Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Pages

Publié par Alighieridante.over-blog.com

 Quelle forme monstrueuse qui charpente là le pauvre homme, elle longe son cou et son thorax, s'enroule autour de son bras et s'en va s'étendre sur l'autre, la bête semble avoir pris le dessus, mais dans un pareil moment l'homme impressionne. Cette étreinte, voyez-vous quelle forme prodigieuse, l'ensemble, étrangement, rappelle un navire en pleine tempête, le roc, l'écueil, la proue fracassée, le mât encore debout, la voilure déchirée, il s’apprête à chavirer. Le bruit de la foudre n'est pas loin, dans l'orage l'homme retient son souffle, la force qui s’agrippe essaye de le réduire au silence. Vir Temporis Acti, naturellement l'homme d'Adolfo Wildt penche aussi de ce côté, voyez-vous, c'est dans cette intrigue que s'est greffé le péché, l'homme et le serpent, cette lutte à mort est toujours de vigueur! Si ce n'est cette couleur noire du bronze qui affecte tout naturellement les deux formes, le mariage de l'homme et de la bête rappelle le Prométhée d'Adam le Jeune et le groupe du Laocoon des Rhodiens. Ça empoisonne le corps et l'âme, dans chaque cas c'est un office mortuaire, le sacrifice humain, l'ordre étant donné d'en haut de laisser faire la bestialité. Cette lutte antique, épouvantablement animée, sombre et violente, interroge sur la vie, le péché et la mort. Ce n'est pas la grâce qui est recherché là, l'homme est seul, seul avec le monstre, il Mostro del inferno! La grâce, quand a elle a déserté le chapitre, imperceptible, silencieuse, favorisant toujours l'invisible. C'est donc comme cela que notre homme prend soleil, sa face collée au ciel renvoie étrangement au visage collé au ciel de Dante. C'est à cause de la morsure qu'il lève la face, voyez-vous, le serpent s'est arrangé pour s'y accrocher. Il va maintenant s'engouffrer tranquillement dedans par le sang. Cette fraîche empreinte, est la marque de la bête, Rodin esquisse là la réponse du diable à Dieu, l'homme est au centre de cette grande affaire, nous dirons que nous en faisons les frais. Voyez-vous, l'homme souffre, il se montre d'ailleurs comme le crucifié, les bras écartés, l'un, le droit, avec la ferme intention de se libérer, et l'autre, le gauche, demeure sans conviction, semblant tout au plus chercher prise. L'abandon semble évident, l'animal, a la ruse fine, s'élève. Ce grand serpent mérite le ciel se dit-il, l'homme est son piédescale. L'orgueil du serpent est immense, condamner à ramper, ce vieux renard sait tout de même quel édifice il a bâtit. La porte de l'enfer, Auguste Rodin travaille à cela, c'est drôle, Victor Hugo a rédigé sa fin de Satan, Dante, bien plus tôt, sa Divine Comédie, et John Milton son Paradis Perdu, l'expédition est périlleuse, la demeure du mal est une redoutable terre, au regard de Conrad il n'y a d'ailleurs pas d'autres alternatives. L'inquiétude est grande chez les maîtres, l'enfer inspire et fascine, ce grand désarroi cause des troubles qui interrogent. C'est une telle mesure de chaos qu'il semble incroyable que cela puisse exister, la curiosité est forte donc, on peut y être plongé pour toute l'éternité. Alors on s'y penche car c'est le lieu le plus désespéré, il n'y a pas de terre plus malfamée, tout y est voué au mal, rendez-vous compte, alors qu'une simple cellule de prison nous effraie, l'effet d'une telle démesure sur notre conscience! Ça ratatine, ça oblige à tout revoir, Rodin le sait, le sent, ça perturbe trop pour ne pas en parler. C'est volontiers qu'il choisit l'animal sans fourrure qui goutte à l'homme, ce n'est pas d'hier, mais la lutte est suffisamment parlante pour nous faire peur. L'homme au serpent reste assez démonstratif de cette cochonnerie antique, la perspective de l'Eden demeure en reflet, la nudité de l'homme y tient tout le langage. Voyez sa musculature terriblement crispée, il pose pieds de toutes leurs extrémités, c'est tendu, ça l'oblige à s'appuyer sur le rocher. L'interminable lutte le contracte, le bassin fessier se durcit, l'homme apprend ici qu'on ne peut-être plus malin que le serpent. Cruelle emprise de la force, l'infatigable ennemi glisse lourdement et mord froidement. Tout l'édifice s'élève en croix, c'est l'homme sur le bois, et le diable, comme toujours, a bondit net avec son désir sanguinaire.

Antoine Carlier Montanari

Commenter cet article