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Publié par Alighieridante.over-blog.com

                

 Dans son film Maigret et l'affaire Saint Fiacre, Jean Delannoy établit un lien allégorique entre la comtesse et sa demeure. Comme on peut le voir, la mort de madame de Saint Fiacre trouve ses racines derrière les événements qui ont conduit la chute de la demeure familiale. Afin de préfigurer la mort de la veuve, il faut examiner avec quelle sournoiserie l'on a vidé la vieille bâtisse. La bibliothèque a perdu ses livres les plus précieux, les salles leurs meubles et les murs toutes leurs peintures de maîtres. C'est ici l'image éclatante de la comtesse de St Fiacre, de toute évidence de façade la demeure garde toute sa noblesse, cependant, comme on vient de le voir, l'éclat trompeur ne peut cacher très longtemps ce qu'il en reste. Ainsi, les causes profondes qui ont lentement érodées la santé de la comtesse sont les mêmes qui ont transformée la maison Saint Fiacre en un lieu sinistre. Du fait de cette criminalité financière qui est bien discernable et qui se libère occasionnellement quand l’inspecteur Maigret pose les bonnes questions, va tout naturellement aboutir sur une autre criminalité qui va se découvrir par la mort de la comtesse le jour de l’office des cendres, juste après le rituel de l’imposition. La dialectique chrétienne va donc nous permettre de cerner les forces morales à l’œuvre. La comtesse meurt en quelque sorte en état de grâce, l’entrée en carême nous autorise cette transposition avec la Passion du Christ, son acte de foi nous laisse penser qu’elle a accompagné le Christ au calvaire, qui promettra au bon larron de le conduire au paradis. On peut alors se demander raisonnablement si le dépouillement de la demeure ne représente pas justement le dépouillement demandé par le Christ au jeune homme riche pour qu'il rentre dans le royaume des cieux. Ainsi à l’image de la demeure, la comtesse s’est lentement débarrassée des choses du passé, elle a nettoyé son intérieur, son esprit, son âme avant de rentrer en carême. Cette purification va permettre de considérer les effets de la grâce et de la victoire du bien sur le mal. L’image de la justice en action sera donc incarnée par l’inspecteur Maigret, en effet Jean Gabin va mettre à jour, lors du banquet final, les combines du mal. Cette scène fait allusion à la trahison de Judas lors du dernier repas du Christ. Maigret, avec une efficacité redoutable, va confondre les comploteurs en montrant clairement, qu’ils sont de la même race que celle de Judas, amoureux de l’argent , voleur et traître. S’ensuit l’enterrement de la comtesse, la caméra de Jean Delannoy cadrera pendant de longues secondes le fils Maurice au centre de deux crucifix de pierre. On pourra remarquer la judicieuse allégorie du Golgotha et la préfiguration de la résurrection ; le fils du baron, innocent dans l’affaire, permet à la maison Saint-Fiacre de retrouver son rang et sa dignité.

 En mettant en scène cette histoire, Jean Delannoy a souligné le rôle constitutif du christianisme et plus précisément du catholicisme dans la France de cette époque. De ce point de vue, souvenons-nous du missel qui contenait la preuve du complot, ce signe suffit à lui seul à symboliser la trame psycho religieuse du film, qui, pour le réalisateur, si l’on observe attentivement sa filmographie, correspond naturellement à sa vision du monde.

Antoine Carlier Montanari

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