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Publié par Alighieridante.over-blog.com

 Autre temps, autre mœurs, notre dessinateur est en ce siècle aussi efficace qu’un abattoir. Outre le trait fertile et précis, sa délicatesse est aussi naturelle qu’un rasoir électrique ! A mon sens, il aime tout autant l’homme que la machine, à ses terribles envies il doit faire sienne le transgénérisme. Il faut se départir d’ailleurs ici du talent graphique de l’artiste qui au moyen de la technique gangrène le dépistage de la beauté. Ce fier coquin, qui de ses douceurs stylistiques écorche la vieillesse, a l’insolence de réduire le vivant à de la merde ! Le goût prédominant pour le transhumanisme animal inspire, peut-être, quelques doutes sur la santé mentale de l’artiste. En attendant son attachement  particulier pour les machines roulantes convient mieux au regard juvénile qui trouvera là une sorte de témoignage artistique des produits de la société de consommation. Par conséquent, demain, les machines dessinées de Steven C.Harvey pourront tout aussi bien devenir des gadgets labélisés qui rempliront les rayons de quelques magasins spécialisés. Cette inclination maladive chez les artistes, depuis Warhol, a anéanti tous les sujets élévatifs et contemplatifs, c’est l’ère de l’industrialo-mondain qui érige en totem le dieu technique.  Je devrais d’ailleurs parler ici de politique tant l’artiste trompe l’observateur sur ses motivations réelles. Alors bien entendu les prisons de Piranèse, si l’on accorde à l’artiste la même intention que l’italien, peuvent en comparaison solliciter quelques réflexions identiques. Cependant il y a une différence, chez Piranèse ses prisons sont cathédrales, ateliers d’artistes ou même châteaux. En dedans terrasses, escaliers, couloirs, colonnes et colonnades, ponts et autels que l’on imagine avoir été emprunté à quelques palais princiers. Il n’y a ni similitude morale, ni éthique, ni culturelle, le matériau à partir duquel travaille Steven C.Harvey repose sur une logorrhée graphique fondée entre autres par H.R Giger ou même Enki Bilal. La clarté de ses représentations a un fort potentiel aliénatoire, qui comme la beauté du diable parvient à tromper l’esprit sur la nature de ce qu’il voit. Maintenant cette représentation morbide, impassible et désenchantée, parfaitement maîtrisée est émotionnellement perturbante. Son œuvre s’installe dans l’âme comme une entité mauvaise à qui l’on a donné pour objectif de dérégler. Cette urbanisation forcenée est  donc la matrice de sa psychologie, en un sens la congestion et la saturation de ses espaces traduisent une hyper rationalisation de la vie purgés de lyrisme et de poésie. Subjugué par la modernité technique dont la précision est digne des travaux d’ingénierie mécanique, Steven C.Harvey magnifie outrageusement l’intensification matérielle dont l’activité humaine est réduite à la simple consommation. Je présume peut-être ici d’une réaction ambiguë de l’artiste face à l’horlogerie urbaine dont le dénominateur commun à tous ses travaux est l’impossibilité d’une solution. L’intention est passivement malveillante dans la mesure où l’artiste n’est plus celui qui, comme Orwell, décortique le mécanisme de perversion qui conduit au désastre, mais celui qui rêve ou cauchemardise la vie dans son confort d’homme occidental. Cette œuvre de précision est entièrement indifférente aux  ressorts moraux des peuples, l’artiste ne parvient pas à traiter du besoin de liberté et se soumet volontairement à une iconographie qui en réalité est déjà parvenu à l’aliéner. De plus, si l’on porte attentivement le regard, les quelques représentations de la Vierge, des saints catholiques et même de la croix, parsemées par ci par là, est un non-sens dans cet énorme arsenal mécanique dont la nature machinale blasphème par son automatisation diabolique. L’environnement social et spatial de Steven C.Harvey est une occasion supplémentaire de déracinement mental qui opère toujours suivant les principes générés par l’imagerie futuriste contemporaine incapable d’imaginer un monde meilleur dépouillé des traces du péché originel. Cette floraison machinale choisie par l’artiste, inspirera indéniablement quelques architectes de demain. Selon ce nouveau rôle socio-culturel, l’artiste participe à cette nouvelle pratique idéologique qui consiste à proposer un monde pire à côté duquel, selon Peter Sloterdijk (1), la réalité existante apparaît comme l’utopie réalisée. L’aimable subversion qui a déjà envahi le tout Hollywood propose consciemment un éternel retour au système en place, lequel incarné esthétiquement par le héros du film, qui sera idéalisé comme une valeur indépassable. Ainsi ce narcissisme culturel transforme la majorité silencieuse en une masse d’animateurs idéologiques qui a pour fonction essentielle de fournir d’armée de réserve à la gauche du capital, laquelle couvrira les parts de marché infiltrées derrières les revendications sociales. Ainsi Steven C.Harvey et ses confrères enfoncent profondément dans l’inconscient la dynamique machinale dont le rythme déjà orchestrée par la modernité existante finira le projet d’aliénation des peuples. Cette réalité augmentée est le symbole de la lucidité capitaliste où l’inconscient collectif est sans cesse transporté afin d’y vivre des vies effervescentes réglementées par l’automatisation du monde.

 Cette culture permet d’occulter l’esthétisme sain de Monet ou de Van Gogh par exemple, qui s’ils avaient été compris de leurs contemporains nous auraient évité cette modernité aliénatoire inspiré entre autres par H.R Giger, Enki Bilal ou encore Steven C.Harvey !

Antoine Carlier Montanari

 

(1) Colère et Temps

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