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Publié par Alighieridante.over-blog.com

          

 Quelle affaire là, me suis-je dis en prenant mon petit déjeuner, voilà le point faible de l'art, le même schéma opératoire avec une grande inconsistance et des défaillances nombreuses, quelque chose comme ça, apathique et timide, sans quoi que se soit d'élevé et d'exceptionnel, c'est bien du contemporain avec ses mauvaises surprises.

 J'ose pousser pour vous, Marie Alyette, l'examen de votre travail, il faut pourtant qu'on vous le dise, en critique c'est mieux, pour ainsi dire et voir clairement ce que vos doigts ont pu définir, vous définir. Il me faut donc vous faire basculer dans mon temps et dans mon espace, c'est à partir de ce moment-là que les choses vont se gâter, mais ce n'est rien, je frappe de manière féconde! A partir de là j'ai observé attentivement les œuvres exposées, lanternes en fer forgé, boules de pétanque, balcon, fenêtre, porte, escalier, console, bulles et villages, tout s'étage, se côtoient, s'assemblent tout en maintenant à vrai dire une certaine cohésion colorifique. C'est très féminin, on le perçois vite, pas d'inquiétude des traits, pas de serrements et d'impressions rugueuses, les lois, ici, somnolentes, font abandon de l'organisme soumis à l'épreuve. Domaine après tout résistant qui suscite bien des névroses et autres troubles menottés qui placent alors à portée de main une violente tension morale. Cela c'est bien supérieure en intensité, que de ténèbres aperçus dans le monde, de lumière aussi, tout de même c'est percevoir toute la présence humaine! Je me penche alors sur ces boules de pétanque qui ne comprennent pas bien si elles sont des bulles ou des volutes parfaitement somnolentes, je viens à le demander comment la couleur et la clarté ont pu joindre si peu de relief! Je ne peux hélas me débarrasser de cette insatisfaction visuelle, gonflée méchamment, et qui s'obstine à augmenter anormalement en moi une pleine imprégnation d'absolu naïveté. Cette gentille vie, confiante et heureuse, chatoyante et scintillante, n'a aucune intention virulente, cajolée, dorlotée puis bordée, elle rêve toute éveillée. Voyez le chatouillement des blancs et des roses, la sereine interruption des droites et des courbes, la légèreté des contrastes, rien ne vient souligner la force du réel, il est si lointain, si lointain que j'eu l'impression d'une falsification. J'expire, ce trajet artistique s'enlise, je repense aux quelques traits de Matisse à Vence, malgré le vide et la simplicité et même la faiblesse, il saisit avec grand effort, le Chemin de Croix. Au bout de sa longue maladie, son apparente immobilité fige une expression d'une étrange tranquillité, il est arrivé au terme de son oeuvre, il travaille sur l'autel de la Vierge et sur Saint Dominique, il faut beaucoup de patience mais il est très content. La petite chapelle avec ses grilles en fer forgé, ses ardoises, ses céramiques, ses ferrures, ses vitraux, ses arches et ses tuiles, c'est celle d'un nouvel homme, en paix assurément mais soucieux comme le Christ en Croix qu'il réalisa difficilement sur un carreau de céramique, des millions de son espèce entraînés dans les guerres et les calamités de toutes sortes. En ces temps de grande iniquité, à la manière des grands maîtres d'autrefois qui nous ont légué admirablement ce que les siècles ont laissé de plus mémorables, l'art aujourd'hui est totalement léthargique, aveugle, pareil au déserteur qui en silence a quitté le champs de bataille. Si ce n'est que le monde est comme une pensée lourde pareil à l'acier trempé et au fer renforcé, il s'arc-boute et fait sortir de sa gueule incroyablement dentée une réalité encore plus obscure. C'est là que le spectacle doit prendre racine pour éberluer l'esprit et lui causer de tout un tas d'idées secrètes dont les richesses transfigureront en un nouvel être, prodige inouï semblable aux effets immanquables de la joie dans le cœur et qui en prolongera les bénéfices dans l'âme toute entière. Tremblante, vos fuschias, vos roses, vos orangés et même vos enflammés s'accrochent en guirlande et ne cherchent pas pour autant à flatter autrement que comme du papier peint. Donc absolument pas de place pour autre chose, on ne se tordra pas pour cette distraction, oserai-je dire, c'est juste un déhanchement de la main, une courte étude, tout au plus une série d'exercices artistiques. A partir de là, cette condamnation si aiguillée, si virulente et véhémente pose le problème inévitable de savoir si l'on peut tous faire de l'art. Entendez-moi bien, ça peut-être troublant mais à coup sur c'est tranchant, très agaçant même, les mains ont perdu toute force, toute virilité, l'art s'amenuise et n'offre plus rien de spirituel, de métaphysique, de vécu, de subi, c'est incroyablement surfacique et glissant. Cette congélation créative se remarque de manière appropriée là où siège l'apostasie du talent, c'est éprouvant pour moi, encore et encore règne une immense apathie visuelle. Me diriez-vous que vos jeux de miroir sollicitent frugalement les yeux et que vos bulles vertes et vos nougatines restituent agréablement quelques formes du réel, que ce besoin en vous est venu comme une véritable inspiration, supérieure et noble dont l'origine vous est venu après une mûre contemplation, que l'oeuvre accompli est digne d'un grand éloge! Tout cela serait pour moi une folle acclamation de soi, on retrouve hélas toujours cette même tenue, une organisation faillible, insatisfaite, en approche sans jamais creuser le sujet abordé. Là où l'interprétation stagne, Cézanne ou Matisse auraient enflés et burinés l'espace, conséquence d'une technique extrêmement réactive et libérée. C'est le sens de l'orientation qui est touché, si bien que la maîtrise du pinceau vient d'une bonne coordination sensorielle et rationnelle. Il faut un bon rythme avec quelques accidents bienvenus, principalement des coups de génie, c'est surprenant et ça creuse la conscience comme une grande douleur, ça secoue aussi fortement les nerfs et quoique la difficulté soit grande l'apparition surgit sans aucune interférence de l'inconsistance. Mieux que l'ordinaire, puisque vous peignez l'ordinaire, c'est peindre l'ordinaire dans ce qu'il a de moins ordinaire, de plus mythique nous dirait Baudelaire. Il faut une force du regard, retranché et prêt à bondir sur le sens qui modifie le présent, ce véritable arbitre intérieur qui transforme le rien en mythe, le temps en éternité, contracte le réel en hallucination si bien qu'il modifie la perception du fond par sa forme. Il faut bien cela pour calmer les esprits tortueux que nous sommes, cette complexe réalité qui habilement nous cache bien sa profonde nature, exige bien de nous quelques efforts, si tenté que nous disposions de suffisamment de volonté.
 Si d'autres ont un point de vue différent, et j'espère qu'il sera argumenté, pour ma part je ne regrette pas d'exiger plus que cela de sorte d'éviter que cette radoteuse médiocrité n'envahisse mon environnement. Mais si, peut-être, vous ne vouliez que se ne soit que "joli", alors c'est véritablement "joli", voilà tout!

Antoine Carlier Montanari (commentaire suite à l'exposition des œuvres de l'artiste aux "Deux Magots")

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