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Publié par Alighieridante.over-blog.com

                         

 Heidegger nous parlais " du pouvoir monstrueux du négatif ", cette appellation se décharge du mot mal, comme si Heidegger voyait le mal comme une soustraction faîte au bien. Pour beaucoup le mal est une équation égale à 0. Si l’on tient compte du calendrier planétaire, le 0 dont je parle est le 0 correspondant à la naissance du Christ, à cette date c’est l’annihilation du mal. Comprenez, pour la première fois le calendrier est marqué du sceau de la vie. Si l'on reprend les mots de Dante, le mal à sa tanière dans une forêt sombre, c'est là l'image poétique du mal. La panthère, un peu plus loin, devient aussi cette image, c'est une forme animale du mot mal tant le déterminisme biologique qui nous anime nous rend animal quand nous le laissons devenir maitre. Cet espace auto stimulé par toute une série de puissances hormonales affecte le cœur et la raison de manière radicale, elle peut devenir très rapidement possessive et faire de la volonté son propre sujet. La panthère, vous l'avez compris, est l'expression du prédateur. Jadis, Nicolas Machiavel, nous avait raconté une petite histoire du mal avec une " très plaisante nouvelle du démon qui prit femme". En ce qui concerne le mal, Machiavel l'a historicisé, il est d'ailleurs un peu comme Heidegger dans cette affaire-là, le mal, pour lui, est d'avantage l'expression de la mauvaise manière. En cela, cerner la véritable nature du mal peut s'avérer un exercice compliqué, en effet, l'étude nous expose à une multitude de conflits internes dont la confusion est celle qui demeure la plus efficace. C'est pourquoi il faut aller chercher au cœur, le mal a sa propre entité. Pour le découvrir, je dirais qu'il y a deux livres, sinon plus, mais deux livres qu'il faut avoir lu impérativement. Le premier est Confessions du Père Gabriel Amorth, le second Lucifer Démasqué de Jean Kostka. Ces deux ouvrages assument l'expérience, on a réellement à faire à une présence maléfique agissante. Du côté du cinéma, l'Exorciste de Friedking, réalisé en 1973, apporte une référence visuelle au thème, on est entré dans l'observation du mal. L'approche est dynamique, magnétique, critique, l'image ambitionne une nouvelle renaissance, à l'ère des lumières c'est l'affichage en mouvement du réel. Ce réel, pour Charles Baudelaire, c'est le soleil qui dessine, à l'œil, la pellicule du photographe est un négatif, c'est ça le pouvoir monstrueux dont parle Heidegger, il faut la lumière artificielle pour repolariser l'image. C'est la confusion sur le négatif, la lumière est ténèbres et les ténèbres sont lumière. L'œil affecte la pensée, c'est psychologiquement troublant, Bernanos a appelé ça Sous le soleil de Satan. Le pauvre Depardieu, en curée, sous la caméra de Maurice Pialat, est totalement hypnotisé. Pour Jules Doinel, sous le pseudo Jean Kostka, ancien Franc-Maçon, c'est l'illumination diabolique, c'est une bienveillance accordée au grade de Rose-Croix. C'est l'adoration luciférienne extatique, la rose jaillit de la couronne d'épines, c'est un romantisme écarlate dont la règle est d'inhiber les effets de la crucifixion. La hiératique satanique est une ordonnance sur mesure, qu'aucune intuition laïque n'est en mesure de comprendre. L'organigramme républicain n'est pas de taille intellectuelle pour emmagasiner une telle charge, c'est avant tout l'affaire d'une poignée d'individus psychologiquement révoltée. C'est pourquoi la colère est la seule force puissamment taillée pour rebâtir Babel, c'est à cela que servent le tablier bleu, l'équerre et le compas. Beaucoup n'a pas compris, l'intensive révolution antimonarchiste est perçue comme une libération politique mais elle fut d'abord un combat contre le Roi, le Père, Dieu. Le modèle historique traditionnel est tombé en disgrâce et la