Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Pages

Publié par Alighieridante.over-blog.com

            

 René Girard avait raison de dire que nous sommes entrés dans les temps apocalyptiques, écrit Eric Zemmour dans le Figaro du 25 septembre 2014 en citant Olivier Rey. La pensée de Zemmour est toujours de taille, il taille avec certitude avec ce signe éclairé du juif véritable, du juif original qui sait avec quelle énergie il faut compter pour identifier le mal. C'est donc cette question de taille qui taraude Olivier Rey, cette évolution babélienne obsède l'homme moderne, cette prétention magistrale de la démesure témoigne que quelque chose ne va plus chez l'homme. Cette terrible envie qui baptise tout nouvel apprenti, manifeste avec grande force l'image d'une liberté absolue. Cette situation monumentale plonge l'humanité dans une abondance inique et infecte, grasse et qui semble ne jamais s'épuiser . Ce fond grotesque qui livre l'homme a une bête enfouie encore plus profondément, brocarde avec insolence la reconquète de l'origine. Cet état psychologique forme une somme de dogmes qui inhibent la piété et s'abstient de cette force universelle qui a campé dans les âmes depuis des millénaires. Les orgueilleux ont une nouvelle fois accomplies les prophéties, ce peuple inversé a transformé le monde en une éblouissante réalisation dont le ventre pond en lui même des esprits spéculatifs idéalisés par le progrès. Ces esprits de la modernité convergent vers cette nouvelle croissance globale et intégralement dirigée vers un ordre achevé par la science. Et si Olivier Rey comme Eric Zemmour se demandent comment on a pu en arriver là, l'autre juif, Roger Cukierman, se montre  tout aussi inquiet. En effet, à la suite de son voyage au Vatican où avec une délégation de juifs il a rencontré le Saint Père, il relate dans le Figaro les propos tenus par le Pape François: Nous sommes arrivés à la troisième guerre mondiale. Le monde n'en a pas conscience, car les conflits sont dispersés*. Quand le juif cite le philosophe qui lui même cite le catholique et qu'une nouvelle fois un autre juif cite un autre catholique pour parler d'apocalypse on se retrouve dans une pensée focale. Cette convergence tardive est consciente que la puissance du mal a bien su déployer ses forces mortelles sur le monde. Cette obstination inquiétante d'un pouvoir diabolique est désormais perçu par une élite essentiellement religieuse, c'est un dragon philosophique et psychologique qui signe la pensée contemporaine. Cette longue agonie de la pensée occidentale et judéo chrétienne a laissé prospérer cette bête et maintenant qu'elle a énormément gonflée, sa souveraineté lui permet d'établir un royaume sans Moïse et sans Christ. Ce temps d'illumination finale a déjà séduit tant d'âmes, ce rival a triomphé dans sa rivalité avec le Christ, les riches et les puissants sont désormais les modèles puisqu'ils servent cette bête triomphante, ce qu'elle veut on le veut nous apprend René Girard. Ce désir mimétique désarme totalement les esprits, hystériques même puisqu'ils ne savent plus renoncer. La perte et la séparation deviennent trop pénibles, la véritable cause de leur malheur réside dans cet attachement insidieux et pervers qui les empèchent de donner et de se donner totalement. La spirale de la violence est donc bien repartie, l'humanité d'aujourd'hui a repris sa course originelle en dilapidant l'héritage christique et sacrificiel. L'auto-décapitation du "moi" aurait pu définitivement désavouer les jugements du désir et ainsi rendre la vengeance et la haine aussi caduques qu'au temps du paradis perdu. Il en résulte une société du "je" et non pas d'une société du "nous". L'imitation au Christ reste trop ardue, voir absurde, le renoncement est devenu un mot trop pesant, un bagage trop encombrant, l'éthique qui lui était associée a été dépolarisée et est devenue une contrainte contraire à l'épanouissement individuel. Le fait de renoncer au bonheur du monde n'est plus une nécessité pour l'âme puisque le monde est devenu le véritable réceptacle de l'existence. Cette pensée si bien doméstiquée par les désirs et l'envie, élabore de manière sournoise une éducation mortifère, qui, si habile dans l'art de camoufler, fait passer l'avortement et l'euthanasie pour des droits individuels et collectifs. L'individu moderne, tellement absorbé par son "moi" fini par être persuadé que l'embryon n'est pas une vie. Cette certification morale opérée de la même manière par les anciennes religions païennes permet ainsi à l'homme de désavouer totalement la sacralisation de la vie. L'oeuvre de l'enchantement des sens opère en interne une rétrogradation du principe vital, le néant remplit ainsi son office existentialiste et les esprits fascinés par le fait de ne pas rendre compte de leurs mauvaises actions, se libèrent entièrement de la culpabilité et de l'auto critique. Certes on ne lapide plus la prostituée comme le Christ nous l'a enseigné, cependant son enseignement ne doit pas s'étendre à l'interruption volontaire de grossesse! En fait cette nouvelle législation est devenue une réalité ingrate et odieuse dans la mesure où sa méthode industrielle peut-être apparentée à celle d'un abattoir, c'est propre, rapide et surtout préservé de tous regards. L'humanité a ainsi renouvellé les vieux rituels sacrificiels, le sang des innocents inaugure un nouveau cycle païen, ésthétique et confortable. Cette perspective a déclenché le mépris du sens de la souffrance christique et des grâces qui y étaient associées. A partir de cela la certitude acquise qu'aucune souffrance n'est méritoire, l'euthanasie acquiert le même statut que l'avortement. Le mimétisme christique était donc le seul à pouvoir changer définitivement le sort de l'humanité, mais sa négation a entrainé un basculement comportemental qui mime son contraire. On peut désormais affirmer que cette spirale diabolique ne fait que se renforcer au fur et à mesure que le mimétisme christique disparaît. Dans ce sens il ne nous reste donc plus beaucoup de temps avant que le temps des tribulations plonge le monde dans l'apocalypse!

Antoine Carlier Montanari (commentaire suite aux articles "Trop haut, trop grand, trop gros" et de l'interview de Roger Cukierman paru dans le Figaro du 25/09/2014)

 

*Le Figaro du 25 septembre 2014

Commenter cet article