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Publié par Alighieridante.over-blog.com

                                               

 La série Fear The Walking Dead nous met face à une réalité fantasmatique qui constitue, en partie, une initiation à l'apocalypse de St. Jean. L'église abandonnée servira d'incubateur viral pour transmettre à toute l'humanité, via une femme, un virus extrêmement dynamique qui transformera tour à tour les vivants en morts et les morts en vivants. Cette jeune femme blonde qui mange le visage d’un homme, fait certainement référence à ce cas de cannibalisme qui s’était produit à Miami en Floride le 29 mai 2012. Un homme nu avait été effectivement pris en train de dévorer le visage d’un SDF. Cette attaque, selon la police, pourrait être due à un nouveau type de LSD, une drogue synthétique. Si l’histoire s’inspire d’un fait réel, la jeune femme peut-être tout autant la représentation d’Eve en train de manger du fruit de l’arbre défendu. Cette lecture religieuse nous permet de reconstituer la propagation du péché à travers la propagation du virus. La croix presque renversée du maître autel servira de symbole eschatologique à une histoire de fin du monde consumériste. Ce passage peut rappeler le prince des ténèbres de John Carpenter, réalisé en 1987. Cette résonance infernale décrite par Saint Jean sous la nomination de l'église de Laodicée, nous fait redécouvrir la signification chrétienne de la fin des temps. Le croyant éclairé saura retrouver, à la toute fin du deuxième épisode, les convenances spirituelles adéquates en cas de malheur, en effet, la femme du barbier, en bonne catholique, nous rappelle l'importance de la prière. Or, semblable mesure dans une société comme celle des États-Unis, réussi à nous sortir de l'atmosphère matérialiste pour nous permettre de distinguer la fracture morale du monde. C'est là que commence précisément l'horreur, le châtiment va s'accomplir progressivement pour départager les élus des réprouvés. Si ce n'est que les morts-vivants constituent le gros des troupes, leur appétit insatiable consolide un univers de consommateurs très voraces, qui ont pour premier commandement, tu convoiteras la chair de ton prochain. Il fallait, dans ce cas-là, traduire savoir manger plutôt qu'aimer ou même savoir tuer plutôt qu'aimer. L'ensemble de ce corpus représente à lui tout seul le peuple des damnés, hormis le lac de feu le théâtre des opérations est tout voué à la destruction. On pourrait se réjouir d'une anticipation si ambitieuse, le monde sait que pareil monde s'exhibe naturellement lorsque les conditions du réel le permette. Et les conditions sont véritablement là, la situation mondiale est déjà bien rongé par les guerres et la crise économique. S'il fallait comprendre le pourquoi du comment, les annonces prophétiques sont désormais l'apanage du cinéma et des séries, il y a longtemps que la science journalistique a déserté le devenir. Désormais, pour voir l'avenir, il est préférable de renoncer à la seule visibilité de l'immédiat, annoncer le pire est donc devenu la principale activité des scénaristes hollywoodiens. On pourrait se demander s'ils ne prophétisent pas avec une redoutable efficacité tant le monde ne parvient plus à freiner ses déboires. Fear The Walking Dead est belle et bien placée dans la compétition pour le titre de la meilleure série pré-apocatastase, ses concurrentes ont également un bel argumentaire apocalyptique et il faut dire qu'au rapport des conditions exceptionnelles du moment la série nous prépare aux conséquences presque inévitables d'une politique mondiale du péché.

Antoine Carlier Montanari

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