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Publié par Alighieridante.over-blog.com

 Qu’est-il arrivé au musée Eugène Delacroix du 6 rue Furstenberg à Paris ? C’est la question que je vous pose puisque votre nom apparait régulièrement autour de la dite rénovation. A vrai dire, on pourrait, à la condition de ne pas être un habitué de l’ancienne décoration, se contenter de ces locaux blancs, qui d’un certain point de vue font hisser cette honorable demeure pour un joli pavillon de banlieue. Il me semblait pourtant que ce genre de demeure offrait une immersion sensorielle dont le patrimoine national pouvait s’enorgueillir. Mais bon, je ne peux que constater l’évidente supériorité de blanc industriel dont la première vertu est de coûter moins cher. Il est vrai qu’aujourd’hui la question pécuniaire a remplacé tous les grands principes, et le pire, peut-être, on le justifie avec d’habiles arguties, très proche de la prédication commerciale. La modernité a donc franchi tous les seuils d’intolérances avec une effroyable efficacité. Je vous épargnerai donc ici, madame, l’argumentaire baudelairien sur la question tant il ridiculisera l’approche décorative qui fut le vôtre. Car j’en suis sûr, à la prochaine rénovation on trouvera le moyen de tout peindre en rose, les grands écarts sont maintenant courants depuis les colonnes de Buren. Voyez comme Versailles sert d’encadrement aux quelques modalités expérimentales qui dans un lieu quelconque passeraient pour ce qu’elles sont réellement. L’obsession du tout à l’égout est devenue non plus une affaire de gout mais une affaire d’idéologues, l’égalitarisme multiculturel a remplacé l’échelle des valeurs. Les quelques responsables artistiques employés par le ministère de la culture, particulièrement avant-gardistes, masquent puis relativisent l’importance de la qualité du patrimoine artistique. Ces monstres idéologiques vont se charger d’orienter l’opinion publique en leur affligeant tout un tas de sermons sur la liberté et la tolérance. Ce management artistique opère avec la même roublardise que celle des banquiers. C’est clair, cette déconstruction s’en prend avant tout à toutes les traditions, l’idée est la cristallisation de la rupture à la manière de la toupie installée dans le petit jardin, juste en face de l’atelier de Delacroix. Au-delà des folies et des scandales que proposent les artistes, les décisionnaires sont donc bien incapables en réalité d’élever le niveau par le talent. La dynamique spécifique artistique actuelle jette un regard aussi rapide sur les choix qu’elle fait parmi les tonnes « d’œuvres » qui passent sous ses yeux. On a affaire ici à une théologie politique de l’humiliation de la civilisation. Il est bien évident que plus rien désormais ne peut tenir la comparaison avec le David de Michel-Ange ou une symphonie de Mozart. C’est pourquoi les responsabilités sont nombreuses, les collaborateurs aussi, le régime politico-moral n’est donc plus une église mais un état-république avec ses ordonnateurs instruits à l’expérience de l’aliénation. Que dire de plus, en naviguant dans les salles, on s’aperçoit vite que le romantisme du lieu a disparu, et quand on songe que certains studios de cinéma investissent des dizaines de millions de dollars ou d’euros pour reconstituer des décors d’époques, on se met à espérer qu’un de ces jours un de ces studios puisse avoir le projet de reconstituer le lieu. Compte tenu donc de cette lamentable mise à jour, avec les prédicats actuels de conceptualité, on a nettement baissé le degré de respectabilité imaginé par nos illustres ancêtres. C’est dire que le romantisme n’évoque plus rien, et l’histoire du lieu a été réduite à une googelisation de la connaissance qui indubitablement a édulcoré ce qui devait être une rencontre forte avec l’artiste. Rien d’étonnant par conséquent à ce que le public se sente infantilisé tant les parcours sont jalonnés d’expériences sonores et visuelles leur rappelant celles des parcs d’attractions.