valeur démocratique a totalement galvanisé les foules, et la dimension ultra capitaliste a fini par enfoncer le clou. C'est dans cet ordre que c'est fondé l'ordre maçonnique, ces différentes victoires ont réévaluée le modèle Achille, la colère est devenu le principal moteur énergétique du monde. Dieu est mort sur la croix, l'idée a fait son chemin et nos amis Darwin, Freud, Marx et Nietzsche ont embelli l’affaire. Que s'est-il passé pour qu'on en veuille autant à l'ordre chrétien? En fait on n’a pas supporté le pardon, le cycle judaïque n'a pas aimé le "tendre l'autre joue", en cas de forte chaleur le Dieu de Noé finissait toujours par punir les ennemis d'Israël! Mais Dieu a changé, il s'est fait chair, et a tout pardonné ! Là, c'est trop, la méthode est trop anesthésiante! Vous comprenez maintenant la rose sur la croix? Il faut effacer l'amour inconditionnel du Christ. Tout naturellement le Dieu en colère de Moïse retrouve sa place, le croissant a repris les codes judaïques et sa loi du talion, on est désormais entré dans l'ère de la vengeance et aucune lessive adoucissante ne sera en mesure d'adoucir quoi que ce soit. La guerre est une loi naturelle, Jünger a toujours eu raison, sa phrase est désormais revalidée, le cycle troyen est donc réactualisé! A ce rythme les dégâts vont se propager très rapidement, mais pas trop vite tout de même, le diable a intérêt à retenir sa colère, c'est là, pour lui, un défi de taille! Mais c'est là aussi sa nouvelle manière de procéder, il faut absolument qu’il maintienne intacte quelques forces pour l'assaut final. Trop de décharge colérique entrainerait inévitablement une surchauffe mondiale qui réveillerait les consciences. Il y a trop d'âmes à perdre avant, c'est là la juteuse affaire, prendre à Dieu autant d'âmes que possible, c'est rendre inefficace la Croix. Il faut donc mettre le feu aux poudres et retarder la combustion de la mèche. L'ordre de bataille implique, comme le souligne Peter Sloterdijk (1) une négociation de la colère. L'humanité doit donc dormir sur ses deux oreilles, cela exige un bon laxatif, l'explosion de la colère doit s'opérer ponctuellement et graduellement. Pour prendre exemple, cette dimension rétentive de la colère est très clairement exprimée dans le second opus d’Halloween de 1981, écrit par John Carpenter. Donald Pleasance qui joue le docteur Samuel Loomis explique à l’adjoint du shérif l’extraordinaire patience du tueur Michael Myers : - « Il a attendu avec une extraordinaire patience. Il avait une force en lui qui lui permettait de se contenir. L’équipe médicale s’est habituée à son immobilité et à son silence. Sur plusieurs plans on peut dire qu’il était le patient idéal sans un geste sans une plainte, sans même un mot, mais il attendait. Les infirmiers ne pouvaient pas imaginer qui il était réellement. » Cet ajournement de la colère reporte la charge offensive à une date ultérieure. Ce devoir de mémoire range momentanément la colère. Cet assouplissement du présent rappellera à l’ordre l’amnésique en temps voulu. L’élan sacrificateur chargé à bloc, va se décharger rapidement. C’est un rite guerrier, remarquablement soigné qui figure d’ailleurs dans tous les bons manuels de guerre. La remarque de Samuel Loomis, dans le premier Halloween, avait déjà initialisé le concept : « Shérif je l’ai bien observé pendant quinze ans, il était dans sa chambre, il fixait le mur qui était devant lui sans le voir. Il ne voyait pas le mur, il voyait cette nuit-ci, totalement robotisé. Il attendait devant moi le signal secret et silencieux qui allait le mettre en marche… il s’est sauvé, il s’est sauvé, le mal est en liberté ». Ce rapport cinématographique modélise la dynamique de la patience à long terme, ce facteur comportemental va d’ailleurs amplifier l’adage « prendre son temps ». On est contraint d’en abuser pour crédibiliser l’image du « méchant ».

