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Publié par Alighieridante.over-blog.com

                   

 Votre analyse parue dans le monde du 26 décembre est, pour ma part, sensiblement relativiste, très convenu, du moins si on considère la qualité de la plume qui l’a écrite. A vrai dire, parmi toutes les opinions concernant le sujet, la vôtre m’est apparu comme un investissement à moindre risque, pour certains c’est un signe d’apaisement, pour d’autres c’est un signe de tiédeur. C’est de bon ton, pourrait-on dire, la dialectique s’appuie sur les reliques de l’anti racismes socialiste, ce schéma œcuménique est subtil quand il s’agit de cryogéniser l’esprit critique. Après tout, il faut pouvoir admettre quelques notions particulièrement nerveuses comme le réductionnisme littéraire pour s’appuyer, en arrière fond, sur les auteurs tels que Marx, Freud, Nietzsche ou encore Darwin. On exige pour ces cas-là, une solide ouverture d’esprit, à chacun ses choix, pour ma part ces seigneurs de guerre ne m’ont rien appris d’aussi formidable que l’enseignement du Christ. Je dis cela parce que ces théologiens ont profondément corrigé la raison, la faisant passer pour l’étendard du matérialisme. Après cela, la raison, en bonne mégère, fut toute entière tournée à démonter tout monothéisme. Descartes et Pascal, quoique raisonnables sur la question, furent chargés, malgré eux, de porter haut les vices et les vertus de la raison. A cela, on a tu leur intérêt pour la question divine, après tout les républicains avaient bien compris qu’il fallait opposer la raison à la foi ! J’ai volontairement bifurqué dans ce sens, j’ai senti que vos mots sentaient le roussi, certes ce n’est pas dit clairement, c’est en dessous, derrière, ça se cache comme toujours et ça sort comme une couleuvre qui part chasser. A vrai dire, l’homme d’après les lumières, est quelque peu désaxé, il n’est pas touché par cet esprit supérieur que Pétrarque encens dans la bouche de Cicéron. Ce dont il s’agit ici, avant la simple critique du Dieu en colère, c’est l’incapacité de comprendre cette phrase de la Divine comédie qui ouvre le chapitre III de l’enfer : « Ce sont la première sagesse et le premier qui m’ont créé ». La phase la plus effroyable de la littérature mondiale nous dit le philosophe allemand Peter Sloterdijk (1). Avec ces mots le diable reconnait d’office le Dieu unique, lui le maitre révolutionnaire que l’on adore dans les loges sous le nom de Lucifer (2), le même qui a initié les lumières à sa cause entrainant à leur suite la république une et indivisible. Le mercantilisme républicain constitue un corps colérique spécialement tourné contre le Dieu d’Abraham, au bout du compte, il faut évacuer les trois corps monothéistes. C’est pour cela que vous dîtes le plus tranquillement possible : « les églises et les synagogues sont porteuses, malgré elles, à des degrés divers, des valeurs républicaines issues des lumières : rationalité, respect de l’autre, liberté de conscience ». Non, c’est le dépôt chrétien qui est à l’origine des Lumières, la république laïc est un calque du catholicisme, c’est seulement de nos jours que la mémoire travaille à l’envers. Etrangement, les républicains ont un système d’exploitation évangélique, mais refuse de regarder Dieu en face !

 Comprenez, avant que vous me mettiez dans la case qu’il faut, le juif est né de Moïse, le chrétien est né de Jésus et le musulman est né de Mahomet, quant à l’athée il est né de ces quatre docteurs cités plus hauts. J’ai pour habitude, suivant une bonne vieille méthode intellectuelle, de juger un arbre à ses fruits. Vous êtes très en retard sur Charles Baudelaire, Simone Weil et surtout René Girard, la seule loi du Christ a inversé la spirale sacrificielle du monde, la guerre est une loi naturelle nous dit Jünger (3). Le nihilisme absolu dont nous parle Nietzsche, la loi du talion des juifs et des musulmans ne peut se conduire de la même manière que le crédo chrétien : « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux… » (Matthieu 7-12). Il y a quand même une différence fondamentale, qui fait dire à René Girard que l’alternative évangélique nous garantit la non-violence dans la mesure où elle suit à la lettre la parole du Christ à Pierre : « Remets ton épée à sa place ; car tous ceux qui prendront l’épée périront par l’épée ». (Matthieu 26,52). Ne me sortez donc pas les quelques épisodes odieux qui ont pu se manifester sous le règne chrétien pour arrondir ceux de l’Islam radical. Cette pratique révèle les hypocrites, eux-mêmes vivent en terre chrétienne qui accueille des musulmans qui sont venu en terre non musulmane pour trouver la paix et la prospérité. Je vous ai dit que l’on juge un arbre à ses fruits, l’implacable réalisme nous rappelle que le monde musulman est en guerre, Israël est au centre, et ne tendra certainement pas l’autre joue. Quant à l‘occident qui ne conserve de son christianisme que ses églises, a depuis 1905 initialisé le concept de guerre mondiale !