 De plus, l’intimité du lieu n’a pas été préservé, l’agencement minimaliste stimule d’avantage le regard de l’autre que l’observation attentive des œuvres. Dans le rapport sociologico-sensoriel, pour reprendre le terme à Georg Simmel, le lieu ne cristallise plus la conscience sur son essence, le regard est happé par une clarté dominatrice dont la tyrannie détruit entièrement la sensation de bien-être. C’est l’accroissement de la nervosité là où auparavant le décorum apportait une sorte de paix intérieure en reposant les sens. Ce traitement marque la volonté de désenchanter l’espace et le caractère du lieu, ce basculement idéologique aboutit à une mixité ou à un métissage d’un patrimoine intrinsèquement singulier. Très rapidement on conceptualise toute la société, non plus autour de l’héritage historique, mais plutôt autour d’une architecture plastique et purement utilitariste et qui se caractérise le plus souvent par un décorum incohérent et impitoyablement désincarné.

Sacrilège ou vengeance, l’anéantissement programmé de ce lieu inimitable est donc en soi une nouvelle démonstration de l’expressivité contemporaine, où tout le registre performatif est l’ennemi du bon sens ! Car à la lumière de la dynamique culturelle actuelle, de type avignonnaise, il est vrai que le combat artistique constitue un génocide enthousiaste de la classe bourgeoise vendu au marché. Donc, qu’il en soit ainsi, il faudra donc qu’un de ces jours on réanime ce lieu au travers d’un projet réfléchi et avec un metteur en scène visionnaire qui ne s’adresse pas seulement à une administration illégitime. Notons bien, qu’à quelques pas, en l’église Saint-Sulpice, le public peut encore admirer des œuvres de Delacroix dans son écrin naturel, n’hésitons donc pas à dire que cette dernière rénovation n’a pas souffert de l’idéalisme contemporain.

 Oui Madame, votre mise en scène à effacé des traces qui montraient à quel point une époque pouvait être noble ! C’est en réalité le résultat d’une manœuvre qui profite de la bêtise de ses responsables, qui, indubitablement trop occupés à jouer avec de magnifiques « jouets », sont incapables de concevoir les jeux politiques mobilisés pour changer le monde. La haute école du pouvoir pourrait vous l’enseigner mais je crains que cette discipline ne soit bien trop abstraite ! Vous aurez compris, ces mots ne sont pas là pour vous flatter, le gigantesque réservoir de personnes « exemplaires » constitue déjà un amplificateur à compliments. Du fait, je ne suis pas dupe des choix de nos dirigeants depuis Jacques Lang, dont l’approbation forcée au libéralisme culturel a réussi à faire passer des couleuvres pour des vipères. Avec lui, la phrase « plus c’est gros plus ça passe ! » a trouvé son meilleur exemple.

 Au passage, à propos de l’ascenseur, il faut le dire, une règle de prudence aurait dû faire valoir la possibilité d’un appareillage beaucoup plus charmant, on aurait pu imaginer une cage en fer forgé avec quelques entrelacs bien dessinés dont on devinerait qu’ils ont été piochés dans quelques brouillons de Delacroix. Au lieu de cela, on lui a donné une dimension interstellaire qui fait passer le voyage dans le futur pour une réalité. Ce déséquilibre exigé par les assurances et le ministère du budget finira d’achever tout le charme du lieu dont les économies serviront à promouvoir le rap et le graffiti dans les quartiers populaires.

 Dans ce contexte, madame, pour ma part il ne fait aucun doute qu’il n’y a plus rien à attendre de ceux qui nous dirigent, le saccage programmé de la civilisation française est devenu plus qu’une évidence. On assiste le plus tranquillement du monde à la décomposition d’un monde par la volonté d’un petit nombre qui bien évidemment s’enrobe de vertus pour accomplir ses méfaits. Pour autant, et comme il le convient, je souhaite qu’un jour vous puissiez prendre toute la mesure de ce qui arrive car un nombre croissant de français ont dépassé leur seuil de tolérance et ne sont plus désormais en mesure de poursuivre cette aventure funeste qui a réduit leur terre à une annexe du mondialisme.

Antoine Carlier Montanari

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