 Dans l’histoire, cette domestication du ressentiment sera honorée par Vladimir Oulianov, alias Lénine. La combustion a opérée après la condamnation à mort de son frère Alexandre pour tentative d'assassinat du Tsar Alexandre II. Lénine prit acte et corrigea la manière : " Nous ne suivrons pas ce chemin-là.". Lénine prépare le terrain pour la grande combustion, la révolution arrive et Staline assène à ses collaborateurs : «Choisir la victime, préparer soigneusement le coup à donner, assouvir inexorablement sa soif de vengeance, et puis aller dormir... Il n'est rien de plus doux au monde.". Lénine meurt, une rumeur a circulée, évoquée par Trotski lui-même, Lénine a été empoisonné par Staline. C'est le début de la grande arnaque, la méthode est efficace, Staline a pris le pouvoir. La forme historique traditionnelle a changé, c'est l'heure de la rationalisation politique de la colère. L’empire profane a développé une lourde autocratie révoltée et absolument négative, la formulation communiste a ionisé le noyau chrétien et stérilisé du coup sa charge rédemptoriste positive. Heidegger a donc raison quand il parle du pouvoir monstrueux du négatif.

 Le dossier est lourd, Lucifer joue les patients, il a de quoi faire avant la phase finale qui ne se répètera plus jamais. L’apocalypse, un point c’est tout, un point final, Dieu sifflera la fin de la récréation ! Le feu doit être attisé avec parcimonie, c’est l’enfer tout entier qui doit être lâché en temps et en heure. Avant cela, l’opération colérique doit être minutieusement calibrée, la révolte des peuples doit être orchestrée graduellement. C’est la nécessité d’investir dans le long terme, les fonds vont être transférés régulièrement pour construire un ordre mondial tout entier dédié à l’orgueil. C’est l’étoile noire, Palpatine en est le directeur, l’imperator en capuche noire est un dieu du tonnerre. Le jeune Jedi, Luke Skywalker, est en pleine tourmente, sa tension grimpe. La flotte rebelle se fait écraser tandis que le solide vieillard joue avec ses nerfs. Ça monte, l'impulsion colérique est en passe de prendre le dessus. Le calme olympien de l'empereur travaille à nourrir l'impatience du jeune Jedi. L'émulsion fonctionne, Luke se déchaine contre Dark Vador, ce sera la mort du père. Le temps est reconfiguré dans le sens opposé au Christ, on tend vers son contraire, vers l'antéchrist, celui prophétisé par Jean sur l’ile de Patmos. James Cameron s'en est inspiré dans son Terminator de 1991. C'est le jour du jugement, sous-titre-il, comprenez, c'est le jour du jugement dernier. Les Terminators sont tout autant l'image des cavaliers de l'apocalypse. Le réalisateur ne croit pas si bien dire, c'est un autre Jean (John Connor) qui se trouve être la clé du système. La formule fonctionne, l’apocalypse semble donner des idées, quelques années plus tôt, en 1987, le Prince des ténèbres de Carpenter fait son entrée. Le réalisateur annonce l’antéchrist, son apparition dans une église réactualise la prophétie chrétienne. Le prêtre joué par Donald Pleasance, fait progresser l’archétype bipolaire du bien et du mal, déjà initié en 1973 par l’Exorciste. On assiste à l’émergence du catholicisme comme véritable force capable d’annihiler le diable. Cependant cette banque de données ne servira même pas de divan psychanalytique, le spectacle agit sur les affects comme la lumière d’une baudroie abyssale. Le Mélanocetidés agit comme le projecteur dans une salle obscure. C’est une autre réalité, c’est la réalité telle que nous la rêvons (2). C’est aussi la réalité de Simon le Mage, celui qui séduisit les foules par ses tours de magie, c’est un acteur, un magicien, un illusionniste. Les francs-maçons s’en inspire, la gnose martinisme est la pierre angulaire de la doctrine luciférienne. C’est l’édification du mensonge, les frères lumières prennent part au feu d’artifice, vous allez en avoir plein la vue ! Dès lors, comme Roland Barthes le pensait, le formol cinématographique agit comme un fondamentalisme doux. Cette entreprise d’hyper suggestion va n’avoir de cesse de retaper le modèle hyper actif de la violence. C’est