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Publié par Alighieridante.over-blog.com

 Je n’ai pas pu m’empêcher de vous écrire pour vous faire part de mon point de vue concernant votre apparition dans le documentaire de La Villa Medicis, pour l’amour de l’art (1). Il m’a fallu donc m’intéresser à votre travail afin de vérifier si l’impression que j’ai eu de votre passage à l’écran était justifiée. Il n’y a plus de limites aujourd’hui, la propagande actuelle a une approche bien particulière pour promouvoir les arts, il n’est rien qui ne puisse être déifié ni adoré, depuis Duchamp vous conviendrez que tout est possible ! Dans ce sens il existe bel et bien un organe de complaisance étatique et financier dont le programme d’analyse soupèse soigneusement les qualités traditionnelles de l’art. Ainsi, au regard de vos créations, dont le retentissement sur le grand public est comparable à de la publicité conceptuelle d’une marque de produits sportifs, on s’entendra sur son caractère cérémonial particulièrement industriel. Ce froid visuel, concentré de pollutions et de nuisances architecturales n’échappe pas aux critères du décorum underground qui adopte comme critère de réussite des charges esthétiques empruntées à quelques sociétés primitives. La radicale soumission aux codes urbains de la déshumanisation atteint avec le dit street art, une sorte de représentation obscure et artificielle dont le propagandiste en chef est le Capital. Le phénomène est bien huilé, la mécanisation de l’art imposé par la nomenklatura néo conservatrice a assimilé le concept révolutionnaire des marginaux en vue de les dresser mentalement au rythme du capital. Atteindre cette forme artistique qui est désormais déployé par les états eux-mêmes permet de soumettre à l’autorité financière les insoumis des banlieues. L’essence du capitalisme s’est donc fossilisée dans tous les arts de la rue avec une subversivité homérique, l’abandon à cette nouvelle pesanteur a détruit les vieux codes graphiques en vigueur dans les derniers bastions antiques. C’est l’apogée de l’intégration subversive avec le tag comme icône du système. Les rejetons de la classe ouvrière issue du libéralisme bouyguien peuvent désormais croire qu’ils sont des artistes comparables à Rubens ou Boticelli. Voilà le nouveau modèle, et ces mauvais garçons sont devenus des pères tranquilles de la consommation (2), leur malédiction est bidon et tout le système promulgue l’état de décomposition comme le véritable état de non-être, ce même non être qui est affiché dans toutes vos œuvres (voitures calcinées, matelas abandonnés, moteur rouillé et murs délabrés). On a ainsi sociabilisé le petit voyou de banlieue en fétichisant la voiture brûlée, cette image de la déchéance donne le sentiment d’être le même révolutionnaire qui figure dans les livres d’histoire sans dire que l’argent et l’idéologie du système en place les parraine. Le conseiller en relation public de l’état-major de l’Elysée parvient aisément à profiter des fruits de la marginalité citadine pour modifier sensiblement l’image du politique de gauche adossée à la haute finance spéculative. Les événements culturels du moment promulgués par Jacques Lang et compagnie ont couronné la médiocrité en l’instituant dans les palais vénitiens, florentins, romains et parisiens. Le but, offrir un écrin à un bijou qui n’en est pas pour que le grand public, qui n’est pas dupe, finisse par accepter ce relief comme étant naturel. Si la villa Medicis est aussi somptueuse, dans les termes bien compris des canons de la beauté, elle a vocation à servir le vrai, la difficulté, il est vrai, est de dépasser cette splendeur. Et c’est là que la propagande officielle est intervenu en votre faveur pour que vos applications industrialo-artistiques soient valorisées à des besoins psycho politique dont l’objectif manifestement vous échappe. C’est le temps de la raison au service de l’Eros. Le temps de la subjectivité et du désir narcissique, de l’aliénation selon Marx. Non seulement l’artiste est devenu une opportunité supplémentaire de véhiculer les désirs du marché, et de plus il facilite la commercialisation du rien et du néant par son manque manifeste de solides connaissances. Ce qui fait du monde artistique un laboratoire pour les multinationales qui depuis la fin des accords de Brenton wouds ont fait du marché de l’art une bulle à hydrogène.

