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Publié par Alighieridante.over-blog.com

           

 L’horizontale du milieu sépare le ciel de la terre, avec en son centre une demoiselle portant de la main droite une branche trinitaire. Son bras gauche, le long du corps, fait intersection avec la ligne d’horizon formée par la jonction des collines et du plan d’eau, à bien y regarder on pourrait penser que la demoiselle porte de cette main là une lance. Cette allusion guerrière qui peut rappeler les nymphes d’Edward Burn-Jones et notamment la Séduction de Merlin (1874), insinue l’intention belliqueuse de la demoiselle. Ici il est donc question de séduction, la branche que tient la demoiselle n’est pas sans rappeler l’arbre du bien et du mal dans le jardin de l’Eden, la manière dont elle porte la branche, comme un flambeau ou un chandelier rappelle bien évidemment Lucifer, le porteur de lumière. Il n’est pourtant pas dit ici que la demoiselle incarne Ève, mais on peut penser, à la manière de Michel-Ange (1), qu’elle incarne d’avantage le serpent lui-même, sa tenue noire et écaillée simule parfaitement la robe sombre de l’animal. Sans déroger à l’explication, il faut évoquer l’idée que la branche est la possible représentation d’un parapluie, le temps nuageux et la grisaille évoquent sans difficulté la pluie et le mauvais temps, c’est l’annonce symbolique d’un temps chaotique, le temps se gâte comme nous le dit la locution, autrement dit c’est le retour d’un temps d’épreuves et de difficultés, c’est la même tempête qui chasse du paradis après qu'Ève et Adam eurent mangé du fruit défendu. Ainsi le miroir formé par le plan d’eau est le reflet inverse du ciel, l’imitation céleste, l’imitation inversée à Dieu, c’est le credo du diable, de Satan, celui qui voulait se prendre pour Dieu lui-même. Cet orgueil démesuré est donc visible ici sous le regard du miroir, comme Narcisse, comme la Reine dans le comte de Blanche Neige, c’est l’amour de soi, l’amour de soi jusqu’à l’adoration et à la vénération. La référence à l’arbre du jardin de l’Eden induit automatiquement le péché au profit de la vertu, la créature étant amoureuse d’elle-même et non plus de Dieu c’est le culte de l’aspect, de la forme, il faut donc s’adorer dans le regard de l’autre, dans son miroir et pour satisfaire ce culte il faut s’entretenir et cela a un coût et ce coût c’est la mondanité (2). Elle-même conduisant à s’aimer plus que tout, à l’envie, au désir de jouir de l’autre et cet orgueil entraînant de facto la mort de l’âme. C’est donc le marché de l’apparence qui fait foi et ce marché est élevé au rang de marché de tous les marchés. La marque Moncler ne fait ici que révéler la véritable nature du commerce mondain et donc de la sienne. La surenchère sémiologique trahie donc la conquête du soi et cette image sombre de la femme donne le sentiment d’être un être au-dessus du commun des mortels en insinuant que l’initiation aux interdits veut votre bien, c’est l’inconscient qui triomphe sur la raison. Ce statut du maudit rappelle d’ailleurs l’imagerie romantique qui conduit aux paradis artificiels si bien évoqués dans les fleurs du mal de Charles Baudelaire, on assiste là à une image idéologique qui fétichise en réalité la consommation et la docilité aux forces du Capital. Cette intégration subversive peut faire croire aux consommateurs qu’ils sont des puissants, des maîtres ou des mages enténébrés, mais voilà, ils ne sont que des rejetons tranquilles de la société de consommation.

Antoine Carlier Montanari

 

  1. Michel Ange, fresque de la Chapelle Sixtine, la création d’Adam et le paradis perdu
  2. Peter Sloterdijk (colère et Temps) et Michel Clouscard (le capitalisme de la séduction

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