l’emphase accélérée, le curseur signalétique embrase sans modération le cerveau droit. Les affects sont surentrainés et s’excitent à la moindre formation sentimentale, c’est la révélation des lumières. Cette nouvelle doctrine inspirée par les frères maçons, va atrophier la raison et la foi. L’auto entreprenariat des idées va alors connaître une croissance affolante, les prétentions individuelles vont consolider une multitude de petites vérités dont le socle aura été nourri par autant de suggestions cinématographiques. Le désir est le centre névralgique de l’individu, il veut et pousse ce verbe au trône intérieur, c’est l’apologie du soi rayonnant. Le narcissisme est l’individu supérieur avec les habilitations officielles, du reste, cette authenticité morale est parvenu, grâce à une extermination de la prière, à se prendre pour un vecteur messianique. Avec toutes ces libations audiovisuelles, c'est l'acharnement du faux sur le réel. La méthode scolastique médiatique frôle la toute-puissance professorale, on assiste même à une véritable spoliation de la connaissance. Ça veut le contrôle total, la méthode ordinaire semble désuète, incapable de freiner l'automédication mentale opérée par le téléspectateur. L'écran aspire toutes les énergies, jadis, la prière opérait ce transfert pour le compte du divin, le silence fonctionnait comme une batterie à recharger. Aujourd'hui toutes les tensions sont assimilées via le poste à images. L'usage de l'oraison a été dissous et métamorphosé dans un dialogue de sourd avec l'écran. L'opération s'est inversée, le champ électro-numérique transvase désormais ses flux énergétiques vers le consommateur. C'est une forme de retour en grâce, ici, le diable est l'opérateur en chef. La bête média, matrice ombilicale, mère imitatrice, qui, minutieusement écrit tous les dossiers individuels, a effacée le dépôt original. C'est l'organisatrice de la mémoire collective, à l'image de sa mère Gorgone, elle va constituer son palais de vies pétrifiées. Cette bibliothèque va offrir une nouvelle alliance, laquelle ne tardera pas à mettre en boîte ce peuple nouveau afin de conjurer le principe actif de la grâce. L'idée est de différer le temps qui passe par un trompe-l’œil bien enflammé. L'attente, sous ce nouveau règne, sera comme un joujou pour l'enfant. Familièrement ça ruine toute discussion et engendre des tumeurs nerveuses surexcitées disposées à en découdre. C'est la confection de l'impatience, en l'état de gestation, le spectateur devient un cobaye enchaîné à des artifices colorés. On est en plein marasme infantile, l’homme garçon est en train de transformer le monde en un parc d’attraction où les manèges sont là pour faire croire que le monde tourne bien rond. Philippe De Villiers, désespéré du roman national, constituera, à défaut de pouvoir le sauver, une histoire de France bien empaquetée à vocation durable. Le combat a été largement abandonné et le Puy du Fou demeure le lieu privilégié des nostalgiques. Depuis, d’ailleurs, le vaisseau fantôme n’a pu empêcher la désintégration morale de la nation, les forces opposées se sont même accaparées l’idée afin d’engrosser leurs fortunes. C’est le spectacle assuré, les réservations vont bon train, la grande opération commerciale a multiplié les prestations de services, l’idée est à la hauteur, c’est la performance la plus remarquable depuis la tour de Babel. Je dirais qu’au milieu de cette grande kermesse, les désirs ont établis leur camp de base. Au point le plus élevé ils y ont même constitué un immense trésor de guerre, à savoir une vaste accumulation de déchets sentimentaux. C’est l’occasion de produire un modèle planétaire de satisfaction. L’incubation a fait absorber de la niaiserie en quantités anormales, avec des cas extrêmement graves de dégénération. Pixar nous a gratifié d’un doublé mécanique, hyper propulsé qui pense et qui parle (3), dont la portée idéologique stagne comme un nuage en plein été. L’exigence est à vrai dire ici très spectaculaire, le dénominateur commun de ces œuvres à caractère bienveillante est exclusivement tourné vers l’abêtissement des masses. C’est