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Publié par Alighieridante.over-blog.com

 Ah, ces visages d'enfants, d'adolescents et d'adultes se jetant des regards sans doute formés de regrets, mêlés d'une forte dose de terreur et de peur! Ça ne va plus, ils le savent, le pilote est bloqué à l'extérieur de la cabine, le copilote est à l'intérieur, il a verrouillé la porte. L'agitation s'installe, cacophonie, le sort vient de les réveiller. Ça va tourner au carnage, comme en Orient, bombardements et décapitations, ils voient mieux maintenant tous ces cadavres éparpillés! Nombreuses visions alors, tous ces signes d'insensibilité, ignorant la douleur formée à distance, leurs pouls sont nets et forts, accablent leurs tympans et ce n'est qu'un début! Il n'y aura plus pour eux de danses, de spectacles, de banquets, de mariages, de loisirs et de vacances, la grande sentence surgit comme une masse critique, infailliblement et irrévocable, le qualificatif est de Bossuet (1), oui Bossuet, et pourquoi, de la mort il en a parlé comme la plus grande des affaires! Le bel oiseau pic du nez, depuis un ans ils ne font que ça, ils disparaissent même, le 08 mars 2014, le vol MH370 se volatilise au dessus de l'océan indien, 239 disparus. Le 17 juillet, le MH17 s'écrase en Ukraine, abattu par un missile, 298 morts. Le 24 juillet, un avion d'Air Algérie se désintègre au dessus du Mali, 116 morts. Le 28 décembre 2014, un Airbus A320-220 de Air Asia perd le contact avec le contrôle aérien : 162 disparus. Ces fâcheux accident ne peuvent bien-sûr rassurer tout ce petit monde, la nervosité monte radicalement dans l'avion, cette petite humanité grouillante n'en a plus pour très longtemps, la couche nuageuse est là, les sommets alpins aussi, encore un peu et se sera l'obscurité totale. Derrière les hublots, hermétiques et infranchissables, c'est une petite foule qui s'agite, qui s'affole et qui crie. La dépossession de soi, il ne reste que ça, prier et s'en remettre à Dieu sauf que là, la plupart n'en ont jamais pris la mesure ni même l'habitude. Ce temps est alors précieux, pour les uns il sera sanctifié par le sacrifice, pour les autres l'attache au monde les a lié de manière plus sournoise et plus absurde, le temps leur a manqué pour accomplir l'oeuvre de leur détachement total. (2) Les bonnes intentions n'ont pas suffit, ramollie, engloutie, dé-solidifiée, l'âme n'a jamais pu s'engager au-delà de l'aplanissement du monde, faisant même corps avec lui. C'est sûr, l'âme s'effondre lamentablement, aucun lieu de fuite, tout surgit en elle, autant de sensations nocives et des pensées occupées par une brutalité soudaine. Plus de temps pour s'en sortir, ils ont toujours cru que tout irait bien pour eux mais c'est faux, c'est toujours faux, ils sont maintenant réduis à éprouver la domination du réel! Là, c'est sans appel, ils vont être déchiquetés, malaxés, éparpillés, il ne restera aucune trace décente d'eux. Il faut donc mourir maintenant, mourir pour de vrai, l'expérience étant presque terminée ils bouillonnent, frissonnent, ils jugent que le temps leur a manqué pour cette grande affaire! Encore une seconde, c'est fini, si rapide, si rapide ce fut, on découvre quelques dents, quelques os, des lambeaux de chair. On dirait une décharge à flanc de coteau, tout s'est arrêté pour eux mais cet avion qui a oscillé dans le vide est au cœur des problèmes, des problèmes européens. Le cadre météorologique actuel n'est plus favorable, l’Allemagne presse les pays du sud à l'austérité, cette grande revancharde dicte à l’Europe la manière de faire. Pourrait-on dire que cet A320 allemand préfigure la catastrophe annoncée en Europe, indirectement d'abord, de manière allégorique, comme le Pequod du capitaine Achab. Sous ce matériaux prophétique, le copilote allemand pourra être assimilé au personnage de Melville, en vue de buts sensiblement différents, on y retrouve cependant la même volonté luciférienne, tout ce troupeau mené à l'abatoire par voie maritime ou aérienne, le vaisseau incarnant la nation. Cette stimulation sémiotique livre ici une équation prodigieusement géniale, dans l'entendement et par la raison , le fruit d'un événement peut