 Une fois qu’on se sera penché sérieusement sur la question ambiguë de la violence dans la théologie coranique, les historiens s’appuieront certainement sur le déluge de documents qui auront nourri les médias pendant tout le temps qu’aura duré la guerre sainte. On aura vite compris, images à l’appui, que l’islam n’est pas une religion comme une autre. Dans l’ordre croissant de la colère, elle aura vite fait de mettre d’accord les historiens. Je cherche ici à améliorer l’argumentation, bien entendu l’amalgame est à éviter, la pédagogie officielle a largement repris la phrase du Christ, tu aimeras ton prochain comme toi-même, on ne serait qu’acquiescer. Cependant ’il y a quand même une différence entre idéalisme et réalisme, on a besoin, afin d’établir un bon diagnostic, de s’appuyer sur le réel, dans ce cas le Christ a peut-être raison de dire « des pleurs et des grincements de dents ». C’est la trace du péché dont parlait Baudelaire et que Howard Bloom a nommé Principe de Lucifer. La situation est donc explosive, une fois que le sacré s’y est mêlée, la violence n’est plus une affaire personnelle. Des forces monumentales sont à l’œuvre, là où on proclame partout le règne du non-sens, là revient en force le transcendant. C’est là que se situe, à mon sens, la véritable crise du monde. Si l’on admet cette réalité, la lutte qui en découlera entrainera immédiatement un conflit d’une autre envergure que beaucoup appellent Apocalypse ; c’est l’insoutenable puissance militaire et technologique mondiale accouplée à l’hyper violence djihadiste et nihiliste qui engendreront une possibilité complète d’anéantissement. Le calcul de René Girard est solide, s’éloigner du message évangélique conduira irrémédiablement l’homme à sortir l’épée.

 Dans cette situation-là, à considérer que l’occident, et je fais là abstraction des ultra nihilistes révoltés, encore installé chaudement sur le modèle judéo-chrétien, veuille bien fermer les yeux, le cahier des charges musulman, lui, aura vite fait de remettre ses troupes en marche. Le code juridique dicté par Allah fait dire par la bouche de son ange à Mahomet que « Nul autre que lui ne peut interpréter le coran. » (sourate3, verset 7). Pour un républicain c’est presque odieux, après tout, pour eux la religion doit être compatible avec la modernité. Ça, c’est de caractère insidieux pour les cadres salafistes, de leur point de vue il faut lire le coran au premier degré, rappelez-vous le texte sacré, nul autre qu’Allah ! Je crains que dans cette position-là vous ne soyez un peu juste ! Il est donc impossible de réformer l’islam sans passer par une désintégration de la sourate en question! Je comprends bien qu’après, les mots justes soient difficiles à écrire pour expliquer ce qui est en train de se passer à l’échelle mondiale. Les lumières avaient cru s’être débarrassés de la question divine, elle leur revient en pleine « gueule » avec un Dieu vengeur ! Le spectacle ne fait que commencer, ils ne tendront jamais l’autre joue, quand ça va décaper rouge, au regard de millions de musulmans qui vivent parmi nous, je crains que l’on soit dans l’incapacité de faire le tri !

Antoine Carlier Montanari (commentaire suite à l'article de William Marx paru dans le monde du 26 décembre 2015, intitulé "L'islam n'est pas terroriste par essence.", commentaire envoyé à l'auteur sur sa boite mail)

 

(1)  Peter Slotedijk, Colère et Temps

(2)  Jean Kotska, Lucifer Démasqué

(3)  Ernst Jünger, La guerre comme expérience intérieure.

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