dans l’esprit du temps, les tous petits sont littéralement happés dans ce déluge de couleurs « bonbons ». L’organigramme mercantile a pensé à tout, on s’est penché sur la toute-puissance du sucre chez l’enfant et l’on appliqué en série sur les produits visuels. C’est style tragique pour les sociétés traditionnelles, les références ne sont pas les mêmes, la formation des enfants passe par une plus haute estime du monde. Dans cette histoire-là, Lucifer est à la manœuvre, le jeu pratiqué sabote la pédagogie de grand-mère, les anciennes forces narratives ont été défénestrées. C’est l’apologie de l’appareil digestif, le méchant a dégusté Mère-grand jusqu’à la dernière goutte. Dans la version de Charles Perrault la fin est encore plus cruelle, le petit chaperon rouge finit par être dévoré. Le rouge est ici annonciateur de la mort, dans sa version orale et originelle le cannibalisme fait son apparition, le loup en fausse grand-mère invite à sa table le petit chaperon rouge et lui donne à manger et à boire. La viande et le vin servis ne sont en fait que les restes de Mère-grand. Par la suite, les frères Grimm vont faire évoluer le récit en faisant intervenir un chasseur. Celui-ci délivrera la fillette et sa grand-mère en ouvrant le ventre du loup. L’apaisement narratif opéré améliorera l’adage « manger ou être mangé ». La leçon est bonne, chez l’enfant, les positions reculées de sa psyché assimileront cette redoutable loi naturelle. Cependant l’histoire nous comte également le dessein du loup. Son comportement rappelle tout à fait celui de Staline, pour rafraichir la mémoire : «Choisir la victime, préparer soigneusement le coup à donner, assouvir inexorablement sa soif de vengeance, et puis aller dormir... Il n'est rien de plus doux au monde.". Et que fait le loup sinon la même chose. « Sa voracité satisfaite, le loup retourna se coucher dans le lit et s’endormit bientôt, ronflant de plus en plus fort. Le chasseur, qui passait devant la maison l’entendit … prit des ciseaux et se mit à tailler le ventre du loup endormi. »(4) Il faut admettre que cette histoire a de la « gueule », cette métaphore sanglante capitalise sur le réel et les perspectives tragiques du monde. Il s’agit de décortiquer le sens de la vie et de la mort, dans cet ordre, aboutir sur une fin heureuse rétablit la prédominance du bien sur le mal et donc du pardon sur la vengeance. Ici le chasseur représente la justice providentielle, le loup se sentant le plus fort a cru que son geste resterait sans conséquence. Depuis le meurtre de Caïn l’homme est autorisé à tuer l’animal et à manger sa viande, cette trace du péché fait ressurgir la part animal de l’homme. La panthère qui surgit au passage de Dante, c’est la forme animale du mot mal, c’est aussi l’empreinte de cette forêt épaisse que l’auteur de la Divine comédie traverse avant de voir poindre la bête (5). Le rapport est éclatant, si nous reprenons les mots du petit chaperon rouge à la toute fin du comte : “ Jamais plus de ta vie tu ne quitteras le chemin pour courir dans les bois… ». Chez Dante ça donne ça : « Au milieu du chemin de notre vie, ayant perdu la droite voie, je me trouvais dans une forêt obscure. » (5). Si le loup peut-être apparenté à la panthère, le chaperon rouge peut évoquer le rouge habit capuchonné de Dante. Les similitudes sont flagrantes, au chant XIII de l’enfer, c’est dans la forêt des suicidés que du sang sort d’un tronc. Au chant XIV : « … de la forêt, sourd, un petit fleuve dont la rougeur me fait encore frissonner. » Le sang est donc une valeur spéculative, employé ici comme la figure emblématique de la mort. Sans trop déraper on peut faire allusion au film Christine de John Carpenter, de 1983. Le véhicule écarlate est porteur de cette présence maléfique que l’on trouve dans l’Exorciste de Friedkin. Globalement le cycle de la possession trouve son rythme, l’économie maléfique a le vent en poupe et les réalisateurs soignent leur entrée en matière. C’est l’apprentissage ésotérique, la hiératique chrétienne va propulser les animateurs dans la gueule luciférienne, savamment finalisée dans la série Hannibal.

