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Publié par Alighieridante.over-blog.com

                

  Le film d'Alfonso Cuarón fera certainement plaisir à tous les évolutionnistes. Sans en avoir l'air, le réalisateur réarme tranquillement et très subtilement l'argumentaire darwinien. Observez bien, la station spatiale chinoise entre dans l’atmosphère terrestre avec à son bord la dernière survivante jouée par Sandra Bullock. La station se disloque en plusieurs morceaux, à la suite, les débris se transforment tour à tour en projectiles incendiaires, on assiste là à un véritable déluge de feu. Dans de telles conditions il est difficile pour l'héroïne de s'en sortir, son engin finira pourtant sa course dans la mer. Dans les scènes suivantes, le réalisateur reproduit la transition qui mène la vie de l'océan a la terre ferme. Sandra Bullock, sort de sa capsule immergée et nage jusqu’à la surface pour se laisser entrainer vers le rivage. Une fois sur la plage, épuisée, elle reprend son souffle, se redresse difficilement et progresse en marchant péniblement vers la nature luxuriante. Pour rendre plus efficace l’allégorie, le réalisateur, caméra au sol, s’attarde sur le corps qui se redresse de Sandra Bullock, c’est ici l’image du singe qui se met debout sur ses deux jambes, la représentation est remarquable, il faut absolument revoir la scène pour s'en rendre véritablement compte. Alfonso Cuarón a reconfiguré à sa manière le cycle évolutionniste que la scolastique moderne a tant de fois schématisé. Les différents stades de l'évolution, de la cellule apparue dans l'eau jusqu'aux premiers singes, puis au redressement dorsal de l'homo sapiens. Non seulement la vision cinématographique singe la théorie évolutionniste mais les différents dérèglements qui ont surgi à bord des stations spatiales, générés eux-mêmes par une suite successive de défaillances humaines ne font que souligner cette suite d'erreurs qui auraient engendrées finalement la vie sur terre. Mais le réalisateur ne s’arrête pas là, il esquisse une autre théorie, toute aussi révolutionnaire. Le spectateur ne se doute absolument pas qu’Alfonso Cuarón suggère que l’apparition de l’homme sur terre provient directement de l’espace, qu’il aurait été déposé là par d’obscures circonstances. Il y a une scène d’ailleurs assez significative et suffisamment mystérieuse, à la 39ème minute, Sandra Bullock, à l’intérieur de la station spatiale, se découvre, le plan se fige, il va durer en tout et pour tout 1 minute. Devant le hublot, l’héroïne prend la pose fœtale, un lien flexible fait office de cordon ombilicale, la scène entière reconstitue l’image de l’enfant à naitre. De là, et précisément à cause de cette scène, le réalisateur renvoie au fœtus spatial de 2001 l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick. C’est l’affirmation selon laquelle l’espace nous a enfantés, en quelque sorte c’est le berceau de l’humanité. Il n’y a rien d’extraordinaire à cette pensée, si l’on tient compte que Dieu a créé le monde et tout ce qui y vit en sept jours, on peut raisonnablement imaginer qu’Adam a bien été déposé sur terre et non pas né sur terre. Mais Alfonso Cuarón évacue la genèse et tout ce qu’elle implique, il ne laisse d’ailleurs aucun indice qui le laisserait penser. Il se focalise sur la théorie extra-terrestre dont les droits nient en bloc ce qu’implique la genèse, Kubrick lui sert de miroir, la scène de la 43ème minute est là pour le démontrer, Sandra Bullock observe la terre à travers le hublot, tout comme le fœtus de 2001.

 Visiblement Alfonso Cuarón projette ses convictions avec un regard extrêmement précis. Le réalisateur est mû par un credo matérialiste, contrairement à son prédécesseur, ses convictions n’ont pas la même portée spirituelle, voyez-vous c’est là la grande différence entre les deux réalisateurs, il semble qu’aucune réalisation actuelle ne puisse être capable de surpasser le chef d’œuvre de Kubrick. Mais là, c’est une autre histoire, pour en revenir à Cuarón, il signe donc ici une ode à l'évolution et au hasard, son nihilisme prégnant emporte l'adhésion par la qualité du spectacle, et quoi qu'on en dise, la manière dont il formule sa vision des choses ne permet pas de penser le contraire.

Antoine Carlier Montanari

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