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Publié par AntoineCarlierMontanari.over-blog.com

                                        

  Une petite feuille aquarellée, que l'on connait peu d'ailleurs, offre, du moins à ma connaissance, l'une des plus belles représentations du poète florentin. La voir ainsi, sur le mur carmin du fond, d'aussi près, est un bénéfice merveilleux pour l'âme. Rien ne manque à cette petite feuille, elle me semble réunir toutes les qualités,  rien de plus d'ailleurs, ne pourrait lui être accordée pour devenir meilleur. Voir Dante, voir cette chère Florence, voir la verte campagne italienne ainsi que la tranquilité qui accapare les habitants c'est plonger irrémédiablement dans la sérénité. Dans cette lumière apparaît sur la route le grand voyageur, solennel et calme dans sa tunique pourpre de sa  première gloire. Remettre au coeur ce nom si glorieux dont l'excellence du verbe a été salué par les maîtres esprits, charme bien le regard et l'esprit. Biensûr il faut se laisser ravir par la palette fraîche et légère, c'est une véritable surprise de voir l'écrasante clarté qui enveloppe le vénérable diseur, à l'habitude le sombre crépuscule voile son sillage. A peine on effleure les pores de la petite feuille, la solitude déploie sa vaporeuse présence, on glisse tranquillement en sa présence vers des entrailles plus profondes. Si souvent les pinceaux habiles ont illustré le troupeau maudit, l'Achéron et ses eaux chaudes, dans le sein de cette racine profonde on a vu maintes et maintes fois Dante et Virgile éprouver  l'effroyable lieu. L'enfer est bien loin désormais, le caveau est fermé, sur la feuille jauni l'élu marche encore, seul, sur la route ensoleillée. Le souverain poète, que la route précédente a engourdi, ne semble pas allégé de son fardeau, un trouble puissant l'empèche de s'émerveiller. Comment voudriez-vous effacer de la mémoire ces terribles visions, là bas, tout se mèle, tout se confond, tout se répand et tourmente cruellement les âmes. Dans cet affreux territoire, à jamais les péchés commis profannent toutes extrémités. Ici on peut être satisfait de voir traiter autrement ce voyage extrardinaire, ni boue, ni flamme, ni torture, le seul visage de Dante nous fait contempler toute l'effrayante demeure. Je me souviens qu'avec Botticelli, Gustave Doré et même William Blake, on brûlait un tas d'âmes et ici, mieux que toute ces ténèbres, si la terre ne porte aucune tombe, aucune croix de bois, l'évocation très digne de la figure du poète nous éclabousse des vils horreurs du dessous. En réalité cette représentation couvre toute la signification de la divine comédie, de l'enfer au paradis. C'est un voyage, l'homme en marche traduit le cheminement spirituel, en conséquence ce cheminement nous apprend à vivre, à être heureux, c'est un temps qui nous permet de choisir, car ici-bas, quand on meurt, on ne meurt pas en âme, on meurt seulement en chair, après c'est la souffrance ou la joie pour l'éternité. C'est la voix tracé par Dante, traverser les embûches, se purifier et parvenir au bonheur, cette misère, cette fange, ces douleurs, le bonheur se révèle en étant passé par là. Voyez Dante comme il peine, il peine comme une mûle bien chargée et qui ne sachant pas se plaindre, marche encore et encore avec son mal. Ainsi, sur le chemin, il ne regarde pas dans la plaine, à quoi bon? Il ne voit que du feu brûler dans le feu. Il écoute, il songe, à quoi bon vivre si c'est pour finir là-bas, être obligé d'avoir vu toutes ces vilaines choses et garder pour longtemps, dans sa mémoire, la peur, la souffrance, la mort et tout ce que peut endurer une âme en plein tourment. En ce cas Gérôme a opter pour une vision horizontale, en effet si l'on observe attentivement la composition on s'apercevra que la feuille est séparée sur toute sa longeur en trois espaces, le ciel en haut, la ville au centre et la terre en bas. En somme c'est tout autant signifier le paradis, le purgatoire et l'enfer, on passe alors d'une vue horizontale à une vue verticale. Opter pour une telle manière de voir, c'est exercer le regard à des vues plus profondes, si la géométrie, comme on vient de le voir, permet de mener à bien des significations l'on pourra également se pencher sur la diagonale qui traverse la feuille du haut à droite vers le bas à gauche. Cette ligne formée par le sommet des arbres jusqu'à la pointe du chemin trace en effet une pente, une pente de montagne. De plus, si Dante semble en descendre c'est peut-être pour rappeler le mythe de Sisyphe ou encore Moïse descendant le Sinaï. Cette transposition permet d'assurer un double rôle au poète, d'abord comme on l'a vu précédemment, il traverse l'enfer comme sisyphe pousse son rocher, c'est là la mesure de la souffrance mais également de la rédemption puisqu'ils finissent par trouver un sens à leur tâche. Puis dans un second temps, Dante rappelle Moïse, d'ailleurs  Zarathoustra de Nietzsche pourrait être aussi évoqué,  en effet la sagesse et la connaissance finissent  par être confrontée à la bêtise humaine et redescendre de la montagne c'est s'en rendre compte. La verticalité est ici exprimée par la nature, il est donc souhaitable d'élever son regard afin de se corriger et d'échapper à sa condition animale, qui nous pousse irrémédiablement vers le bas, vers l'enfer. Maintenant Dante est un homme solitaire au coeur attristé, vieux et pâle comme son manteau, sa pauvre humanité passe comme une ancienne gloire. En passant ici, devant tous ces gens il détourne le regarde et n'ose pas même les saluer, comme si il ne méritait pas d'être ici, avec eux. Dès-lors cette marche fait mettre sous terre toutes les fautes humaines et au-dessus toutes les bénédictions, un artiste plus moderne n'aurait certainement pas élaboré si savamment ses traits. Florence, au loin, dans sa brûme, semble d'elle-même le fuir, celle qui le mena à son exil, préfigure l'enfer, point de départ de la Divine Comédie. C'est de ce lieu et par ce lieu que Dante va connaitre les tourments. Pour lui-même c'est cause d'une grande souffrance, s'il abandonne Florence il n'oubliera point ses ennemis qu'il condamnera à l'enfer. Pourtant, la célèbre cité, là-bas dans sa blanche clarté, pointe son béffroi, ses coupolles et ses clochers, beaux jours de printemps se doute-t-on, toutes ces jeunes pousses quand le jour flambe, ce renouveau du monde et tous ces gazouillis qui enchantent l'air et tous ces jeunes gens qui ont la même pose, assis dans l'herbe nue, aux regards sereins, n'est-ce pas là une bonne représentation du paradis. Une enfant est là, au centre, pensive, attentive, comme une petite bergère qui garde son troupeau. Deux enfants, trois femmes et deux jeunes hommes, à sa droite c'est eux qui là forment le troupeau. Sept personnes en tout, ce tout en triangle, harmonieux; vient offrir une bien belle image de la famille. C'est ici le paradis, on croit ouir les délicieuses louanges de la campagne, une vision esquise de la paix, de la tranquilité, des idylles et des joies d'enfants. C'est bien là le but, sans doute que chaque pas du poète le rapproche de la vérité, l'absence de Virgile à ses côtés montre qu'il a bien franchi les portes du ténébreux territoire. Quelle glorieuse image pourrait-on dire, tout ici vit au soleil, tout renait dans l'air chaud et pur, surtout la jeunesse qui en cercle autour du poète tourne le regard pour voir mourir le temps jadis. 

Antoine Carlier Montanari

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