 Et pourtant, aujourd’hui, on a tiré aucune des leçons, on est confronté en masse à toute une série d’histoires infantiles et burlesques qui font fonctions d’accumulateurs de bouffonneries. La voiture rouge de John Lasseter est le modèle adéquate, on a atteint ici certaines limites, ça nous donne envie de serrer les poings et de tout fracasser. Le rouge de « cars » est le seul dénominateur commun avec notre petit chaperon, cela suffit amplement, l’histoire de ce véhicule est la commémoration du mercantilisme. D’ailleurs, Wall-e, a fait de ses géniteurs de véritables hypocrites, la quantité effrayante de produits dérivés qu’ils produisent suffit à faire l’éloge du matérialisme. Ce folklore visuel, au bout du compte, établit sa propre éthique psycho économique en forme de projet hyper concentré de nihilisme. C’est dans cette harmonie capitaliste que Satan pratique le mieux son art. Toute cette culture fait croire qu’il y a quelque chose de supérieur, nous dit René Girard (6), qu’il faut l’attraper et qu’il vous satisfera enfin. C’est véritablement un piège à con, c’est la démonstration pratique qui conduit à la dépression, à la névrose puis au suicide. Une fois ces âmes parties en fumée, le processus incendiaire fonctionnera à plein régime, il y a tout un tas de collaborateurs zélés prêt à faire fortune ! Il n’en reste pas moins que la conscience moderne n’a jamais autant consommé de ragout d’agneau. A écouter la morale du petit chaperon rouge, il vaut mieux être le chasseur, toutefois la figure masculine de ce dernier, qui s’oppose à l’autre figure masculine qui est le loup, symbolise la présence du père et donc de Dieu, le loup, quand à lui symbolisera le diable. La délivrance du chaperon rouge et de sa grand-mère peut être interprétée comme la main de la providence.

