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Publié par Alighieridante.over-blog.com

        

 Je vois cette petite croix, je ne vois que ça d'ailleurs, autour une mer de blanc, un linceul peut-être, plus encore, l'idée est dans la lumière, c'est pénétrant, ça ne prend pas de couleur, insurrections noires et grises, offensantes, au centre, à l'horizon, c'est le coeur des ténèbres. Ca m'ébranle, c'est beau, juste comme il faut, il faut dire que l'image semble se fixer en moi, c'est une présence réelle, forte, elle peut encore aller plus loin, c'est la petite croix qui me fait ça! L'obscurité, au fond, n'y est pas pour rien non plus, elle est pleine et se décharge comme une violente migraine, ça se voit, elle cherche à nuire, elle est comme une puissante bête qui toise sa proie, c'est sans doute une manifestation infernale. L'étrange silhouette y traîne-là sa forme naturelle, curieuse, l'air occupé, mais la croix attrappe tout, là réside son pire cauchemard, celui du crucifié, la parole est donc à l'artiste. Li Chevalier est agitée, ça ne se voit peut-être pas mais tout ici est vivant sans corps! L'image est sombre, celle de la mort qui prend forme, qui prend racine et qui expose son insupportable principe. Pour ma part, c'est une part de ténèbre, ça s'accentue quand on s'y plonge, c'est là la grande séduction, l'oeuvre vous y conduit doucement, ça vient sûrement, quand tout le blanc se dérobe, c'est incroyable, la nature de cette chose s'accapare tout l'espace. C'est un transfert, des forces sont à l'oeuvre, l'encre s'est écoulée toute seule, grasse et lente, l'eau s'y est mélée, avec quelques éclaboussures, ça ne s'éponge pas, on peut y voir la trace d'une éruption. Jaillissement unique, vivace comme un geyser, c'est la délirante force du noir, c'est en pleine vue, ça pénètre profondémment le papier, c'est un lieu gorgé, trop gorgé, ça déborde jusqu'à former une tâche hostile. Mais avec la petite croix tout est dit, y ajouter plus, étoufferait tout le sens. Je m'explique, la petite croix est la seule forme qui nous rattache au réel, sans elle, l'oeuvre bascule dans l'abstraction. C'est donc-là, le sens y est, le sens n'appartient qu'à elle, le reste en est dépendant. Imaginez-vous, pour mieux comprendre, une mer fort agitée, furieuse et folle, et là, dans cette omniprésente débacle surgit la lumière d'un phare. Vous voyez, c'est cela l'idée du repère, l'espoir revient en force! C'est la mécanique de l'artiste, son réel est prodigieusement troublé, plutôt secret, si je puis dire, ce n'est plus qu'une émanation de l'esprit. Quel vertige, je devine cette ascenssion de la lumière, cette échappée élémentaire de l'âme, des âmes, comprenez-moi bien, tout cela suggère un tapis de morts, quand je vous parlais de linceul, véritablement ça grouille de milliers de cadavres, partout autour, partout ailleurs, c'est sous l'épaisseur blanche, c'est caché, c'est involontaire, Ernst Jünger avait raison, "Quelque part dans la pénombre venteuse, au bord de la tranchée, vacillaient deux rameaux de saule qu'un camarade avait liés en croix".

Antoine Carlier Montanari

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Chevalier 16/09/2015 14:00

Merci pour votre intérêt à l'égard de mes travaux. li Chevalier