 Vos montages vidéo dont la forme anatomique singe celle du rap, stimule d’avantage l’attention d’un lycéen en état d’échec scolaire, lequel bien sûr voudra faire de même avec son smartphone dont le prix aura diminué par deux le budget parental. Aussi immature que cela puisse paraître, la logique conceptuelle est plutôt là pour séduire des nouvelles recrues déjà persuadées que l’avenir passe par les voitures de sport et les chaussures Nike. En regardant attentivement les multiples lignes blanches et rouges qui maillent le béton et en essayant de donner quelques sens à caractère artistique, on peut tout aussi bien y voir quelques traces de Mondrian ou même de Fernand Léger dépouillé de la qualité d’homme. Une telle lecture permet d’intégrer le principe de déconstruction que les tacticiens capitalistes ont déjà synthétisé avec Picasso. Ce faisant l’algorithme qui permet cette équation visuelle s’oppose radicalement au jeu de l’harmonie, c’est le règne du désordre visuel pour faire périr dans sa totalité le goût du beau. Dans un pays qui a promulgué les arts des cités, et qui a rendu possible par sa politique le misérabilisme culturel produit par le communautarisme américain, le dernier degré a été atteint en refusant à la classe ouvrière des banlieues les splendeurs de Versailles et du Louvre. Et tandis que la rente foncière de l’establishment prospère en enfantant des rejetons de Basquiat et de Warhol, l’état de pleine décadence morale et intellectuelle prospère également dans les couches les plus défavorisés. Ainsi cet art des rues ne s’oppose pas en vérité au système, nécessairement pour avoir une place au soleil les artistes graffitis effacent le fond par la forme pour produire en réalité une spécificité urbaine dont le logo cache un copyright. Cet état de croissance qui finit par faire des casquettes et des survêtements à capuche des symboles d’une misère humaine devient un facteur d’intégration subversif pour les masses ouvrières dont le capital s’est épuisé dans la consommation de ces avatars. L’artiste enchâssé dans le tag ou dans le rap est capitalisé comme une marque de cigarette afin que le pays pleinement peuplé de ce genre d’énergumène ne croisse pas trop intellectuellement, il faut assurer au parti socialiste une armée de réserve. Cette fois encore le politique a atteint des performances idéologiques qui d’après le concept même rappellent bien évidemment l’action d’Edward Bernays. Ce produit intérieur brut est le résultat immédiat de la bêtise et de l’ignorance, cette valeur d’échange qu’est le talent des artistes de banlieues, dans son expression la plus tribale, s’oppose aux valeurs traditionnelles de l’état nation enchâssé dans un christianisme rural dont la figure Bernanesque du prêtre permettait de réarmer le discours radical du Christ sur le riche. L’artiste dit de rue joue donc bien son rôle de prostituée du capital, les collabos soigneusement choisis parmi les plus caractériels permettent de garantir un fonds de commerce auprès des défavorisés pris dans la tourmente du capital, cette fabrication du consentement confère un statut intouchable d’humaniste. L’idée est d’amener à considérer la bombe de peinture comme le nouveau cocktail Molotov, non pas pour qu’il fasse augmenter le salaire de l’ouvrier qui se lève à 5 heures du matin, mais pour qu’il défende d’avantage le droit de l’immigré afin que celui-ci induise le salaire à la baisse par cette concurrence nouvellement crée. Cette petite armée d’artistes dont vous faîte partie, aide, à son insu, à fragmenter tranquillement le pays réel pour fournir au capital une main d’œuvre sans conscience sociale qui indubitablement réduit à néant ce que le Conseil National de la Résistance a pu apporter aux français. Comprenez-moi bien, au regard de vos entrelacs muraux qui en brochettes couvrent les paysages bétonnés des cités, le révélateur politique saura sans difficulté y trouver forme pour propager son esprit de tolérance. En effet les concepts colorés qui s’inscrivent comme des ondes visibles n’épargnent pas au regard quelques qualités issues des 5S (3) dont l’épicentre artistique n’est pas plus épais qu’un instantané de Soulages. C’est là l’abrutissement enflammé qui fait monter le taux d’adrénaline de jeunes gens illuminés par le spectacle du hasch. Si j’étais mauvais joueur et que je voudrais vous charmer il ne m’aurait pas fallu avoir découvert les fresques de Monet et leur insondable mélancolie, ni les Saints François d’Assise de Giotto dont les aplats bruns ressuscitent avec brio les robes de bure de la pauvreté monacale, sans compter sur les confessions paysagistes de Cézanne qui en ordre serré dépêche une sorte de rusticité vivante qui fait passer la modernité de l’époque pour une courtisane futile. S’il me fallait continuer la liste des artistes qui ont porté haut le regard un livre n’y suffirait peut-être pas mais dans l’essentiel rien de ce qui me nourrit peut arriver à me faire apprécier votre travail tant la désuétude morale et artistique qui le forme n’est pas à hauteur de vue. Tout au plus il me faudrait regarder le visage collé au sol pour espérer y admirer quelques racines que l’on peut voir qu’à cette altitude.