 Une fois que la justice divine s’est orientée dans ce sens, le récipiendaire colérique est un condamné à mort. Tout naturellement le diable va déployer toute son ingéniosité pour multiplier les cas. Dans la mesure que le récipiendaire meurt bien chargé de colère, le diable est assuré de gagner cette âme. C'est donc elle que toute la décharge va dégommer, c'est une extermination prioritaire. La colère divine entraine irrémédiablement une condamnation sans appel, en action, elle ne se retient pas, la chose est tranchée, pour Yahvé, nous dit Isaie, « sa colère peut brûler même contre son peuple. » (I, 5,25-26). « Car la destruction qu'il a résolue, le Seigneur Yahvé Sabaot l'accomplira dans tout le pays », poursuit Isaïe. La riposte divine s'avère décisive dans le plan Luciférien, le glossaire maléfique est majoritairement consacré à ces opérations de nettoyage. "Si quelqu'un tuait Caïn, Caïn serait vengé sept fois." répondit Yahvé. Et l'Éternel mit un signe sur Caïn pour que quiconque le trouverait ne le tuât point. » Ce principe, depuis le péché originel, est appelé le principe de Lucifer par Howard Bloom. René Girard parle de rivalité mimétique, la phrase du Christ à Pierre : « Car tous ceux qui prendront l’épée périront par l’épée. (7)», est toute aussi révélatrice du mécanisme. Sur l'ensemble des catégories humaines, les colériques tiennent donc la dragée haute, ils sont très contagieux, la démence les guettent, on a à faire à des fous furieux en liberté capables du pire si la raison ne vient pas les calmer, la raison en sommeille engendre des monstres nous dit Goya. Son illustration rappelle les forces animales qui veillent en chacun, la bestialité, on en revient à l'animalité. L'homme dévoreur, l'homme cannibale, c'est le retour à la toute-puissance instinctive. Les effets sont dévastateurs, Yahvé n'a pas d'autre choix que d’opérer une rééducation. Jusqu'à la grande lapidation, la pédagogie divine, conformément à la pratique du talion, exerçait sa réprimande de manière énergique. Le déluge et les plaies d'Egypte sont les premiers grands exemples de la colère divine. "Vous saurez que c'est moi, Yahvé, qui ai répandu ma fureur sur vous." nous dit (Ezéchiel, 22,20-22). L'apocalypse révélée par Jean sur l'île de Patmos, sera la dernière correction de Dieu. C'est la marque finale, entre temps, entre la première venue de Son Fils et sa seconde, l'axe colérique sera le privilège des "sauvages", des peuples non civilisés. Cette discrimination psycho politique sera le moyen détourné pour les remettre au pas. Cette dualité civilisationnelle est le nouvel entreprenariat céleste. Le pivot christique va signer les fronts, tel Caïn, ce signe révélera la présence de Dieu. Ce baptême identifiera ceux qu'il faut persécuter auprès des agences démoniaques, à l'image de leur Dieu, les "justes" vont trinquer. Le signe de Caïn repousse la vengeance, le signe du Christ cimente la colère, la solution christique va faire couler le sang. Il n’y a pas d’autres alternatives, le Christ prend sur lui la violence, à son image les chrétiens vont progressivement annihiler la vengeance collective pour la réorienter vers d’autres compétences. La dissolution de la colère par le sacrifice va apporter des pluies de grâces en compensation, cette force sacrificielle va dissoudre lentement les exercices démoniaques à travers toute la planète. Le modèle divin apporte toujours la réponse approprié au débordement de la haine. Dieu a une connaissance exceptionnelle des performances de la colère, les hommes étant novices en la matière, son Fils fut bien évidemment le seul capable d'inverser le courant colérique. L'attribut Divin fut si exemplaire qu'il retira du monde une large part de ténèbres. Ce présent rapport mît le diable dans une rage folle, ou était donc passé le Dieu de Caïn? Cette nouvelle mécanique messianique, n'avalait plus autant de couleuvres, Dieu devint lent à la colère.
 Du point de vue moral la vengeance du juste par l'épée ne constitue plus une justification acceptable. La dynamique punitive demeure l'apanage des sauvages, l'homme raisonnable prend le temps du jugement. Le concept de justice idéale tend vers l’annulation de la peine de mort, l’état du Texas ou encore l’Arabie Saoudite sont généralement montrés du doigt pour oser encore la pratiquer. La globalisation de la clémence est devenue un fondamentalisme politique, inspiré directement par l’inique jugement de la crucifixion. C'est l'enseignement supérieur, articulé autour du modèle évangélique, tout le reste découlera naturellement de cette même valeur. Les différents courants idéologiques croîtront sous cet hospice, toute la terminologie progressiste athée n'aura d'ailleurs pas d'autres alternatives que de se conformer à ce modus operandi. Quelles que soient les nuances politiques et philosophiques, l'incubateur chrétien va très vite neutraliser leurs éventuelles intentions belliqueuses. Le process influence même l'Islam politique, son bras armé se fait traiter de barbare à chaque pulsation terroriste. L'Occident post chrétien est devenu, malgré lui, le véritable agent de conformité planétaire. Les grandes organisations mondiales comme l'ONU, la cour pénale internationale, ou encore la cour internationale de justice, traduisent presque mot à mot le discours évangélique. Sur ce constat le diable n'a pas d'autre choix que de porter pierre, les règles du jeu ayant changé, il faut qu'il réglemente sa colère.
 C’est le Dieu Bon qui va maintenant intervenir, Jean Kotska nous parle de supercherie maçonnique, le plan est tout trouvé, c’est l’imitation au bon Dieu. Les prestations chrétiennes vont-être utiles, il s’agit de faire l’ange. Il va falloir accoler la violence à l’homme juste, et lui donner une dimension héroïque. Les sujets ne manquent pas, des carrières vont naître, les ambitions colériques vont émerger, c’est la domestication de la violence, c’est le retour du monstre avec son immense symbole vert, Hulk. On est passé du Styx aux radiations, Achille restera en colère mais de manière épisodique. Il ne reste plus qu’à auréoler la bête en mystifiant sa glorieuse victoire. Les forces du mal, bien que perdantes à tous les tours, se multiplieront en permanence, répondant tout naturellement au mécanisme de la vengeance, l’épée appelle l’épée. La force est de retour, de toute évidence la dynamique pulsionnelle s'est réactivée. La machine cinématographique fonde tout son succès sur la vengeance du juste. La panoplie du sanguinaire apaise les consciences, ce revanchisme numérique canalise les ressentiments, le désir de vengeance n'aura plus d'autres alternatives que de donner priorité absolue à la riposte armée. En 1972, à la suite de l'attentat de Munich contre des athlètes israéliens, Golda Meir, alors premier ministre d'Israël, va charger le Mossad d'éradiquer les terroristes, nom de code de l'opération: "Colère de Dieu". 11 ans plus tard, la jeune Phûlan Dêvî éliminera ses agresseurs dont son mari. La petite indienne fleurira dans un film de Tarantino sous forme d'une mariée jaune dont le titre arbore le mot tuer avec une majuscule. (8) Après les attentats de Paris, dans la nuit du 13 novembre de cette année, qui a fait 129 morts, la volonté de "rendre coup pour coup" est au cœur des analyses de la presse dominicale. "Le chagrin et la colère" titre le Figaro, au G20, les grandes puissances veulent frapper « très fort » contre le terrorisme.

