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Publié par Alighieridante.over-blog.com

          

 Devant elle, devant cette oeuvre de Monet, particulièrement habituelle, conventionnelle, ne semblant revendiquer rien de plus qu'un simple paysage, on est en droit de se demander si un autre chemin pourrait mener le regard. Pour cela il est nécessaire d'observer attentivement le lieu, l'objet du tableau, à savoir sa forme, son relief et ses courbures. Il ne faut pas manquer d'attention, la matière est souple, dégagée, aérée, on s'engouffre, c'est vrai, en son centre et c'est surtout là où mène la véritable topographie, une topographie suggestive et palpable, presque charnelle et érotique. Cette première pensée, car ce fut la mienne, est naturelle, cet entrecoisement de forces, pleines et biens nourries, chaudes et humides, la terre et la mer, accomplissent selon leur nature un rituel conjugal. Ainsi, l'on voit poindre l'objet du désir, le même qui a nourrit Courbet dans l'origine du monde et c'est là, en ce centre  obscur, en bas de la pente sabloneuse, que s'engouffre merveilleusement bien le regard. Lente descente, on voit poindre l'horizon s'étendre sur son lit, une grande eau, bleue et tiède, vous n'imaginez pas toute ces goutelettes d'eau qui forment cette pulpe mouillée, là, dans cette profondeur lointaine comme une terre spongieuse et bien née. Je ne veux pas vous laisser sur un doute, regardez-bien ce creux formé, ce sillage qui mène vos yeux vers lui, ces deux pentes qui viennent comme deux cuisses pleines et gonflées adoucies d'un duvet soyeux. Le moment est arrivé, la forêt semble se joindre à ce grand séjour, ce grand lieu admirable qui prend racine au creux des reins et qui devient immense et complètement impérial quand dans le noir le grand cygne a deployé son long cou. Cette embouchure noyée, sauvage et touffue où la terre et la broussaille forment une balustrade, au dessus de l'océan, je vous le dis vraiment, mérite que l'on s'y plonge. Vous n'avez qu'à étendre un doigt, comme le regard d'ailleurs, cette offrande qu'a faîte Monet à notre égard enveloppe les sens. J'ignore si cette révélation ne surestime pas le talent du peintre, chez lui rien n'est compliqué, tout est momentané, lumineux surtout puisque c'est le soleil bien vivant qui règne mais quand on sait que le paradis évoqué par la nature seule peut amener à la nudité originelle, il faut donc la souligner quand elle nous saute aux yeux. Ah! Ciel! Océan! Collines verdoyantes! Forêt enchantée et chemin dégagé! Couches sur couches qui nappent adorablement la toile, on se tourne d'un côté, un peu à droite, un peu à gauche et même par devant mais c'est en te retournant que l'on te vois le mieux!

Antoine Carlier Montanari (analyse de l'oeuvre suite à son exposition au musée du Luxembourg concernant Paul Durand Ruel)

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