 Ces remarques ne valent qu’après de multiples lectures, les secteurs de production de slogans ont indéniablement inspiré vos pseudos dont la résonance est perceptiblement jouissive pour les ados nourris au Macdonald. Il y a beaucoup à dire, c’est affligeant même, le pianiste japonais Kenji Sakai, dans le même documentaire, a décliné quelques termes en français qui en construction ont totalement décapitalisé vos propres mots. La comparaison gagne en leçon, le caractère très technique du compositeur japonais remet en perspective la pauvreté de la dialectique et de la rhétorique de Sowat et Lek. L’ironie dans l’histoire c’est que le conservateur italien Paolo Pastorello, de manière subtile et élégante a su vous montrer tel que vous étiez, des têtes de diables qui se touchent la langue. Pour paraphraser Baudelaire (4), je dirais que selon le degré de poésie ou de vulgarité que l’œuvre inspire, son auteur finit par ressembler à ce qu’il a peint. Ce serait ici, pour l’auteur des fleurs du mal, une occasion d’insister à nouveau sur l’immortel appétit du beau. Le mausolée qui vous sert de tribune, sous la règle de la religion, devrait servir d’avantage à l’artiste raffiné, qui par le talent, même impertinent, y mettra de la beauté et de la préciosité comme dans les somptueux monuments de l’ancienne Egypte. La doctrine de Jack Lang a métamorphosé le goût du génie sinon du talent en une nature mixte, qui par plaisir a des prises de position subjectives et mensongères. Le relativisme du jugement est absolu, c’est la religion du « je pense » avec une sensibilité immodérée pour la pop culture. Les labels autorisés par le ministère de la culture, initié par François Mitterrand, rendent compte que les artistes officiels de la Vème république sont des variantes des conceptualistes des grandes firmes mercantiles. A l’échelon mondial c’est une véritable révolution culturelle qui insidieusement poursuit la défense de l’urinoir de Duchamp. N’ayant pas passé la barre du raisonnement, les artistes de votre type, ont considérablement affaissé la nature du beau, suivant les critères objectifs de l’art et du bon sens, et parallèlement ont évincé de la contemporanéité artistique tout l’héritage antique et classique.

 

Antoine Carlier Montanari

 

(1) Documentaire Arte, 2016

(2) Michel Clouscard, le capitalisme de la séduction

(3) méthode d'organisation de production

(4) Charles Baudelaire, le peintre de la vie moderne

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