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Publié par Alighieridante.over-blog.com

                

 Naturellement, mon analyse repose sur une observation particulière du film d’André Techiné, s'il y a là une signification politico-religieuse, comme je le pense, et plus précisément du rapport entre les deux monothéismes bibliques, à compter du caractère sensible du sujet, on peut aisément chercher de ce côté-là pour traduire l’intention sous-jacente mais jamais dévoilée de l’œuvre.

 Les deux psychologies testamentaires apparaissent en arrière-plan, il se peut que le réalisateur ait voulu spécifier les nouvelles interactions entre le judaïsme et le christianisme. On pourrait fort bien s'en tenir à l'histoire mais cela n'a pas grand intérêt hormis la signification sociale du fait divers dont elle s’est inspirée. À vrai dire, si l'on se penche sur les personnages dominants, à savoir Catherine Deneuve et Michel Blanc, on pourra dès lors y voir les images respectives du christianisme et du judaïsme. La petite croix que porte au cou Catherine Deneuve signe-là son appartenance au ministère du Christ, quant à Michel Blanc, l'on apprend très vite qu'il est de confession juive. Dans un premier temps Catherine Deneuve représente cette France, étroitement liée à la loi de 1905, libérée et affranchie de l'église mais toujours chrétienne en façade. Par son mode de vie, l'actrice incarne donc cette France laïc et indépendante, éloignée du rituel. Et c'est là précisément que la différence s'affiche avec l'autre famille. Celle de Michel Blanc, en effet, va incarner une judéité certes compromise avec les mœurs actuels mais encore garante de la tradition judaïque. Il veillera précisément à ce que son petit-fils accomplisse sa bar-mitsva, rituel hébraïque du passage à l'âge adulte. Son comportement avec Emilie Dequenne, la fille de Catherine Deneuve, montrera justement qu’il est parvenu à maturité. Cette relation rappelle en quelque sorte celle de son grand-père avec la mère d’Emilie. Cette configuration comportementale, mimétique, relance avec un espoir entretenu, une union possible dans l’avenir. Ainsi le rituel évoqué précédemment, fortifie la transmission des valeurs fondatrices du judaïsme. Les quelques secondes de la cérémonie suffisent à réincrementer le sacré dans le film, cette scène n'est pas anodine, elle souligne à elle seule l'importance de la tradition religieuse dans le judaïsme. Ainsi le réalisateur André Téchiné réexamine l'importance du sacré et repolarise la part accordée par chacune des confessions, malheureusement du côté chrétien cette part semble absente, voir perdue. Cette constatation est hélas bien réelle, et renvoie obligatoirement à cette phrase du Pape Jean Paul II, " France, qu'as- tu fais de ton baptême? ". La laïcité et la loi de 1905 ont fini par éloigner le peuple du religieux, et cette situation est largement mise en lumière, Catherine Deneuve est une mère célibataire qui entend bien vivre comme elle le souhaite. A partir de là, il est évident que l’on peut retrouver dans le personnage qu’incarne Catherine Deneuve la représentation de Marianne, son statut social professionnel allégorise la fonction de la femme au bonnet phrygien, qui elle-même est une image païenne de la Sainte Vierge. Cela ne doit pas nous surprendre, jamais on a vu une France aussi déchristianisé tandis que le paradigme laïc s’est bien affairé à développer une nouvelle théologie sans Dieu qu’Etienne Gilson qualifiera d’athéisme chrétien. Et même dans cette apogée de l’homme sans Dieu, la communauté juive réussi à se préserver de l’influence de ce super organisme païens qu’est la république française, il faut même dire que cette dernière souffre d’une empathie particulièrement aiguë quand il s’agit des juifs de France. Dans cette situation paradoxale, la république française fait désormais office de deuxième mère patrie.

 Dans ce contexte, et à la suite de l’incident du RER, les protagonistes vont se retrouvés à la campagne. Ce coin reculé de France, en pleine nature sera le lieu de la réconciliation, incarnant peut-être une sorte de paradis perdu ou même une autre terre promise. Ce passage est donc essentiel, il préfigure l'unité finale entre juifs et chrétiens accordée à la fin des temps. En effet, Michel Blanc va inviter Catherine Deneuve et sa fille dans sa maison de campagne. Il faut dire que jadis, celui-ci, eu des sentiments pour Catherine. Sans doute que cette relation passée représente la base d'une coexistence judéo-chrétienne qui n'a jamais pu aboutir mais qui malgré les fractures apprend à coexister. Le rapprochement opéré par les familles de Deneuve et de Michel Blanc, va ressouder l'axe civilisationnel. Cette relation positive prend donc une importance fondamentale et fait évoluer le judaïsme dans une direction compassionnelle que le christianisme a développé à grande échelle. Effectivement, tandis que le clan Deneuve sombre dans les difficultés, la situation se présente tout autrement du côté de la famille de Michel Blanc. Du reste, cette configuration traduit donc bien la situation psycho religieuse dans notre pays et la réconciliation finale concrétise la réunification définitive du peuple Juif et du peuple chrétien. Le spectateur méditera sur le rapport entre les deux religions, le vecteur allégorique est bien entendu le RER, qui maintes fois représente, sous la caméra d’André Téchiné, un lien entre les hommes. Ce lien n’apparaît ici que pour suggérer une perception œcuménique des deux courants bibliques, que les médias eux-mêmes et les politiques se serviront à des fins idéologiques, comme le soulignera si bien l’avocat. Cette revanche du laïc, sous couvert de moralisme, est une démonstration de la nature du régime français. Cette troisième composante, ultérieure au judaïsme et au christianisme assure bien son rôle d’agitateur républicain qui au fond voit d’un très mauvais œil la fraternisation judéo-chrétienne. A vrai dire, le couple formé par Michel Blanc et Catherine Deneuve, comme celui de son petit-fils et d’Emilie Dequenne, la fille de Deneuve, annonce en quelque sorte le mariage des deux communautés. Sans aucun doute que cette analyse ne peut être que référencé par le philosophe juif Franz Rosensweig, dont la pensée réconciliatrice a fait dire : « Juifs et chrétiens sont les deux visages d’une même vérité, et Dieu a besoin d’eux… ».

 On peut se poser des questions quant à la portée prophétique du film, mais ce plaidoyer en faveur d’une réconciliation des deux monothéismes offre une perspective lumineuse, alors que la société semble s’être soumise à un athéisme rigoureux qui emprunte, comme nous l’affirme Paul VI dans son encyclique Ecclesiam suam, à l’évangile, "des formes et un langage de solidarité et de compassion humaine", on peut se demander comment cet écosystème républicain a pu prospérer sur une terre judéo-chrétienne, et c’est alors qu’il faut se poser cette question de ce même Paul VI : « Ne serons-nous pas un jour capables de reconduire à leurs vrais sources, qui sont chrétiennes, ces expressions de valeurs morales ? », Simone Weil, elle même juive converti au Christ, y répondra d’une manière très lucide : " J'ai eu soudain la certitude que le christianisme est par excellence la religion des esclaves, que les esclaves ne peuvent pas ne pas y adhérer, et moi parmi les autres." (1)

Antoine Carlier Montanari

 

(1) carnets

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