Cristo. Les grandes scènes de vengeance vont donc sanctifier la colère en la réintégrant comme une application d’intérêt publique dans lesquelles les foules aliénées pourront librement évacuer leurs pulsions thymotiques. L’échappée belle dans le virtuel est telle que la satisfaction par l’épuisement mental deviendra rapidement un projet politique viable pour obtenir la paix sociale. A ce stade de développement l’idéalisme numérique proposera de définir les nouvelles règles de la guerre virtuelle dans lesquelles les masses de jeunes pourront zigouiller à l’infini les méchants terroristes fabriqués dans les open space de la Silicon Valley. C’est la juste colère, aussi les nouvelles stratégies d’entreprise pourront fournir l’énergie nécessaire afin de peupler en avatar les mondes parallèles dans lesquels l’immortalité pourra s’acheter à coup de Bitcoin (2). La stratégie de la mèche incendiaire virtuelle collecte en temps réel les vertus révolutionnaires embryonnaires pas encore exploitées par le Saint Siège lors de ses journées mondiales de la jeunesse. Ensuite le temps fera son affaire, le facteur est important pour l’auteur, il est associé à la banque mondiale dont la rente servira d’antidépresseur aux masses athées interdit d’éternité.  C’est le programme de survie du Capital en vue de préparer les masses à une période dramatiques annoncée comme apocalyptique par les trois grandes religions monothéistes. A présent les images chrétiennes de l’enfer soufflent les braises sur un monde entièrement voué au prince de ce monde qui attend son heure pour accompagner chez lui tous les Fausts de ce temps. Face à ce dernier spectacle les cellules souches démoniaques incarnées dans la grande finance vont mettre ingénieusement en scène le spectacle de la mort de Dieu. Désormais le salut se trouve, comme nous le dit Nietzsche, dans le surhomme. Nietzsche déplace le centre de gravité du discours sur la montagne avec son Zarathoustra, c’est le temps de l’antéchrist, le temps de la grande supercherie administré par les spectres du néolibéralisme.

 Peter Sloterdijk réparti donc avec une précision historique les potentiels de la colère qui, indubitablement, depuis la colère d’Achille, servent quelques intérêts « critiques ». Admirablement  comté, l’auteur allemand use d’une phraséologie millimétrée dont la mission consiste à épingler les véritables points de force de sa dialectique.  Du reste, la lourde artillerie de concepts psychopolitiques viennent élever le niveau d’analyse dont la compréhension et la réflexion hissent véritablement le regard au-dessus de la mêlée. L’observation de l’histoire telle qu’elle a été décrite par l’auteur, compense les effets insidieux de l’histoire officielle, on retrouve ici une construction globalisée des partenariats mondialisés qui se cachent derrière les grandes structures politiques depuis l’antiquité. Le prisme de la colère est effectivement un facteur méconnu dans les relations internationales et pour comprendre réellement les facteurs qui déséquilibrent la paix mondiale, il faut donc réintégrer cette colère dans les rapports humains.

Antoine Carlier Montanari

 

(1) Choisir sa victime, préparer soigneusement le coup à donner , assouvir inexorablement sa soif de vengeance et puis aller dormir... Il n'est rien de plus doux au monde. Paroles de Staline, p90 de Colère et Temps.

(2) Monnaie cryptographique, inventée par Satoshi Nakamoto en 2008

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