 Le diable travaille à l’embrasement général, toutes les possibilités sont mises en œuvre pour faire circuler la colère, la haine puis la vengeance. Il dédaigne les visions à court terme, c’est au niveau planétaire qu’il entend régner, il assemble pierre par pierre et oriente les flux colérique vers sa solution finale, réveiller la Sainte Colère de Dieu ! Le loup a finalement été tué, à défaut du petit chaperon rouge et de sa grand-mère, Satan a obtenu son sacrifice. Cette redoutable stratégie exige une grande expérience de la patiente, il le sait, affronter Dieu révèle plus de l’orgueil que de la folie ! A partir de la souche de son projet fou, le processus qui va le mener au triomphe n’apparait jamais aussi limpide que lorsqu’il est innocenté de tous les maux terrestres. C’est là sa véritable fierté, et la farce n’est jamais aussi bonne quand les hommes attribuent à Dieu toute la faute ! Voyez-vous, c’est chose vraiment comique quand cela arrive, la haine de Dieu s’automatise et l’accusation est immédiatement envoyé au Père des cieux comme un acte de vengeance. Allez savoir pourquoi les hommes n’accusent jamais le diable ! Cette part accusatrice révèle notre incapacité à résoudre la question du bien, et donc du mal, tout est mêlé, c’est la confusion et lorsqu’il y a débat les analyses sont entièrement dépossédées de la faute originelle, c’est le nihilisme absolu dont parlait Nietzsche, dans une telle situation le bien n’est pas assuré de vaincre le mal.

 Antoine Carlier Montanari

 

(1) Peter Sloterdijk, colère et temps

(2) J.D.Nasio, l’art et la psychanalyse

(3) Cars, film réalisé par John Lasseter en 2006

(4) Source wikipedia, version du XIVème siècle

(5) Alighieri Dante, La Divine Comédie, Chant I

(6) René Girard, ArtPress, entretiens

(7) Matthieu 26-52

(8) Kill Bill, film de Quentin Tarantino de 2003

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