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Publié par Alighieridante.over-blog.com

 

                

 Ici, c'est le culte de la femme, une simple disposition naturelle pour l'artiste, bien d'avantage peut-être, en effet ce "goujat" peind le corps des femmes sans provocation. Simplement, pleines et bien garnies aux régions les mieux situées, on le voit d'ailleurs s'y vouer pleinement, il y est "chez soi" et on peut le dire, avec beaucoup d'autorité. Je me présente donc devant le tableau, autour il y a d'autres Renoir, des Cézanne et un peu plus loin des Picasso et des Matisse, ils sont plutôt derrière, dans une autre salle, et il y a encore des femmes, des femmes culottées, dévastatrices dont les batits font miroiter quantité de verbes. Mais revenons à notre petite baigneuse, Renoir a beaucoup plus à dire avec elle, c'est dans l'eau, en dessous des cuisses que ça commence, l'agitation semble appeler l'enfant à naître. La scène étant bien faîte, un peu comme celle du chemin de la cavée de Monet, il faut assurément une solide vision, en effet c'est tellement habile, délicat aussi, qu'on peut être laissé-là, sur le bas côté sans rien avoir vu. Je dis cela car ils passent, ils passent les visiteurs, s'approchent et ne semblent rien voir, c'est épouvantable je dirais, cette génération se figure qu'on ne lit pas sur une toile! Il faut une délicatesse extrême, les paupières bien relevées, il s'agit d'observer, de capter et de se charger de patience, le caractère en face ne se laisse pas si facilement dompter. Cette jeune femme dont c'est l'habitude de venir prendre bain, s'élève de la rivère comme si elle était sur la proue d'un navire, c'est une pêche miraculeuse pour le visiteur, il faut absolument obtenir de cet échange quelques bénéfices. Il y a une brèche qu'on ne voit pas, elle est pleine et encore intacte, c'est délicat de dire cela, c'est encore un petit ruisseau, petit comme un fil de laine, de côton même, ou demeure un parfum fumé. Ce réceptacle ne demande qu'à être plein, le peintre n'a d'autre but que d'y modeler la vie en devenir. A la vue de l'eau, on sent émaner le gloussement de la nature, ces petites vaguelettes ou germent quelques reflets blancs effleurent agréablement la peau vive de la jeune demoiselle. Sa nature vraiment féminine forme une agréable beauté, cette espèce de femme qui tient vibrante sa pureté se donne tranquille à l'entretien de sa chair, c'est dans cet espace qu'apparait le signe de sa fécondation. Elle se révèle pieuse dans cette activité, la purification du corps, machinalement elle s'est restaurée, embellie, c'est le moment pour elle de préparer le festin, son bas-ventre, ses hanches et sa poitrine, l'appareil entier est prêt à être séjourné. Bien, oui, certainement, là où se tient le drap, vous pourriez peut-être vous apercevoir que dans ce seul palais on y a placé précieusement un doux compartiment malgré l'obscurité qui y règne. Et puisque vous en êtes témoin, cette jeune fille qui peut être l'allégorie de la fertilité, pourrait-être aussi bien cette divinité féminine de la nature qui se nomme nymphe, d'ailleurs, le plan d'eau ne rappelle-t-il pas les fameuses toiles de Monet? On est en présence d'une jeune fille de l'eau qui regarde sans rien dire, on pourrait aller voir et tomber sur quelqu'un ou sur quelque chose qui la fascine ou bien sur une cause bien différente. Mais ses longs cheveux qui tombent le long de son bras, plongent pour attirer l'attention, le rideau est entre-ouvert, c'est délicat, en tenant son linge elle a formé un berceau jusqu'à son sein. Cette ardente vierge, debout entre deux rives, est comme une Vénus, fascinante, adorable, radieuse et pure, elle rayonne d'innocence, elle se met à vivre, introduisant avec saveur l'intimité du corps. L'eau, la terre, la femme, symboles de la vie, de la fécondité, cet archétype nourricier tient toutes ses promesses, la signification est à peine cachée, le rocher, par lequel la jeune baigneuse tient le drap, lie également son sein à la terre, lequel, l'élément masculin, l'homme, sur qui elle doit compter pour donner la vie, est relié à la terre, là où la vie naît et meurt. Ce lien ne fait que célébrer un cycle, la jeune demoiselle dont la nudité évoque Eve dans l'Eden, rappelle ainsi le rétablissement, la reconstitution ou la restauration originelle du monde, c'est l'apocatastase. Le retour à la nature, au monde redevenu lumière, à l'innocence, à l'imprudence, le paradis perdu. Pour cela, la présence du rocher évoquera la présence divine, “Il est le Rocher, son œuvre est parfaite” (Deutéronome 32. 4 ) lequel préfigurera le salut: “Ils ont mangé la même nourriture spirituelle… ils ont bu le même breuvage spirituel, car ils buvaient d’un Rocher spirituel qui les accompagnait: et le Rocher était le Christ”(1 Corinthiens 10. 3, 4).

 Quoique cette vraisemblance soit de nature à enrichir le sens de la toile, c'est dans la multitude d'autres peintures abordant ce même thème, je parle ici des baigneuses, que l'on pourra réellement apprécier l'intention de Renoir. Ce thème, maintes fois repris par Cézanne entre autres, marque assurément le retour à la source. En pleine modernité, l'évocation de l'Eden rappelle la marque du péché et de celle par qui le scandale est arrivé. Les tourments incessants du monde, ses bruits, ses fumées, ses agitations sont autant d'échos à l'enfer. Cette excitation délirante s'oppose au calme de la rivière, et remodèle sans cesse la nature, cette modernité nous éloigne assurémment de ce que fut le paradis terrestre.

Antoine Carlier Montanari

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