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Publié par Alighieridante.over-blog.com

           

 C'est la série véritablement la plus indispensable pour les survivalistes, l'humanité toute entière est infectée par un virus extrêmement virulent. Les effets sont catastrophiques, Rick, le héros, figure tutélaire, beaucoup plus proche de John Wayne que de Moïse, mais du John Wayne de John Ford qui en fait est une autre image de Moïse, va conduire son petit peuple vers on ne sait qu'elle terre promise dont on devine assez rapidement qu'elle n'existe pas vraiment. Certes là, même si nombre de survivants diminue comme peau de chagrin, les nouveaux arrivants n'auront généralement pas le temps de réaliser dans quel pétrin ils sont réellement. Le consumérisme a réduit lentement tout esprit d'initiative, ce sont en quelque sorte des produits arrivés à date de péremption, qui n'attendent qu'à devenir des produits en état de décomposition. C'est le retour à une nouvelle vie primitive et décadente réduite au statut de végétal malveillant. Ces plantes persistantes et carnivores, avec une détermination d'extrémiste, ne seront pas autre chose que l'expression de la déshumanisation. Cette épidémie se révèle être donc l'interprétation de l'état de damnation, désormais matrice de la culture capitaliste. En l'état, il ne reste pour les rescapés que l'obligation de survivre. Si la perspective d'amélioration reste mince et floue, peu admettent cependant que le monde est passé de trépas et que seul Dieu peut désormais rétablir le modèle passé. Cet univers de dégoûtés fait cortège en violant presque tous les interdits, quant à l'espèce contaminée d'en face, elle constitue la vitrine satanique. Cette situation constitue une ethnographie pré-diluvienne, l'humanité est entrée dans un nouvel épisode de surconsommation, le repreneur en chef n'est autre que le diable et sa restructuration tout azimut a recomposé la vie. L'établissement d'une nouvelle vision mondiale s'est concentrée sur le démantèlement des forces sacrées et religieuses, l'enjeu est de taille, l'assimilation globale de l'humanité à son projet de damnation est l'élément de motivation principal du diable. A vrai dire, à partir de là, il n'est rien de plus aisé de départager, chez les survivants, ceux animés par des convictions morales de ceux voués au seul instinct de conservation. La fracture est souvent nette, on n'est nécessairement amené à porter un jugement sévère envers ceux dont l'option du pardon fait encourir des risques majeurs pour le reste de l'équipe. C'est ainsi que les efforts des uns pour rester "humains" se fracassent lamentablement sur les conditions du réel, la loi du talion devient alors la seule loi risible. C'est là l'échec de l'humanité, rester en vie à tous prix entraînent bien trop souvent ceux qui en use à devenir comme des bêtes. Même si la tendance est à l'intensification des forces instinctives, la survie du credo évangélique, tu aimeras ton prochain comme toi-même, on s'en doute, sera revaloriser par les esprits les plus forts, les esprits dotés d'une grande conviction morale. Dans la mesure où les conditions sont réunies pour mettre à l'épreuve les meilleurs dans cette discipline, on se rend vite compte qu'une multitude de motifs rendent caduques les scénarios susceptibles de corriger l'être. Dès que la violence se déchaîne, il est extrêmement difficile pour les survivants de ne pas retomber dans la bestialité. Une partie se comporte d'ailleurs comme tel, refusant tout positivisme ou toute espérance à long terme. Cette tendance psychologique qui succède à une époque athée et nihiliste, perdure lamentablement chez chacun des protagonistes qui ne voient ici qu'un long processus évolutionniste en trouvant comme excuse le fatalisme pour s'y accommoder. L'incursion religieuse est presque divergente, hélas le prêtre de la saison 5 surdimensionne l'image du lâche, il aurait fallu un bon père comme Don Camillo pour espérer redresser tout cela mais les auteurs ont préféré s'émanciper du véritable berger afin de laisser le personnage principal endosser le rôle. Là où John Ford avait institué l'homme de foi comme une branche solide de l'arbre, les mutations sociologiques en ont fait des moutons à cinq pattes, au service d'un relativisme absolu qui a réduit la théologie et la liturgie à une simple formalité. Il est normal qu'à partir de là, l'image du prêtre soit si écornée dans la série. L'église n'est donc plus propriétaire du jugement dernier, toute la dialectique apocalyptique a été chassée du corpus, laissant la semence à la seule exigences des scénaristes. Les prêtres ne faisant plus mention du texte de Jean et l'ayant réduit à quelques fioritures fantaisistes du saint, ont sapé petit à petit son véritable sens pour qu'on y accole plus aucun signe de l'actualité. C'est le même problème avec les apparitions de Fatima, les prophéties n'ont plus le droit d'être citées, c'est à cette indifférence eschatologique qu'est soumis le peuple de Dieu. Ces clartés ne sont plus désormais reprises, de manière allégorique, qu'au cinéma ou sur le câble.
 Mais ces visions de fin du monde ne sont pas pour autant si excessives, elles reposent avant tout sur des perspectives et des prévisions de plus en plus alarmistes. Le passé immédiat a montré que les ténors économiques n'avaient vu ni arrivé le krach boursier de 2008, ni l'effondrement des cours du pétrole, ni même le sévère ralentissement chinois. Tous ces revers économiques additionnés aux nombreuses guerres régionales et nationales dont le Pape François n'hésitera pas à qualifier la situation de troisième guerre mondiale, ont atteint une ampleur jamais atteinte. Toutes les conditions semblent vérifier le texte de Saint Jean et les prophéties de la Salette, de Fatima et de Garabandal. Hélas, le message ne passe pas, l'ocytocine agit avec une efficacité maladive en endormant les neurones qui transmettent les avertissements. Plus aucune information à caractère douloureux ne vient transmettre des alertes de niveau rouge, les cellules du cerveau encore vigilantes demeurent trop peu nombreuses pour espérer tenir en éveil les couches profondes de la conscience. Quelques fibres nerveuses demeurent encore vaillantes pour permettre, au moment voulu, de rappeler précisément la gravité de la situation. Par contre, en parallèle, le réveil demeurera brutal. La force du réel mobilise tout ce qu'elle a de plus fort et aucune analgésie, ni ataraxie n'aura l'élégance de venir apaiser l'âme. La plupart des survivants ont tout de ces caractéristiques, à différents degrés et par couches sociales différentes, ils pénètrent assurément dans une lente euthanasie. Ils réalisent de manière encore plus radicale le taux de négativité qu'a entraîné la législation de la culture du confort. La domestication capitaliste a beaucoup plus qu'on ne pourrait l'imaginer amplifié la tranquillité du "soi" au détriment de tout le reste. Au final, et lorsqu'on étudie plus soigneusement la cohabitation entre les deux races, l'une d'elle se comporte comme une foule en colère, et bien qu'elle soit le résultat d'une dégénération biologique, elle agit comme un seul et même organisme hyper agressif. En quelque sens l'étude de ce comportement devrait servir d'expérience instructive pour mieux comprendre les théories de Gustave le Bon sur la psychologie des foules. En effet, il est bien probable que les sociologues s'accorderont sur le fait que les foules impatientes de profiter des soldes du vendredi noir aux États-Unis, préfigurent ce morts-vivants friand de chair fraîche. Ce retour au primitif nous renvoie au long inventaire de péchés qu’a souscrit l’humanité au temps de Noé.

Antoine Carlier Montanari

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