s'avérer être le catalyseur d'une vision probable de l'avenir. Le signe est donc là, si la chute de l'Europe est ainsi annoncée, cette résonance est une sorte de modulation psychologique semblable à une métamorphose insectologique. Mais c'est le suicide du copilote qui doit agiter les consciences, c'est obsédant je dirais, c'est une sorte de rituel intérieur, déclenchée par une violence interne qui ne manque pas de causes. Ce stupéfiant si naturel s'exerce avec acharnement sur une victime sacrifiable et qui inlassablement se mute dans chaque individu afin d'y subsister durablement, cet effet nous dit René Girard (3) a pour objet de tromper la violence. Il semble qu'à la suite du Christ, les passagers de l'A320 ont été sacrifié, cette offre faîte au diable, de viande et d'os, ne fait que révéler anormalement une furieuse décharge sanguinaire, le même rituel qu'un terroriste islamiste, mais sans le divin, lequel absent de l'accident permet de penser que le véritable bénéficiaire est le diable lui même. Le cornu a de multiples manières de se faire obéir et le suicide est certainement une des manières qu'il affectionne le plus, par là il fait transgresser à l'âme le sixième commandement. Là, véritablement se commet l'insaisissable rituel, pour un dieu en qui il ne croit pas, l'homme offre sans aucun doute un présent dont il ignore entièrement l'essence, de sorte que cette affaire honteuse a engagé depuis le meurtre de Caïn l'instrument du déclin de l'homme. Ce génome mortifère atteint les plus forts comme les plus faibles, leur point commun est la négation et l'abandon du Dieu sacrifié, le Christ vainqueur de la mort, ressuscité et seul modèle vivant du messie. C'est pourquoi, au delà de la volonté du seul pilote, le reste des passagers n'est que le reflet d'un suicide collectif passif, lesquels, dans ce monde occidental, confortable et apostat, a abandonné le rituel suprême de l'eucharistie, le remplaçant par un autre dont l'objet a déplacée la violence sacrificielle sur les plus faibles d'entre nous, les enfants à naître. Cette ruse se pare de la langue de la vertu et la manipulation opérée ne trompe que les véritables non-croyants, ceux-là ont véritablement engagés contre leur descendance un énorme génocide. En fin de compte l'ordre naturel élimine les plus ingrats, ceux dont la volonté de vivre est aussi faible qu'un grain de poussière, s'ils se délectent de leur holocauste ils en préparent un autre, celui-là, pour eux-même, l'euthanasie. Ils sautent ainsi de projet en projet avec une telle énergie qu'il est surprenant que l'humanité demeure presque entièrement passive devant cela. Peut-on arriver à la conclusion que le monde cherche à mourir, si les différents courants athées du XXème siècle ont décimés des hommes, des femmes, des vieillards et des enfants par dizaines de millions dans des camps, cette marche mortuaire a ensuite modulé son schéma opératoire, elle a trouvé un moyen génial d'obtenir le même résultat, la mort autorisée. Des mots aux contours arrondis et des lois savamment imprécises, amputer au sens commun le rythme divin, le tout étant finalement de dire adieu à la vie. Se disent-ils que c'est le temps de l'émancipation, le temps de réorganiser la vie et la mort, l'étrange est que le monde considère que cette marche élève non seulement la dignité de la personne mais également celle de l'humanité toute entière. Mais au fond, au fond de sa conscience, il est simplement convaincu qu'il faut disparaître. Le pire c'est qu'il est victime d'une présence beaucoup plus subtil, plus maline et qui s'échine silencieusement à insinuer l'inutilité de vivre. C'est donc tout un petit monde qui tombe, pour les uns bien conscients, pour les autres avec une étonnante inconscience mais pour tous c'est dans l'ignorance du plan de ce fou furieux qui fait des hommes un tas de cadavres.

Antoine Carlier Montanari

 

(1) Bossuet, sermon sur la mort p91

(2) Bossuet, sermon sur la mort p56 et 57

(3) René Girard, la violence et le sacré

 

NB: au moment où je finalise le texte, le Figaro annonce à 16h35, la fin des opérations de ramassage des corps de l'A320

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